Jusqu’au bout du monde : C’est beau mais…

Après Falling, marquant les débuts du talentueux Viggo Mortensen à la réalisation, nous étions curieux de voir la tournure que prendrait sa jeune carrière de cinéaste. Le voilà qui revient avec Jusqu’au bout du monde (dont on préfèrera le titre original bien plus beau : The Dead Don’t Hurt), western mélancolique embrassant totalement un certain classicisme formel et thématique tout en offrant la part belle à son personnage féminin.

Si l’on admire volontiers le soin que Mortensen apporte à sa mise en scène et à sa reconstitution de l’Ouest américain, on sera plus dubitatif sur ses choix narratifs et sur le classicisme un brin étouffant de l’ensemble. Qu’un western soit désormais réalisé sans second degré et sans volonté aucune de déconstruire le genre, voilà bien un fait à saluer tant c’est beaucoup trop rare. Le problème qui en découle ici est le manque total de surprise auquel nous assistons pendant les (longues) 2h10 que durent le film.

Surtout que le récit prend l’étrange parti de se diviser en deux temporalités différentes, l’une d’entre elle s’ouvrant sur la mort d’un des personnages principaux, celui au cœur de l’autre temporalité du scénario, située dans le passé. Cela pourrait accentuer le côté dramatique voire tragique de l’histoire (comme dans L’Impasse de Brian De Palma), ou même ouvrir la voie à un récit de vengeance mais cette mort n’agit jamais réellement comme un vecteur émotionnel, annihilant au contraire notre attachement au personnage dès le début : puisqu’il décède et que le film garde ses émotions très renfermées, il devient très facile de décider de ne pas s’impliquer en tant que spectateur.

En tenant absolument à ne pas trop expliciter ses sentiments et ses personnages (il est vrai qu’il le faisait un peu trop dans Falling mais cela créait une vraie émotion), Viggo Mortensen maintient ainsi le spectateur à distance. Résultat : Jusqu’au bout du monde apparaît indéniablement comme un beau film dont on perçoit les intentions et que l’on a vraiment envie d’apprécier (avec Vicky Krieps et Mortensen lui-même au casting, difficile de faire autrement) mais pour lequel on ne ressent aucune réelle vibration. Les séquences s’enchaînent sans surprendre, sans jamais donner l’impression de vouloir mettre un pied en dehors de la voie balisée que le scénario leur a tracées (même les seconds rôles, figures attendues du genre, restent sous-exploitées). Le voyage est beau mais bien trop long et c’est avec une immense sensation de frustration que l’on sort de la projection, une sensation que le cinéphile connaît parfois trop bien : celle éprouvée quand on a vu une œuvre que l’on aurait désespérément voulu aimer…

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