Première Affaire : Lorsque l’enquête tourne court…

Cette « première affaire » annoncée dans le titre n’est – pour son autrice et réalisatrice – rien de moins qu’une première fois. Un premier film. En la forme d’un long métrage aussi atypique que foncièrement inégal et partiellement inabouti la jeune Victoria Musiedlak déboule dans le monde du Cinéma avec Première Affaire, vrai-faux film de procédure juridique et véritable portrait de femme au cœur duquel la prestation de la non moins jeune Noée Abita déçoit d’abord, déconcerte ensuite puis finalement fascine par une telle audace régie par un casting d’assez belle et haute volée.

Nora a 26 ans lorsque le récit se penche sur son cas à l’orée d’un métrage filmé sous le signe d’un vérisme paradoxalement étrange et subtilement dissonant. Toute entière fraîchement débarquée dans l’univers juridique elle aspire à travailler pour mieux faire ses preuves et/ou donner le change face à son amie Laëtitia (Louise Chevillotte) bien plus émancipée et libérée qu’elle sur le plan amoureux et sentimental. C’est un soir, en sortant de boîte, que Nora voit l’occasion lui tomber d’un ciel couvert de nébuleuses peu ou prou délétères : suite au coup de téléphone de son supérieur hiérarchique la jeune avocate en herbe se retrouve – pratiquement à son corps défendant – en charge d’assumer sa première affaire pénale dans les banlieues nordiques de Arras. D’abord convoquée à la garde à vue du principal suspect Jordan Blesy (Alexis Neises, idoine en jeune adulte ou adulescent n’étant rien de moins que le fruit d’un inceste, ndlr) accusé d’avoir torturé puis tué sa propre soeur avec préméditation Nora prendra rapidement très au sérieux le cas de son client… jusqu’à sa rencontre avec le policier Alexis Servan (Anders Danielsen Lie, comme toujours impeccable et crédible de la tête aux pieds…) chargé de l’accusation et de la potentielle inculpation du jeune homme, rencontre et surtout romance aux antipodes d’une déontologie de correcte et honnête facture.

À en juger par ce bref – mais plutôt complexe et alléchant synopsis – Première Affaire avait tout pour relever du coup d’essai prenant la tournure du tour de force aussi formidable qu’implacable… En résulte en définitive un premier long métrage porteur de (très) belles promesses mais aussi bien trop ténu et inabouti pour ne pas susciter un intérêt aussi mitigé qu’incertain dans sa globalité. D’emblée le choix porté sur Noée Abita par Victoria Musiedlak afin d’interpréter Nora déroute au point de déranger en demi-teinte : car si l’inexpérience de ladite protagoniste sied merveilleusement à la jeunesse quasiment cristalline de la comédienne le registre oscille en permanence entre une gravité un rien rébarbative et un lyrisme dramatique presque attendu au regard du casting et du scénario. Ainsi Première Affaire arbore une tonalité semblant bâtie de bric et de broc, mélangeant les humeurs sans parvenir à totalement nous faire croire à cette enquête s’incorporant assez malhabilement à la défense prise à bras-le-corps par Nora puis à l’amourette la liant au magnétique et charismatique Alexis…

D’un bout à l’autre Première Affaire semble déplier factuellement les enjeux du résumé sus-cité (résumé correspondant au premier acte du métrage, ndlr) ; en d’autres termes c’est comme si Victoria Musiedlak grillait toutes ses cartouches au gré d’un premier quart d’heure plus ou moins intrigant mais duquel la jeune cinéaste ne fait pas grand-chose in fine. Nous saluerons néanmoins trois aspects non négligeables : d’une part la prestation irréprochable du norvégien Anders Danielsen Lie (déjà admirable chez Joachim Trier, notamment dans l’élégiaque Oslo, 31 Août et le chef d’œuvre cannois Julie (en 12 chapitres), ndlr) remarquable en flic opiniâtre mais désarmé par les charmes de la timide Nora ; d’autre part l’originalité de l’argument initial consistant d’une certaine manière à déployer les possibilités et les limites d’une relation amoureuse dans un cadre strictement professionnel ; enfin l’étonnante conviction se dégageant sur la durée de l’interprétation de Noée Abita, dont la dissonance se conjugue avec tant de naturel et de fragilité endurcie en paradoxe que son charme – en fin de compte – opère avec fascination.

Première Affaire fait donc montre de qualités certaines mais ne demandant qu’à être davantage développées par la suite. Nous souhaitons à Victoria Musiedlak les meilleures augures pour son premier long métrage en salles depuis ce mercredi 24 avril, un objet aussi ambitieux que pratiquement hétéroclite et parfois – dans ses pis moments du moins – bancal et pêchant par défaut de parachèvement… ce que nous pardonnerons sans mal à l’autrice et réalisatrice dudit film, tant le trouble s’y mêle à l’incongruité finalement saisissante de son héroïne. À ne pas manquer, de fait.

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