Obi-Wan Kenobi : Ça fait beaucoup là, non ?

Après Boba Fett, c’est au tour d’Obi-Wan de se faire souiller. Oui, on ne fait plus dans la dentelle, avec Disney, autant annoncer la couleur d’entrée de jeu et ne pas tourner autour du pot. Une fois de plus, il est difficile de savoir par où commencer tant il y a de choses à dire. Il faut bien l’admettre, depuis l’annonce de la série, la grande question était de savoir quoi raconter à son propos ? Et en y réfléchissant bien, ça ne semblait pas si inintéressant d’aborder l’histoire d’Obi-Wan post épisode 3. Outre le plaisir incommensurable pour les aficionados de la prélogie de revoir Ewan McGregor et Hayden Christensen, il y avait en réalité des intrigues clés de l’histoire de Star Wars que l’on pouvait clarifier. La création de l’alliance rebelle, la connaissance de Dark Vador par Obi-Wan, pourquoi Dark Vador lui-même ne s’est pas mis à la poursuite d’Obi-Wan plus longtemps et quid des droïdes ou de l’empereur en finalité ? Bien que l’intérêt était négligeable, les possibilités existaient. Mais comme à son habitude avec Star Wars, Disney ne comprend pas l’intérêt du mystère.

Déjà quand on regarde qui est aux commandes, on se demande comment on pouvait en attendre véritablement autre chose. À l’exception de Deborah Chow (dont on s’interrogera tout de même comment elle a pu pondre une série à la mise en scène aussi pauvre), les autres ne sont pas gâtés par leur carrière. D’abord Joby Harold responsable (en partie) des scénario de Awake (déjà avec Hayden Christensen), King Arthur (l’un des rares films de Guy Ritchie sans intérêt avec Code U.N.C.L.E), Army of the Dead de Zack Snyder et Transformers : Rise of the beasts qui sortira en 2023 et dont on ne le tiendra de toutes manières responsable que de l’expression « Foutu pour foutu », autant tout tenter. Quant à la production exécutive, on le retrouve aux commandes de Edge of Tomorrow (bon, admettons), My Blind Brother, King Arthur (décidément), Robin Hood (mais bordel c’est même pas celui de Ridley Scott, est-ce que quelqu’un a vraiment entendu parler de ce foutu film ???) et enfin John Wick 3 (qui n’est clairement pas le meilleur de la saga soit dit en passant même s’il fait le taff). À côté de lui il y a Hosseim Amini dont le meilleur film de sa filmo sur lequel il a travaillé en tant que scénariste, il n’y est pas crédité. Autant dire que déjà sur le papier, ça pue assez violemment.

Maintenant il faut voir l’histoire qu’ils nous ont pondu. Ermite en surveillance sur Tatooïne, Obi-Wan veille sur Luke Skywalker. Rapidement, il reçoit une requête de son vieil ami Bail Organa dont la fille adoptive, Leïa Organa, a été kidnappée, afin de la secourir. Il se met alors en quête dans toute la galaxie à la recherche de l’intrépide Leïa dont les ravisseurs sont les membres de l’Inquisitorious, un groupe d’anciens jedis ayant décidés de servir l’empire de Palpatine, et plus particulièrement la troisième soeur, Reva Sevander, directement mandatée par Dark Vador lui-même. Son but derrière cette capture est bel et bien de faire sortir Obi-Wan de l’ombre pour le capturer et le livrer au seigneur Vador. Car le fait le plus connu de la galaxie concernant Obi-Wan est qu’il est un grand ami de Bail Organa et comme les jedis ne peuvent pas s’empêcher de sauver la veuve et l’orphelin, l’ancien maître sera obligé d’affronter l’inquisitrice pour sauver Leïa.

Et là c’est un festival de débilités. Déjà pour commencer, difficile de croire que son plan, aussi foireux soit-il, et avec autant d’inconnues, réussisse tellement à merveille qu’ils capturent la FILLE du seigneur Vador alors que lui-même ignore sa descendance. Sachant que dans le même temps, ils savent chercher Obi-Wan sur Tatooïne. Connaissant Vador, cette information n’est pas des plus aberrantes, le Jedi lui-même pensait Anakin décédé et donc en sécurité sur la planète de sable. Mais à ce moment là, pourquoi ne pas centrer l’intrigue sur cette planète jusqu’à ce qu’ils découvrent que Kenobi protège le jeune garçon ? Reva le capturerait lui, et tout l’enjeu de la série reviendrait au Jedi de tout tenter pour ne pas que Vador rencontre son propre fils et que l’information ne soit découverte. A la place on nous montre une course poursuite entre Leïa et 3 PNJ incapable de franchir une branche d’arbre pour accéder à la deuxième île de GTA Vice City. Décidément les murs invisibles dans les jeux vidéos sont sacrément récalcitrants. Le pire étant que la jeune fille échappe à ses ravisseurs seulement le temps de cette scène abominable. Résultat, elle n’a même pas pour intérêt de montrer une Leïa qui sait se débrouiller toute seule puisqu’elle s’est faite capturer et qu’on dirait clairement que les ravisseurs se la jouent chorégraphie de méchants de super-sentais. Et des phases où le monde entourant nos héros est fait de murs invisibles, il y en a des tonnes. Comme ce passage dans l’épisode 3 où, arrivé à un barrage routier, Obi-Wan se casse la tête à détruire la barrière laser pour passer alors qu’il ne prend pas le véhicule et qu’à pied, il aurait tout simplement pu se contenter de contourner la barrière. Quand on vous dit qu’on est dans un jeu-vidéo, ce n’est pas une blague.

Evidemment, le problème ne vient pas que de là. Le scénario est plat et cousu de fil blanc. Il est incompréhensible que la série puisse se targuer d’avoir 2 scénaristes et une inspiration aussi faible, sachant que les seuls éléments à peu près potables de la série viennent des œuvres déjà existantes (trilogie originelle, prélogie ou certaines séries animées). Ils n’ont tellement rien à raconter que durant la moitié des épisodes ils ne font que tourner en rond ou perdre une éternité de temps pour rallonger artificiellement l’intrigue. Comme ce moment, dans l’épisode 5, où les rebelles doivent s’enfuir et Obi-Wan prend un gros risque en essayant de négocier pour leur faire gagner du temps. MAIS CES CONS RESTENT PLANTÉS LÀ À REGARDER OBI-WAN TAPER LA DISCUTE. Mais bordel, mais ça n’a pas de sens ! Ils n’ont même pas ne serait-ce qu’installés les blessés dans le vaisseau. Et comme ils n’ont tout bonnement rien compris aux préceptes Jedis, que Anakin nous a pourtant très simplement expliqués dans l’épisode 2, l’un des plus mal aimés de la saga, ils pensent qu’un Jedi ne peut pas s’empêcher de sauver tout le monde, que c’est physique, dans ses gênes. Du coup Obi-Wan Kenobi change d’avis comme de chemise et n’est pas capable de tenir un plan précis plus de 10 minutes. Alors qu’à aucun moment on ne voit les Jedis tout tenter pour sauver les faibles et les opprimés. Ils sont avant tout au service de la Force, ils doivent en rétablir l’équilibre. Alors certes il est clairement dit que c’était mal d’exterminer les Tuskens comme l’a fait Anakin, sauf que s’ils étaient à ce point à cheval à l’idée de devoir sauver des gens, ils ne tueraient quasiment personne d’aucune espèce. Or, ils restent, pour la plupart, des guerriers.

Le fait est qu’ils ne savent pas construire un récit de A jusqu’à Z correctement. Premièrement l’échelle de puissance est déséquilibrée dès le début. Si nous n’avons pas vu la série Rebels, à aucun moment on ne nous explique qui sont l’Inquisitorius, leur pouvoir, leur champs d’action, leur mode opératoire, leur fonctionnement ou l’étendue de leur organisation. Ils sont quantifiés en fonction d’un ordre d’attribution d’un statut, vraisemblablement, mais on n’en sait pas plus. On voit enfin une nouvelle forme de sabres laser, mais on n’a pas le plaisir d’en voir davantage à son sujet. De fait, lorsque l’un des membres meurt, trahit par un autre, l’évènement nous en touche une sans faire bouger l’autre puisqu’on ne comprend strictement rien. En conséquence, l’échelle de puissance entre les forces du Bien et les forces du Mal s’équilibrent d’elles-mêmes sans plus d’explication ou de cohérence. A tel point que lorsqu’on apprend les véritables intentions de Reva, cela n’explique tout de même pas la raison pour laquelle elle était obnubilée par Obi-Wan. On peut le supposer ou le théoriser, mais l’idée n’est même pas suggérée par la narration. Il résulte un horrible sentiment de se dire que tous les enjeux précédents n’ont même pas d’intérêt sur sa propre histoire à elle, ce qui est d’une tristesse abyssale. C’est d’autant plus absurde que cela ruine intégralement la force idéologique du personnage. De peur d’un bis repetita à la Vador, ils préfèrent raconter quelque chose dénué de sens et de logique pour rester original.

En ne parvenant à créer aucune intrigue intéressante, la série perd tout sens idéologique et moral. Restons sur l’exemple de Reva, son histoire était intéressante et sa construction fascinante mais son revirement de situation aussi prompt que mal amené oblige le scénario à réduire à néant l’impact et le rôle de son personnage. Et on ne spoilera pas sa fin qui se veut happy ending mais qui est la pire insulte que n’importe quel fan de Star Wars peut supporter dans sa vie. Au final Obi-Wan Kenobi échoue sur tous les tableaux. Toutes les intrigues qui rendaient essentielle la mise en œuvre de cette série tombent à l’eau d’un plat du dos magistral. La création de la rébellion est à peine approfondie et le terme n’est jamais clairement mentionné. Pourtant il semble que l’on assiste bel et bien à ses balbutiements, mais Obi-Wan, dont le but ultime est de sauver et d’aider tout le monde (rappelez-vous, c’est ce que Disney nous dit dès l’épisode 1), ne semble pas plus intéressé que cela à l’idée d’aider ce groupe. La présence de Palpatine n’est quasiment jamais insinuée et il n’y a aucune trace de R2-D2 ou C3PO alors qu’ils devraient tout de même être présents quelque part puisqu’ils se retrouvent avec Leïa durant l’épisode 4. Notons d’ailleurs que pour une série qui s’attache à ce point à tout faire raccorder, qu’en est-il de Ben Kenobi qui dit à Luke qu’il ne se rappelle pas avoir posséder le moindre droïde ? Cela aurait pu être judicieux de rétablir cette minime erreur. Dans le même temps, s’il était captivant de reprendre la série directement après l’application de l’ordre 66 et de la tuerie de Dark Vador dans le temple Jedi, il aurait été bienvenue d’y voir une plus longue scène, surtout quand l’on connaît certains évènements survenant par la suite. Même s’il est plaisant de revoir Hayden Christensen, rajeuni numériquement de la manière la plus hideuse et irrespectueuse qui soit, au bout d’un moment, un simple coup de maquillage ferait très bien l’affaire, on constate clairement que Disney se contente du strict minimum à chaque fois.

Oui car on peut parler de la mise en scène. On accepte que le chuchotement ou les cachettes approximatives nous viennent du théâtre et de sa mise en scène imposée pour que tous les spectateurs voient et comprennent la même chose. Mais au bout d’un moment, une rebelle qui s’infiltre dans le camp ennemi pour récupérer des bases de données et qui communique en chuchotant à 30 centimètres de trois autres pégus qui font la sourde oreille…. c’est un peu gros tout de même. Ou encore ces pilotes rebelles qui filent et tirent droit sur la base en question jusqu’a être à moins d’une dizaine de mètres des murs sans avoir l’espace nécessaire pour manoeuvrer en hauteur ou en descente et sont sauvés par la magie du cut. C’est quand même au delà de toutes nos espérances de foutage de gueule. Pour couronner le tout, on peut parler de cette fameuse scène du tunnel, qu’ils n’ont pas été foutus de mettre en scène correctement. Outre l’incohérence d’abandonner tour à tour la petite Léïa sans grande justification, le montage donne clairement l’impression que Reva est dotée du don de téléportation. En réalité, il ne s’agit pas d’un tunnel mais de galeries, on peut s’apercevoir qu’il se divise en deux en arrière plan lorsque Tala ouvre la porte la première fois. Cela n’explique pas tout évidemment, et la scène est tellement mal foutue qu’elle ne mérite pas qu’on attarde notre argumentaire pour la défendre, et on le pourrait.

Mais on va tenter de conclure cet article par quelques points positifs de la série. La première rencontre entre Vador et Kenobi est tout de même sacrément impressionnante. D’ailleurs, Disney est une entreprise notoirement incapable d’être fidèle aux personnages qu’elle récupère et Dark Vador semble avoir eu un traitement de faveur. Et vous vous direz peut-être « mais comment peut-on échouer l’écriture de Vador ? », calme-toi Marcelin et attends les deux derniers épisodes, tu pourrais quand même être surpris. Le combat de l’épisode 5 est également incroyable, du pur spectacle, surtout si vous aimez l’ambiance shônen qu’il dégage. Malheureusement le dernier épisode est un poil trop shônen, s’il y en avait eu un septième, on était pas à l’abris de voir un Kaméhaméha… De plus, aussi dénigrée est-elle pu être, la scène avec Zach Braff était particulièrement tendue et bienvenue dans la série. Car des absurdités de pseudos fan de Star Wars qui réécrivaient le mythe, il y en a eu un sacré grand nombre. Tous là pour y donner son avis et critiquer la moindre seconde sans jamais vraiment comprendre comment créer un personnage et construire une intrigue. Même si Obi-Wan Kenobi, la série, est un gruyère tellement troué qu’on se demande si ce n’est juste pas de l’air qui pue, elle recèle tout de même, et contre toute attente, de quelques très jolies scènes.

Pour terminer, car c’est un sujet qu’il est important d’aborder lorsque l’on voit à quel point la bêtise humaine sait revendiquer sa première place sur l’échelle de la crétinerie, il faut parler du personnage de Reva Sevander, tenu par l’actrice Moses Ingram. Premièrement et nous l’assumons pleinement, elle est une très bonne actrice. Deuxièmement, si la série est nulle, ce n’est pas de sa faute, si son personnage est mal écrit, ce n’est pas de sa faute et c’est encore moins la faute de sa couleur de peau. Et si vous estimez quand même qu’elle joue mal, alors ce n’est toujours et encore pas de la faute de sa couleur de peau. Il est révoltant de voir à quel point les réseaux sociaux sont gangrénés par des gens dont le cerveau est le fruit de leur propres déjection. Quelqu’un qui a pu tenir ou tiendrai des propos racistes quels qu’ils soient ne méritent pas et ne mériteront jamais que le titre de cet univers puisse sortir de leur bouche. Tout ce qu’ils prouvent avec un comportement pareil, en plus de montrer publiquement qu’ils sont des êtres parfaitement dénués d’intelligence, c’est qu’ils n’ont strictement jamais rien compris à Star Wars et que la dernière chose qui puisse leur être autorisé sur Terre, est de parler de cet univers. La série a des défauts, beaucoup de défauts, mais jamais la nullité d’une série peut justifier un déferlement de haine quelconque sur les réseaux sociaux envers une personne précise. Et il est toujours triste de voir à quel point les gens aiment s’acharner sur tout le monde lorsqu’il s’agit de Star Wars. Alors même que la voie Jedi nous enseigne la tolérance. Mais bon pour tolérer une merde pareille faut quand même se lever du bon pied.

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  1. Andor : enfin une réussite ? -

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