Promising Young Woman : Vengeance au féminin

Ivre sur une banquette au fin fond d’un bar, Cassie tient à peine debout. C’est ainsi qu’un homme l’aborde, se proposant de la ramener chez elle puisqu’elle n’est visiblement pas en état de poursuivre la soirée. Sur le chemin, l’homme propose à Cassie un dernier verre chez lui et traîne pratiquement la jeune femme jusqu’à son appartement où, alors que Cassie s’endort, il entreprend de la déshabiller… Avant d’être interrompu par Cassie, en pleine possession de ses moyens, celle-ci ayant simulé l’ivresse et entendant bien donner une leçon à ce mâle libidineux, uniquement à l’écoute de ses désirs. Ce petit manège, Cassie le mène depuis longtemps, la jeune femme étant décidée à remettre dans le droit chemin la gent masculine qui doit revoir ses notions de consentement. Autrefois brillante étudiante en médecine, elle a tout arrêté suite au décès de son amie d’enfance, violée lors d’une soirée et végète depuis dans un job au comptoir d’un café, passant ses nuits à simuler l’ivresse pour corriger les hommes, ses parents désespérant, à l’approche de la trentaine, de la voir toujours habiter chez eux… Quand elle croise à nouveau Ryan, qui avait fait ses études avec elle, Cassie commence à baisser sa méfiance envers les hommes et voit la possibilité de se sortir de sa situation tout en rachetant les erreurs de son passé qui n’est cependant pas loin de la rattraper…

Sur le papier, Promising Young Woman a tout du film féministe post-#MeToo un peu opportuniste et de fait, il en remplit allègrement toutes les cases sans pour autant tomber dans les lourdeurs que son sujet et son intention pouvaient impliquer. En effet, cette première réalisation d’Emerald Fennell (scénariste sur Killing Eve et interprète de Camilla dans les saisons 3 et 4 de The Crown) sait faire preuve de nuances tout à fait bienvenues, se montrant implacable dans sa démonstration tout en sachant la camoufler sous son humour noir ravageur et sa mise en scène colorée à l’esthétique pop. Ce revenge-movie au féminin surprend notamment en évitant tous les écueils du genre, la quête de vengeance et de rédemption de Cassie n’étant pas émaillée de violence physique mais d’un savoureux sens de la psychologie, chaque étape de sa vengeance étant taillée sur mesure à la hauteur du péché commis par ceux qu’elle juge coupables (hommes et femmes réunis).

On appréciera également le portrait nuancé et insidieux de la gent masculine, qui ne résume pas simplement à une bande de pervers ne pensant qu’au sexe mais dont le spectre est plus complexe et, de fait, plus ancré dans le quotidien, en témoignent ces types qui se pensent sympas mais n’ont aucun complexe à réveiller une femme bourrée par la forcer à l’embrasser ou encore ces mecs ayant regardé un viol lors d’une soirée et dont la seule explication ( »je n’ai rien fait ») est effrayante tout en étant si terriblement répandue. Promising Young Woman n’épargne pas non plus les femmes, parfois les premières à juger leurs camarades sur leurs tenues ou leur comportement mais sait nous offrir une galerie éclectique, comme cette amie bienveillante ou cet avocat rongé par la culpabilité d’avoir défendu des coupables de viol en détruisant la vie de jeunes femmes dans les tribunaux. Non seulement le sujet est d’actualité et pertinent mais Emerald Fennell semble en couvrir tout le spectre avec un talent certain pour croquer ses personnages. De fait, Cassie n’est pas qu’un personnage dont le portrait se résume à sa quête vengeresse. Elle est une femme profondément blessée, détruite par la mort de son amie et par le rapport que cela a établi entre elle et les hommes. Meurtrie à jamais alors que se dessinait pour elle un brillant avenir, elle agit avec un faux détachement et une vraie détermination tout en semblant avoir conscience que quoiqu’il arrive, elle ne verra jamais la lumière au bout du tunnel. Saluons à ce titre la prestation de la géniale Carrey Mulligan, actrice brillante qui trouve ici un rôle à la hauteur de son talent souvent sous-exploité. Cassie est l’un des plus beaux personnages de sa carrière, un personnage à qui l’actrice donne tout sans avoir froid aux yeux.

Et avoir froid aux yeux, ce n’est pas le cas non plus d’Emerald Fennell qui, aux trois-quarts de son récit, opère un virage radical d’une audace dont on a encore du mal à se remettre, au détour d’une scène glaçante filmée sans détour et dans sa longueur, faisant basculer le film à un autre niveau où même l’humour noir disparaît au profit d’une cruelle réalité. Cette scène cruciale divisera sans doute (et laissera un immense moment d’incrédulité à chaque visionnage) mais prouve à quel point la cinéaste prend au sérieux son récit, sa réalité et ses personnages pour les mener jusqu’au bout, quitte à se mettre à dos une partie de son public dans une démarche qui n’a rien d’une pose artistique mais prouve au contraire l’intégrité de Fennell et de son film. Si Promising Young Woman se déguise sous ses atours pop et son vernis d’humour noir, il n’en demeure pas moins sérieux quant à son sujet et à ses lourdes conséquences, preuve d’une intelligence rare de la part d’une cinéaste qui sait prendre des risques en donnant à la vengeance une saveur particulière et dont la carrière va désormais être scrutée de près par nos yeux attentifs.

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