The Book of Boba Fett : Faire-valoir AliExpress

On ne va pas y aller par quatre chemins. La série est courte et fait 7 épisodes alors nous aussi on va faire court. C’est quoi cette merde ? 3 épisodes sur 7 dont Mando est le personnage principal. Boba Fett est devenu un bisounours partant à la rescousse des faibles et des opprimés. La volonté de réhabiliter les Tuskens comme des alliés du camp du bien fait peine à voir. On vous le rappelle, dans Un Nouvel Espoir, on parle de « pillards Tuskens » et on pourrait faire une liste exhaustive de toutes les crasses qu’ils ont fait durant la saga. Anakin ne les a pas dezingués juste parce que c’était un connard immature prétentieux. Les 4 cavaliers de l’Apocalypse Power Rangers avec leur Vespa de couleurs, t’en rajoutes 2 ça fait le drapeau LGBT. Tout droit sortis de Cyberpunk 2077, on nous les vend comme des humains améliorés, c’est leur écriture qu’il aurait fallu améliorer. Un Boba Fett plus loquace qu’une mamie aux caisses du supermarché. Mais qu’est-ce que c’est que cette foutaise sérieusement ? Et alors Mando… Rien à dire les épisodes 5 et 6 sont incroyables. Non, on ne vous spoile pas, au contraire, on vous évite d’être spolié.

On relâche un peu la pression et une fois l’énorme sentiment de frustration évaporé, on va pouvoir poser plus sereinement nos mots pour parler de la série au travers d’une analyse plus judicieuse. Tout d’abord, la série est créée et intégralement scénarisée par Jon Favreau et les épisodes sont en majorité réalisés par Robert Rodriguez. Non non, vous ne rêvez pas, le mec qui a fait The Faculty, Une Nuit en Enfer, Spy Kids, Sin City et, bien plus récemment, Alita : Battle Angel. Notez bien ces noms, c’est envers eux qu’il vous faudra rediriger votre haine, pour éviter des références plus morbides à des œuvres comme Kill Bill ou Death Note. Par ailleurs, il est grand temps d’admettre que Robert Rodriguez n’est plus capable de produire un travail digne de ce nom depuis un bon moment déjà, même si on ne peut malheureusement pas lui retirer une certaine maîtrise de mise en scène. Ajoutons que Bryce Dallas Howard et Dave Filoni s’en tirent admirablement bien en réalisant respectivement l’épisode le plus maîtrisé et bien écrit de la série et l’épisode le plus passionnant et important, à savoir les épisodes 5 et 6. Commençons sans plus tarder à aborder les nombreux problèmes de la série, à savoir entre autres, les épisodes 5 et 6.

En effet, The Book of Boba Fett (Le Livre de Boba Fett) est un récit narrant l’histoire de Boba Fett post Retour du Jedi et sa chute dans la gueule du Sarlacc. Si l’introduction de la série est intéressante, montrant les déboires du chasseur de prime à sortir du ventre du mastodonte, le tuant par la même occasion, et les péripéties l’accablant par la suite, son attrait ne fut que de courte durée. Dépouillé par les Jawas, kidnappé par les Tuskens, son histoire commence enfin. Partagé entre backstory depuis son extraction du Sarlacc, et période actuelle où il tente de s’imposer comme le nouveau Daimyo de Mos Espa sur Tatooïne, succédant à Jabba le Hutt puis Bib Fortuna. Le Daimyo étant à peu près l’équivalent de la place du Parrain, titre auquel on offre un tribut en échange de sa protection. Une place hardiment convoitée par une pléthore d’autres intervenants, à commencer par les cousins de l’énorme crapaud esclavagiste Hutt, mais également le maire de Mos Espa, Mok Shaiz, travaillant en étroite collaboration avec le syndicat des pykes, trafiquants de marchandise illégale. Par la suite, Boba Fett est chargé de s’occuper de la ville, en tant que Daimyo, et tente de se faire respecter et d’appliquer l’ordre au sein de la communauté locale. Ce n’est que lorsqu’une bataille d’envergure commence à se préparer que Mando intervient pour aider son camarade face à un antagoniste de taille, Cad Bane. Le premier problème est donc celui-ci, il y a deux épisodes hors-séries dans une série qui ne comporte déjà que 7 épisodes et, par dessus le marché, ce sont les meilleurs de la production. Comment voulez-vous mettre en avant un personnage si vous n’en faites même pas le véritable héros de sa propre histoire ?

L’opposition entre Boba Fett et le syndicat des Pykes se fait en réalité très tôt. Si l’on reprend l’enchaînement des évènements à la suite de son échappée du Sarlacc, on peut supposer qu’il ne se passe qu’un court instant entre le moment où il est fait prisonnier par les Tuskens et le moment où il amorce la première contre-offensive face au train de marchandise. De même que sa rencontre avec Mando survient elle aussi peu de temps après sa séparation avec les Tuskens. En fin de compte, si l’on devait reprendre une chronologie, il ne se déroulerait quasiment aucun autre évènement que ceux racontés dans la série entre sa présupposée mort au fond du Sarlacc et sa prise de pouvoir en tant que Daimyo de Mos Espa. Une erreur déjà commise dans Solo où cet autre chasseur de prime ne semblait avoir aucun autre fait d’arme que celui d’avoir parcouru le raid de Kessel en moins de 12 parsecs. C’est là l’un des premiers problèmes de cette histoire, la narration empêche les protagonistes de vivre leur histoire indépendamment du média dans lequel on les introduit. C’est certainement plus simple comme cela pour maîtriser l’étendue de l’univers, mais cela pose un problème de cohérence. Un problème d’autant plus notable que l’usure du temps ne se fait pas suffisamment ressentir à l’image. En réalité, quelle preuve avons-nous du temps que Boba passe à apprendre aux tuskens à conduire des speeder bikes ? Aucune, si ce n’est un montage alterné qui indique qu’effectivement, du temps passe. Mais en n’introduisant aucune véritable péripétie au sein de cet apprentissage ou en ne proposant aucun élément visuellement identifiable pour donner l’impression de temps qui passe (une blessure, la perte d’un équipement, l’endommagement de l’armure ou l’usure des habits par exemple), on se retrouve à se dire qu’en 3 jours, l’affaire est pliée. C’est la crédibilité de la cohérence du récit qui est impactée par ce manque de méticulosité.

La seconde erreur amputable à la série provient de l’écriture de certains personnages. Boba Fett en premier lieu évidemment. Il est présenté ici comme un Daimyo qui ne souhaite pas se faire respecter par la peur mais par la justice, pour grossir le trait. Outre le fait que cet énergumène ose rallier les power rangers à sa solde pour notre plus intense déplaisir, il apparaît également comme un personnage attentionné et plutôt altruiste. Alors que la série semblait le présenter comme un futur baron du crime et chef de pègre, il devient vite ramollo et enclin à secourir la veuve et l’orphelin. Qu’est devenu l’homme de main téméraire et intelligent à la solde de Vador et Jabba ? Même sa petite altercation avec Koska Reeves dans le dernier épisode de la saison 2 de The Mandalorian avait plus d’énergie et de dynamisme que la plupart de ses affrontements dans The Book of Boba Fett. Alors que Fennec Shand s’impose toujours autant comme une meurtrière, certes, suivant les ordres, mais bel et bien implacable, le chasseur de prime, quant à lui, devient petit à petit le side-kick de sa propre collaboratrice. De plus, lorsqu’il évolue avec le peuple tusken, il use d’un langage gestuel pour se faire comprendre. Sachant que le manque de compréhension inter-espèce est l’une des problématiques récurrentes de Star Wars (et spécialement avec Jabba du temps où C3PO traduisait les dires du Hutt, et alors même qu’ils s’en amusent lors d’une scène de la série où l’un des protagonistes exprime son envie d’avoir un droïde de protocole pour lui traduire certaines paroles) on pourrait penser que l’usage du langage des signes serait une solution. D’autant que le peuple autochtones semble s’en accommoder parfaitement. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas, au contraire, il parle par dessus ses gestes. Non pas que cela soit une erreur, puisqu’ils n’utilisent pas le langage des signes à proprement parler, mais l’immersion en est complètement anéantie. Ajoutons que les sous-titres en rajoutent une couche. Bref, il y a une sur-communication indigeste à ces échanges rendant la narration sacrément lourde et provoquant une grosse perte de fluidité. Alors que les deux partis échangent au final en langage des signes et se comprennent grâce à cela, il aurait été plus judicieux de directement écrire les échanges en langage des signes. Surtout à une époque où de nombreuses œuvres de fictions se mettent à introduire ce langage alternatif usité par des personnes atteintes de handicap auditifs, à l’image de Lauren Ridloff qui enchaîne les projets d’envergure depuis quelques années. Enfin, il y a un autre personnage très important de l’univers et dont nous tairons le nom pour éviter le spoil intempestif, qui impose un choix cornélien à un autre protagoniste. Cette décision brutale semble jurer avec la personnalité encore jeune et malgré tout immature dudit personnage après sa dernière apparition dans l’univers. Cependant, nous lui accordons le bénéfice du mystère vis-à-vis de la cohérence de son récit futur.

En fin de compte, à part les personnages principaux, ou ceux dont s’occupent expressément Dave Filoni, la plupart des nouvelles caractérisation sont consternantes d’absurdité. À l’image du maire Mok Shaiz, de son majordome, couard et viscéralement insupportable, ou des 4 frères Dalton version Wish. Venons-en à ces loustics car on ne peut pas laisser passer un affront aussi éhonté. En plus d’être totalement inutiles, ils sont une insulte ouverte à l’univers de George Lucas (dans l’espoir qu’on n’apprenne pas un jour qu’il les apprécie ou qu’il avait écrit des prémices de leur apparition ce vieux loup de mer). Dotés de capacités améliorées dont ils se targuent et aspect sur lequel la série n’a de cesse de revenir en modifiant d’autres personnages, ils n’en font jamais la moindre utilisation. Lorsqu’un intrus s’introduit dans la demeure de Boba Fett, ils se font éclater à 4 contre 1 et alors qu’ils ont des bras, des jambes ou toute autre partie du corps bioniques, ils trainent la grole sur leur vespa de moins de 50cc dans une course-poursuite aussi ridicule que chiante. Quant à leurs motocyclettes couleurs arc-en-ciel flambants neuves sur UNE PLANETE DE SABLE QUI SALIT TOUT SUR SON PASSAGE, même les scooters volants de Dragon Ball sont éminemment plus stylés que ces 4 poubelles ambulantes. Et leur style vestimentaire ne relève rien. La fille est blanche comme une paire de fesses sur une planète où il fait un soleil de plomb et s’affuble d’un style émo pré-ado digne d’un univers encore inconnu de celui de la galaxie Star Wars. Le second porte un trench coat auto-nettoyant propre sur lui qui jure avec les tenues habituelles de Tatooïne. Le troisième apparaît avec des dreads jaunes avant de passer chez le coiffeur se faire couper les tifs pour un résultat nettement moins agressif pour les yeux. Et enfin le dernier passerait presque aussi inaperçu que Gollum lorsqu’il poursuit les deux hobbits.

Ce qui est enrageant au possible à la suite du visionnage de la série c’est que le spectateur en ressort frustré pour une multitude de bonnes raisons. Et pourtant, l’histoire en elle-même, outre le fait d’être truffée d’actes manqués, à l’image d’un Matrix Resurrection d’ailleurs, est loin d’être vraiment mauvaise. La réalisation est vraiment propre, les plans sont soignés avec de magnifiques panoramiques et travellings ayant l’essence même du style de mise en scène de la saga. Factuellement, il y a un réel effort produit. Même d’un point de vue scénaristique pur, le passage avec les tuskens était touchant et plutôt pertinent. À ceci près que rendre tous les protagonistes gentils devient de plus en plus ridicule, malhonnête et pauvre en rebondissements. Passé ce défaut agaçant mais acceptable dans la mesure où Boba Fett est censé être, de base, un méchant, le récit a de belles promesses à tenir. Et quand on interroge Temuera Morrison sur une éventuelle saison 2, il a raison de croire et d’espérer qu’il y en ai une. Car il n’y pas besoin de creuser très loin pour avoir des idées magnifiques concernant ce personnage. C’est simplement dommage qu’elles entrent en contradiction avec le cahier des charges chaotique et sans cohérence de Disney.

Bon, il est temps maintenant pour nous d’enfiler notre casquette de scénariste et d’avoir l’aplomb d’oser prétendre être capable de faire ce que Disney, Robert Rodriguez, Jon Favreau, Dave Filoni, ou qui que ce soit d’autre à l’origine de cette absurdité en 7 épisodes, n’a pas été capable de faire. Car oui, nous en sommes capables, ainsi que n’importe qui un tant soit peu honnête dans ses intentions. Nous allons présumer sans vergogne ce que le titre de cette série était censée supposer. Le terme « Livre » implique un récit autobiographique écrit et narré par Boba Fett dans un futur proche. Soit un récit long et structuré, soit un recueil de nouvelles façons chroniques. Ajoutons à cela l’affiche où l’on voit le contrebandier sur une sorte de trône et nous pouvons déjà imaginer des choses magnifiques.

Avec Marvel, Disney nous a prouvé qu’ils étaient capables d’avoir une réelle fibre artistique. Après avoir grandement référencé The Mandalorian comme un vrai cow-boy au travers de son phrasé, de sa dégaine, de son statut de chasseur de prime et des décors qui, admettons le, s’y prêtent à merveille. C’était l’occasion d’ancrer Boba Fett dans un autre genre cinématographique, celui des barons de pègre. Boba Fett au pays de Martin Scorsese, juste l’affiche ça vous procure une trique matinale à en faire péter le sommier. Et c’est plus ou moins ce sur quoi semblait partir l’histoire avec les deux premiers épisodes, certes un peu faciles mais plutôt intéressants et efficaces, offrants une belle introduction au personnage. C’est le reste qui pêche. Qu’est-ce qu’il aurait été incroyable de revoir Boba Fett à différentes périodes de sa vie, retraçant les 5 épisodes de la saga dans lesquels il apparaît. Pour y voir des décors que l’on connait bien et qui nous auraient changé des éternelles étendues de sables dans un premier temps, puis pour nous donner une vraie caractérisation du personnage plutôt qu’une insipide volonté de le rendre « bon » et en lui prêtant des flashbacks inutilisés. Certes il n’est pas un tueur sanguinaire comme le montre une scène fameuse de l’épisode V, mais il n’est pas non plus un bon samaritain qui se balade de planète en planète avec une pancarte free hugs. Mais si l’aspect anthologique d’une histoire peut rebuter, en plus de ne plus vraiment correspondre aux standards sériels actuels, alors l’histoire développée aurait pu être intéressante s’ils s’y étaient tenus. Malheureusement, à l’épisode 5 de la série, le retour du Mandalorien sonne comme un aveu d’échec. Disney n’a rien à dire avec ce personnage, ils n’ont rien à raconter sur lui, et ce n’est pas pour rien qu’il ne devait s’agir que d’un film initialement. Oui parce que si on retire Fennec Shand, Boba perd encore plus de sa superbe. Là où le tour de force a été complètement transcendé avec The Mandalorian vient du fait que c’est un personnage complètement créé pour l’occasion. Boba Fett existe, avec son passé, son enfance (d’ailleurs on ne parlera pas des flash-backs de lui, petit sur Kamino, qui n’ont aucun impact dans l’histoire et ne correspondent concrètement à aucun passage connu de la saga), ses démons, ses aventures qui l’ont emmené sur le chemin de l’empire à la solde de Vador. Tout ce que les scénaristes semblent en retenir, c’est sa chute dans le Sarlacc… Quelle déception. Pourtant le personnage est d’une aisance d’écriture à en faire devenir scénariste un enfant qui vient juste d’apprendre à lire.

Nous ne remercions pas Disney de la réflexion dichotomique qu’ils produisent dans notre cerveau. La série est bien, c’est ça le pire dans le lot. À l’exception des 4 abrutis en arc-en-ciel qui sont une faute de goût monumentale à en faire rétablir la peine de mort. L’histoire, certes bien trop courte puisque amputée de 2 épisodes et demi centrés sur un tout autre personnage, demeure intéressante avec de bonne idées. La réalisation est assurée, et même si ça méritait mieux, l’histoire de Boba Fett post épisode VI est vraiment sympathique. Quant aux passage avec Mando, il s’agit ni plus ni moins d’une masterclass. Le véritable problème qui enrage c’est que la série s’appelle Boba Fett et parle moins de ce personnage que des autres. On va pousser le bouchon encore plus loin, si la série s’était appelée « The Book of Mandalore » ou même « Les Chroniques de Tatooïnes », ça aurait été passionnant d’avoir une série où plein de personnages très différents des uns des autres s’entrecroisent, puisque c’est presque plus ou moins le cas ici. Sans parler du méchant que nous avons omis presque par dépit tant il arrive tard et est sous-exploité malgré une écriture plus que jouissive de ce dernier. Non mais en plus Bryce Dallas Howard nous refait la scène de la course de pod avec Mando et c’est juste grandiose, mais là encore, Boba n’est même pas figurant de sa propre histoire. Juste pour ça c’est tout de même un véritable affront.

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