Nekromantik 2 : On ne badine pas avec la mort

« Je veux maîtriser la vie et la mort ». C’est par cette sympathique citation du serial killer Ted Bundy que le réalisateur Jörg Buttgereit nous invite dans son Nekromantik 2, actuellement disponible sur Shadowz. Suite directe de son premier manifeste nécrophile Nekromantik, le second volet reprend la même thématique mais cette fois-ci avec plus de maturité.

Le film s’ouvre sur un rappel en noir et blanc de la séquence finale du premier opus. Alors si vous ne l’avez pas encore découvert, n’hésitez plus ! Après les déboires du jeune couple nécrophile de Nekromantik, Jörg Buttgereit s’intéresse ici au triangle amoureux composé d’une jeune femme éprise de cadavres, tiraillée entre son amant mort rencontré au cimentière et son petit ami bien vivant. Tourné deux ans après le premier, Nekromantik 2 est le résultat d’une plus grande maturité. Fini l’état d’esprit d’étudiants turbulents, Jörg Buttgereit assoit une mise en scène plus posée et plus contemplative que son expérience punk sur Nekromantik.

Il renoue avec les racines du cinéma muet, épurant au maximum son long métrage des dialogues superflus, préférant la dialectique des images… et quelles images ! Le grain de la pellicule embrasse parfaitement les couleurs flashy des intérieurs d’appartements des années 1980. Ce traitement plastique de l’image est précisément la toile de fond qui met en exergue le caractère profondément dérangeant du thème principal. En clair, découvrir un cadavre en décomposition sur une jolie moquette rouge, c’est carrément crade ! En termes de discours, le cinéaste pousse les curseurs un peu plus loin dans cette suite, ce qui lui donne de la marge pour jouer avec la nuance.

Je m’explique. Le premier Nekromantik est un cri de colère, une expérience, une tentative de création et d’expression sur le thème très large de l’amour et de la mort. Nekromantik 2 fait office de réflexion. Après le premier cri, il faut émettre des phrases, puis un discours. En racontant ce triangle amoureux et la crise identitaire de cette jeune femme, il raconte plus subtilement que dans son premier film le mal être que l’on peut vivre lorsque l’on est en marge. La nécrophilie est encore une fois un prétexte au bouleversement et à la réflexion. Il ne cherche ni à promouvoir la pratique, ni à la juger, seulement la mettre dans notre champ de vision pour nous faire réagir. Il pose la question on ne peut plus angoissante de « et si ma voisine ou mon voisin était nécrophile ? ». La jeune femme au centre de l’intrigue est dépeinte comme la personne la plus normale au monde, sans aucune trace apparente de déviance. Elle aime juste faire touche pipi avec les morts, voilà tout.

Jörg Buttgereit conclut son film en réutilisant le même motif qu’à la fin du premier, mais en l’adaptant à l’intrigue du second. Ces deux conclusions similaires deviennent peut-être les meilleures clés de lecture des intentions du cinéaste. Encore une fois, la nécrophilie est l’outil, le prétexte pour aborder les questions universelles d’Eros et Thanatos, la pulsion de vie et la pulsion de mort. La pratique nécrophile apparaît ici comme le point de jonction entre ces deux notions, l’union entre Eros et Thanatos. Le cinéaste s’est d’ailleurs inspiré d’une interview d’une véritable nécrophile lue dans l’ouvrage Apocalypse Culture d’Adam Parfrey.

Quoi qu’il en soit, Jörg Buttgereit a ouvert (ou réouvert ?) la voie d’un cinéma authentiquement transgressif et libre de toute censure. Nekromantik 2 est indissociable de son prédécesseur, formant un diptyque macabrement corrosif contre toutes formes de normes préétablies. A tel point qu’il pourrait se prendre à son propre jeu et faire de la profanation de tombes la nouvelle trend TikTok.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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