La Dernière Maison sur la Gauche : À la Source d’un remake…

Voilà quinze années sortait dans nos salles obscures La Dernière Maison sur la Gauche de Dennis Iliadis, remake éponyme d’un classique du genre réalisé en 1972 par Wes Craven étant lui-même le remake officieux d’un bijou bergmanien intitulé La Source, splendeur formelle et véritable matrice du rape and revenge sorti en l’an 1960 sur les écrans ; à nouveau visible en support Blu-Ray et DVD depuis le 29 janvier 2024 aux éditions BQHL cette production d’honnête facture aux accents bis de la fin des années 2000 demeure, en l’état, une belle réussite de Cinéma extrême et franche à bien des égards. Produite par le producteur du film de Wes Craven (l’audacieux Sean S. Cunningham, qui réserva à l’époque l’intimité de son jardin résidentiel pour les besoins du tournage dudit film, ndlr) et par le futur auteur de la saga Scream et des Griffes de la Nuit La Dernière Maison sur la Gauche version 2009 – présentée ici dans une copie non-censurée et visuellement chiadée – reste fatalement le seul film un tant soit peu reconnu de son réalisateur, ayant bénéficié d’un léger succès d’estime au fil des années (à noter que Hardcore – le premier long métrage de Dennis Iliadis réalisé cinq années plus tôt – est en passe de devenir l’une de nos prochaines priorités en matière de recherches cinéphiliques, potentielle frappe de Septième Art aux allures de balade déviante et revancharde tournée en langue grecque, ndr).

A l’instar de La Source de Ingmar Bergman et de La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven ledit métrage narre le destin tragique de deux adolescentes (en l’occurrence la jeune Marie Collingwood et sa meilleure amie Paige) sauvagement torturées par un groupe de quatre repris de justice dirigé par le terrifiant Krug dans les contrées reculées du Connecticut, à dessein purement pervers, sadique et gratuit. S’ensuivra la vengeance des parents de Marie dans la maison titulaire mettant à mal le quatuor de criminels formé de la plantureuse Sadie, de Francis, de Krug et de son fils Justin – lui-même coupable par omission des méfaits du groupe.

Forcément indissociable de la version craspec mâtinée d’effets pornographiques de Wes Craven datant du début des années 1970 celle de Dennis Iliadis peut néanmoins se voir indépendamment de l’objet sus-cité. Et pour cause : le cinéaste d’origine grecque prend littéralement de formidables libertés au regard de l’Oeuvre so seventies tournée en la forme d’une pellicule 16mm susceptible de générer tout un imaginaire documentaire hanté par les traumas du Vietnam et les années Nixon. En affichant une imagerie plus froide (la colorimétrie dudit métrage met l’accent sur une gamme de bleus tout à fait efficace sur le plan purement atmosphérique) et en se débarrassant en grande partie de la dimension sociologique du film de 1972 (Iliadis élude tous les passages concernant l’enquête pour mieux se concentrer sur la quatuor de criminels, les deux adolescentes et les parents de l’une d’entre elles afin de nous livrer un home invasion tour à tour efficace et inquiétant…) le réalisateur ne lésine pourtant d’aucune façon sur les effets gores et le quota d’hémoglobine de rigueur, signant un remake étonnamment tout aussi valable voire même meilleur que l’original…

Dans la lignée des remakes réussis reprenant la substance de certains grands classiques du Cinéma d’horreur de l’aune du Nouvel Hollywood (on retient surtout l’excellent La Colline à des Yeux de Alexandre Aja sorti en 2006 également adapté du film du même nom de Wes Craven, mais aussi le surprenant remake du I Spit on Your Grave de Meir Zarchi datant de 1978, rape and revenge ultime et fièrement féministe demeurant logiquement le parangon du genre, ndlr) La Dernière Maison sur la Gauche tient plus que ses promesses tout en se réappropriant la sève du film de 1972. Iliadis insiste davantage sur la partie « revenge » incluant les parents de la jeune Marie dans une seconde moitié de métrage prenant la forme d’un huis-clos de facture plus qu’honorable, tout en marquant le coup sur la partie « rape » en mettant en scène une séquence d’exaction sexuelle particulièrement vile et perverse héritée à bien des égards du sous-genre du torture-porn dans le premier hémistiche dudit film. Étrangement cette version 2009 s’avère plus naïve, moins distanciée, moins méta presque que le premier long métrage de Craven, s’affichant sans fausse pudeur comme un film de genre pur et dur exempt de tout discours finaud et mal à propos. C’est une réussite.

On se délecte alors de revoir le temps dudit film le visage du magnétique Tony Goldwyn (le fameux antagoniste agréablement haïssable du Ghost de Jerry Zucker sorti en 1990, ndlr) impeccable en père de famille propret mais tout en violence contenue ainsi que la bouille du jeune Spencer Treat Clark entièrement crédible en adolescent désœuvré incapable de réellement défendre une cause plutôt qu’une autre… Quant à la jeune Sara Paxton elle parvient à délivrer une prestation plus que crédible en héroïne meurtrie finalement amendée au sortir d’une projection remettant au goût du jour la crasse du classique de 1972, tout en lui apposant un style plus classique et mieux tenu dans le même temps. C’est à voir.

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