Novembre : Pour l’histoire

Alors que le procès a rendu son verdict en ce début de juillet 2022 après près d’un an d’instruction, c’est au tour du cinéma de s’emparer du sujet des attentats du 13 novembre 2015. Le sujet va nourrir quelques films d’ici la fin de l’année 2022, notamment le prochain long métrage d’Alice Winocour Revoir Paris avec Virginie Efira.
Celui qui nous intéresse en ces lignes est Novembre réalisé par Cédric Jimenez. Une année après la sortie du polémique Bac Nord, le réalisateur marseillais revient avec un nouveau film fort retraçant les cinq jours d’enquête suite aux terribles événements survenus au Stade de France, sur les terrasses parisiennes et au Bataclan en cette tragique soirée du 13 novembre 2015.

Les événements funestes sont traités en OFF dans l’ouverture du film au gré d’une insouciance, d’un instant de travail ou d’un départ en avion. Ils vont être vécus par le spectateur via des téléphones sonnant frénétiquement, des voix lointaines, des sirènes, une tension montant crescendo. Nous ne sommes pas prêts.
Le film va s’emballer pour ne plus s’arrêter. L’enquête va être menée tambour battant, remuant ciel et terre pour retrouver les derniers terroristes en vie aperçus sur les vidéos de surveillance du métro parisien. Où sont-ils ? Telle va être la grande question durant une bonne partie du film. Les enquêteurs ont la volonté de remonter l’organigramme, de vouloir comprendre et de trouver les coupables, forcément. Une enquête d’arrache-pied sur cinq jours où personne ne dort, ni ne rentre chez soi. Cédric Jimenez prend exemple sur les grands polars français et américains des années 1970. Verneuil ou Boisset ne sont pas loin et Friedkin est cité, tout comme Pakula. Il est bien trop tôt pour affirmer que Novembre est un grand film, mais des séquences s’impriment pour ne plus nous quitter durant des semaines.

Cédric Jimenez photographie un Paris interlope glauque, notamment ses bidonvilles crasseux où traînent les drogués et les sans-papiers. Mais deux autres séquences marquent par l’efficacité de leur orchestration. Tout d’abord la séquence de la filature dans le marché où le réalisateur de La French distille une tension crispante. Digne d’une séquence de French Connection, Jimenez nous agrippe pour ne plus nous lâcher. La tension est saisissante jusqu’à un dénouement certes attendu, mais d’un soulagement salvateur tant la séquence arrive à un moment clé du film.
La seconde séquence qui ne nous quitte plus est l’assaut du GIGN à Saint-Denis. La fusillade entre les terroristes et le groupe d’intervention est tétanisante. Jimenez met le spectateur au cœur de l’échange face aux tirs, celui-ci ressentant le moindre impact assourdissant tout en éprouvant la confondante sensation d’être au cœur de cette cage d’escalier criblée de balles. La séquence laisse bouche bée, sans la moindre réaction tant la violence déployée est stupéfiante. Une telle séquence est rare dans le cinéma français, et si ce n’est pas une prouesse, l’orchestration de celle-ci est à souligner nous poussant quelques mois après avoir vu le film à retourner en salles pour assister de nouveau à ce déferlement de coups de feu. Novembre doit se découvrir en salles entre autres pour les séquences citées, mémorables et insoutenables.

S’il n’était pas convaincu aux premiers abords du projet Cédric Jimenez nous convainc nous, critiques comme spectateurs, de sa capacité à orchestrer cette commande dangereuse. Le film arrive peut-être un peu tôt, mais son angle permet d’outrepasser la douleur et la tragédie pour assister à un sacré long métrage. Le focus sur l’enquête contractée est un choix judicieux menant nerveusement le spectateur sur cinq jours et 1h40 d’une efficacité remarquable. Nous entrions avec beaucoup d’aprioris dans la salle envers le film et nous en sortons avec les jambes flagellantes, saisis par le vif de la proposition. Au cœur de celle-ci chaque comédien est au diapason, Novembre bénéficiant d’un casting cinq étoiles formé de comédiens tous irréprochables, d’un Jean Dujardin charismatique à une Anaïs Demoustier investie tout autant que son personnage au cœur de cette investigation où elle frôlera la sortie de route. Mais soulignons l’apparition de Lyna Khoudri, clé du film et des faits réels, actrice décidément merveilleuse qui s’intègre idéalement dans le récit avec un personnage complexe et fragile en tant que témoin et indic permettant la localisation des terroristes. Lyna Khoudri s’empare du troisième acte en dévorant l’écran, laissant éclater ses failles et ses doutes. Novembre lui permet de montrer sa capacité à tenir tête à une grosse production, à un casting redoutable et elle relève le défi haut la main après nous avoir subjugué dans Papicha ou La Place d’une Autre, preuves de sa capacité à tenir un film sur ses jeunes épaules.

Il va falloir laisser sa chance à Novembre tant l’accomplissement de Cédric Jimenez sur ce film est bluffant. Il réussit à orchestrer savamment un film qui se jugera sur le temps et les révisions prenant modèle sur un cinéma américain qui adore mettre en scène ses tragédies contemporaines. Pour une fois le cinéma français regarde son actualité droit dans les yeux, se confrontant à l’horreur pour mieux en saisir la moelle cinématographique. Novembre est une réussite, laissons-lui donc seulement le temps pour s’affirmer comme un grand film… ou pas. À voir absolument.

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