Black Panther : Wakanda Forever – la voie de l’eau

Il est toujours compliqué, dans un scénario, de composer avec la mort d’un acteur. Surtout quand celui-ci était destiné à endosser un rôle sur de longues années et dans plusieurs projets, Chadwick Boseman nous ayant quitté en 2020 soit seulement 2 ans et demi après la sortie du premier opus de Black Panther, super-héros pour lequel Marvel et de nombreux fans avaient d’énormes attentes. L’acteur avait si parfaitement bien interprété le rôle, que sa disparition éclipsait pratiquement tous les autres rôles de sa carrière. Les gens n’avaient que « Black Panther » entre les lèvres lorsque le nom de l’acteur était cité.

Fatalement, la saga Black Panther n’aura plus jamais la même aura et il aurait peut-être été judicieux de la part de Disney/Marvel de ne pas en initier de suite, que ce soit par respect pour l’acteur mais également car celles-ci nuisent et ont toujours nui au sujet d’origine. Marvel gagnerait grandement à étendre sa collection de super-héros one-shot. Black Panther aurait pu être cette figure indétrônable et fière, un one-shot ultime que personne n’aurait pu égaler. Malheureusement, les desseins du studio n’étaient pas de cet avis, eux qui se sont acharnés à sortir ce deuxième opus.

Car en fin de compte, il n’y a pas grand chose à tirer de cet opus. Une surprise de voir un projet aussi pauvre dans la carrière de Ryan Coogler, lui qui a réussi à relancer la saga Rocky avec le personnage de Creed. Après la mort de T’Challa, le Wakanda se retrouve sans protecteur et soudainement le centre de l’attention du monde entier à cause de son Vibranium en grande quantité : une ressource extraordinaire qui permet bien des choses et une production énergétique diablement importante. Les pays du monde entier, mais surtout la France et les États-Unis, sont à la recherche de cette ressource, quitte à employer des moyens douteux, conséquents et rapidement létaux. Le Wakanda fait pression sur les différents gouvernements mais une nouvelle race vivant sous l’eau fait son apparition et les relations diplomatiques des différentes nations se détériorent à vue d’oeil. Le Wakanda conclut qu’il faut vite trouver un remplaçant à Black Panther.

Premièrement, le film a une identité visuelle très particulière. Le Wakanda par exemple semble scindé en deux parties bien distinctes : le centre névralgique de la nation, pleine de building et autres bâtiments extrêmement imposants, et la banlieue, beaucoup plus rustique et architecturalement simple. D’un côté il s’agit de montrer l’avancée technologique du Wakanda et de l’autre, il s’agit sans doute de montrer un mode de vie et une société plus proche de certaines ethnies africaines. Ryan Coogler tient à mettre en avant des cultures moins occidentales, notamment au travers de diverses cérémonies, comme celle funéraire de T’Challa. Les décors sont également très vastes, colorés et imposants. Un film qui sait mettre en perspective la nature et sa géologie. Cependant, concernant l’inventivité architecturale, ce n’est pas aussi poussé. Pour le peuple vivant sous l’eau, on pourrait s’attendre à quelque chose d’original, or ils vivent juste dans des galeries ou des structures d’inspiration Maya, en ruine et noyées depuis des années. Idem concernant certains effets spéciaux, costumes ou vaisseaux. Le faisceau de téléportation par exemple est affreusement simpliste et moche, digne des effets spéciaux de La Cinquième Dimension… De quoi faire passer les anneaux de transport de Stargate pour une oeuvre de De Vinci. Quant au reste, il y a une étrange inspiration visuelle d’Avatar, le second opus sortant dans quelques semaines et produit également par Disney : il y a donc de quoi se poser des questions. Tout cela montre qu’il y a des intentions bien spécifiques derrière la caméra, mais celles-ci ne sont pas clairement définies et manquent de clarté. Et ce n’est pas la première fois qu’une production Marvel passe à côté d’une vraie proposition graphique qui ancrerait l’histoire dans une ambiance totalement nouvelle ou unique. Le mélange global reste satisfaisant, mais manque de réel impact au vue de la production.

Pour le reste, Black Panther : Wakanda Forever peine à sortir du lot. Une nouvelle suite Marvel qui ne sera pas digne d’intérêt. Conscient de l’absence de Chadwick Boseman, Disney passe son temps à essayer de nous convaincre que son super-héros est toujours présent, qu’il s’agit d’un concept et qu’il ne peut pas vraiment mourir. La scène d’intro et de fin sont des hommages touchants, sincères et directs à l’acteur et tout le film est un hymne à Black Panther. Mais Chadwick Boseman EST Black Panther, personne d’autre ne peut l’incarner d’une meilleure manière, pas même Laëtitia « Shuri » Wright qui se débrouille pourtant bien. Ils le savent pertinemment et cherchent pendant 2h à nous convaincre du contraire en nous le répétant sans cesse. Sauf que ça ne prend pas, même si les actrices et acteurs sont bons, le fait de les imaginer dans le costume passe mal. Ils ont tous une réelle identité, et ce n’est malheureusement pas celle de Black Panther. Ajoutons à cela une certaine propension à créer des costumes invraisemblables. Entre la combinaison bleue ressemblant à un oiseau créée par Shuri et l’espèce de mécha rouge de la jeune fille, on retombe dans cette espèce d’ambiance Power Rangers malvenue. C’était déjà une faute de goût criminelle dans The Book of Boba Fett, il va falloir arrêter de mettre des couleurs flashy dans tous les sens car ça devient légèrement ridicule.

Le principal défaut de ce Black Panther : Wakanda Forever, au fond, n’est pas ce qu’il raconte, mais surtout ce qu’il ne raconte pas. Namor est un antagoniste relativement charismatique et intéressant, mais qu’apporte-t-il de plus que Kilmonger ? Absolument rien. L’opposition entre le camp de Namor et les wakandais est forcé. Un peuple jusqu’alors passé inaperçu et en dehors de tout conflit, se retrouve très vite non seulement au courant de tout et bien au centre de toutes les problématiques. S’installe alors un sentiment de fausseté concernant leur crédibilité. On le ressent d’autant plus au travers de toutes les scènes secondaires peu importantes, qui traînent parfois en longueur pour ne rien raconter de primordial. Beaucoup trop de passages deviennent futiles et redondants pour un film qui n’a pas besoin d’une durée aussi conséquente. Alors qu’à contrario, le film peut se targuer de scènes excellentes et particulièrement bien amenées, plongeant le long-métrage au milieu de réelles propositions de mise en scène. Notons que la plupart d’entre elles impliquent notamment Okoyé et Shuri qui offrent un duo à l’écran extrêmement agréable à suivre.

Au final, Black Panther : Wakanda Forever est inutilement trop long. L’antagoniste n’est d’un intérêt que limité et l’histoire est clairement trop pauvre pour mériter plus de 2h. Une bonne partie du scénario tourne en rond. L’intrigue n’avance pas, les personnages ne font que se menacer sans avoir de justification crédible. Alors qu’on sait pertinemment qui deviendra le nouveau Black Panther – et pas seulement car elle est en gros plan sur l’affiche – l’intrigue prend une éternité avant de vendre la mèche. Si on ressent l’intention de transposer le média d’origine à notre histoire, on ressent surtout l’incapacité à s’émanciper du support originel pour offrir une histoire vraiment nouvelle et mettre Shuri à l’honneur dignement. En mettant le super-héros sur un tel piédestal, on empêche l’actrice et les personnages d’évoluer par eux-mêmes et d’offrir une véritable profondeur au nouveau super-héros. Ce dernier pourrait tout à fait ne pas être Black Panther, mais la représentation propre de celui qui endosse le rôle de protecteur du Wakanda. L’une des choses que Marvel sait toujours autant bien faire est de saborder avec tristesse ses héros les plus emblématiques. En résumé on retiendra l’intention de dire quelque chose, mais on ne retiendra pas forcément quoi. La durée du long métrage n’aidant pas à rester vraiment concentré tant la narration est décousue. Nous étions assez élogieux du premier opus qui apportait un réel vent de fraîcheur dans les productions Marvel, avec un antagoniste emblématique et bien écrit. Ici le château de carte s’effondre dans les méandres de la facilité et de la paresse.

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  1. Édito – Semaine 48 -

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