La Place d’une Autre : La Chance d’une vie.

L’attraction première du nouveau long métrage de la réalisatrice Aurélia Georges est Lyna Khoudri. Depuis qu’elle fut révélée grâce à sa composition dans le film Papicha réalisé par Mounia Meddour en 2019, l’actrice originaire d’Alger est partout dans le cinéma français. Un bienfait pour un cinéma qui manque souvent de chaleur, de force, d’authenticité chez ses actrices, tout ce que représente Lyna Khoudri présente dans la prochaine grosse production française, Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon où elle incarnera Constance de Bonacieux, love interest de D’Artagnan.
La Place d’une Autre tente le pari « Khoudri » oubliant les origines maghrébines de la jeune femme dans ce rôle de paumée à l’orée de la Première Guerre Mondiale à Paris puis dans l’Est de la France. Un pari réussi tant le film d’Aurélia Georges est une réussite de par la présence de l’actrice formidable, mais pas que…

Lyna Khoudri incarne Nélie qui échappe à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Un jour, elle prend l’identité de Rose, une jeune femme qu’elle a vu mourir sous ses yeux, et promise à un meilleur avenir. Nélie se présente à sa place chez une riche veuve, Éléonore, dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionne au-delà de ses espérances.
Troisième long métrage pour Aurélia Georges dont on découvre le travail avec ledit film, La Place d’une Autre assure par un classicisme saillant. Ne profitant sans doute pas d’un budget conséquent, Aurélia Georges fait de ce peu un avantage laissant le spectateur imaginer le conflit et ses dégâts au détour d’un bois dévasté pour le sauvetage d’un soldat blessé. Elle opère avec peu de comédiens au cœur d’une grange avant que le tournant du destin pour Nélie explose par le biais d’un obus. Elle se focalise sur les personnages au cœur de décors raréfiés, soit principalement la maison d’Éléonore interprétée solidement par Sabine Azéma dont c’est le retour au cinéma après quatre années d’absence. L’actrice est l’autre force du film, car il va se nouer une relation forte entre la fausse Rose et elle. Une relation d’affection s’installe envers Rose par cette veuve seule entourée principalement d’hommes dont son paradoxal neveu incarné par le brillant Laurent Poitreneaux, dernièrement aperçu dans Les Promesses de Thomas Kruithof.
Après le vol d’identité, Aurélia Georges garde palpable le suspense du retour de la véritable Rose venant retrouver sa place comme annoncée dans la bande-annonce et le pitch. Mais en attendant, elle développe les liens entre Nélie/Rose et sa patronne. La jeune femme est sous le coup d’une expulsion d’une séquence à l’autre avec l’arrivée tangible de la véritable lectrice et la révélation de la manipulation. Le spectateur sait par où Nélie est passée via son introduction avant d’arriver à ce bien-être : limogée injustement d’un poste de bonne, retour à la rue, prostitution puis infirmière sur le front. Aurélia Georges crée une empathie avec ce personnage malgré le subterfuge lâche. Mais le personnage est appréciable par sa bonté. Nélie cherche sa place pour s’épanouir, fille de la rue abandonnée ayant grandi dans une famille d’accueil avec éducation. Dans la rue, elle lit tout en mendiant avant d’intégrer La Croix Rouge. Elle se reconnaît dans Les Misérables de Victor Hugo souligné par une séquence forte et bouleversante.

Aurélia Georges, en dépit du classicisme technique de son film, est pointilleuse par sa mise en scène intuitive. Elle parle au spectateur, lui donnant les clefs pour mieux saisir les étapes avant une dernière séquence romanesque, tendre et poignante. On espère un tel tournant qui arrive, car tout laissait présager cette issue. Chacun a sa place dans le monde, il ne reste plus qu’à saisir sa chance, avoir ce culot pour tenter et risquer quitte à tomber. Nélie a tellement soif de vie et cette envie de vivre est si forte que le rôle de Rose est un espoir. Elle saisit cette opportunité sans la moindre méchanceté, peut-être une certaine malice/intelligence lui permettant de réagir. Elle trouve ainsi son chemin et sa place qui n’appartient qu’à elle finalement.

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