Poulet au vinaigre / Inspecteur Lavardin : Du grand polar sauce Chabrol

En partenariat avec MK2, Carlotta poursuit son exploration du Cinéma de Claude Chabrol, nous offrant de temps en temps des titres de sa filmographie en Blu-ray. Nous ne pouvons que les remercier et les encourager à poursuivre dans cette voie, tant la carrière de Chabrol s’avère riche et garnie de titres que l’on s’impatiente de redécouvrir en HD. En attendant, réjouissons-nous : voilà que l’éditeur prolifique nous gâte en ce début d’année avec un coffret réunissant les deux enquêtes cinématographiques de l’inspecteur Lavardin : Poulet au vinaigre et Inspecteur Lavardin. Nous aurons donc là de quoi nous replonger avec délice dans deux des grandes réussites du cinéaste à la recette des plus simples, mais parfaitement assaisonnée…

Poulet au vinaigre

Au moment où Claude Chabrol réalise Poulet au vinaigre, sa carrière traverse un moment difficile. Les fantômes du chapelier, pourtant une belle réussite, a été un échec au box-office et Le sang des autres, son adaptation du roman de Simone de Beauvoir avec Jodie Foster et Sam Neill (!) n’a pas fait mieux et a coûté trop cher. Le producteur Marin Karmitz lui propose alors un petit film moins dispendieux et dont Chabrol connaît les ficelles : un polar situé dans une petite ville de province où des bourgeois font des magouilles immobilières. Ajoutez à cela un postier nerveux, une mère possessive très hitchcockienne (Stéphane Audran, forcément), quelques morts mystérieuses et balancez un flic décidé à bouleverser l’ordre établi au milieu de tout ça : savourez, c’est un régal !

Chabrol l’avouera bien volontiers, sans la présence de Jean Poiret dans le rôle de l’inspecteur Lavardin, Poulet au vinaigre aurait été un polar routinier. Poiret, sans rajouter une seule ligne de dialogue, a redessiné le rôle et a amené une toute autre tonalité. Faisant seulement son apparition à la 43ème minute du film (le temps pour le scénario de mettre en place ses personnages et leurs petits secrets), Lavardin ne paie pas de mine mais possède un sacré flair. L’œil vif, amateur d’œufs au plat au paprika et de répliques bien senties (balancées sur des intonations fabuleuses), Lavardin dissimule sous sa bonhomie une violence contenue, n’hésitant pas à être brutal quand il le faut, malmenant ses suspects pour obtenir la vérité (quitte à manquer de noyer un notaire dans un lavabo, la raison de sa mutation dans le film suivant). Personnage fabuleux, à la fois désinvolte et profondément impliqué dans son métier, Lavardin se remarque également par son sens tout particulier de la justice. Ainsi, dans les deux films, il n’hésitera pas à laisser libres deux coupables, le premier parce qu’il a tué par accident un salaud, le second parce qu’il a tué en légitime défense un autre salaud. Lavardin n’aime pas le crime mais il aime encore moins les gens ignobles, les bourgeois magouilleurs et les hypocrites (un peu comme Chabrol tiens, lui qui disait détester les bourgeois et faire des films pour les rendre malades).

Poulet au vinaigre

Ainsi, malgré le programme connu, il est vrai que Poulet au vinaigre est d’une saveur particulièrement irrésistible et Jean Poiret, prenant un réel plaisir à incarner son personnage, contribue énormément à la réussite du film, polar étonnant et malicieux. Dès lors, impossible de bouder Inspecteur Lavardin, suite tournée dans la foulée et que l’on est en droit de trouver supérieure puisque Lavardin nous y fait l’honneur d’arriver dès le début du film, nous gratifiant de sa présence. Chabrol ressort de ses tiroirs un vieux scénario qui traînait pour l’occasion, prétexte pour y injecter son personnage de flic truculent et décaper au passage tout ce qu’il pouvait y avoir de mièvre dans l’histoire. En effet, malgré le fait que Lavardin enquête sur la mort du second mari de son amour de jeunesse, le récit ne s’appesantit jamais sur ces retrouvailles amoureuses, préférant donner plus d’importance au personnage du frère de celle-ci. Chabrol engage d’ailleurs Bernadette Lafont et Jean-Claude Brialy (cabotin en diable en oncle protecteur et homosexuel notoire) pour ces rôles, s’amusant à retrouver ses acteurs du Beau Serge pour camper les anciennes connaissances de Lavardin.

Inspecteur Lavardin

Le personnage de l’inspecteur, bien que plus développé ici, flanqué d’un gendarme qu’il surnomme malicieusement ‘’Watson’’, n’est cependant pas du genre à s’atermoyer sur ses sentiments. Aussi Chabrol évite-t-il habilement tout sentimentalisme, préférant continuer à critiquer ouvertement l’hypocrisie puisque la victime, écrivain connu pour son catholicisme fervent, s’avèrera être un pervers sexuel ayant tenté de violer sa jeune belle-fille. La critique de Chabrol, toujours aussi acerbe, compte d’ailleurs plus que le récit policier. Le cinéaste n’essaye jamais réellement de bâtir du suspense ou de nous impliquer de façon nerveuse dans l’enquête, prenant plus de plaisir à dépeindre des mœurs et à regarder derrière les façades des maisons bourgeoises afin de révéler leurs pires secrets, comme Lavardin. Cela donne à ces deux polars une atmosphère somme toute singulière, dont tous les aspects classiques du genre sont en effet balayés par la présence de Jean Poiret dont on peut raisonnablement dire qu’il trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. De mémoire de cinéphile, on a rarement vu en France, un personnage de policier si merveilleusement écrit et si original aussi peu exploité – et en même temps aussi profondément ancré en son interprète. En dehors de ces deux films à chérir précieusement, Lavardin refera son apparition à la télévision dans une courte série de quatre épisodes intitulée Les dossiers de l’inspecteur Lavardin, de quoi nous régaler encore un peu tandis que Chabrol tournera l’année suivante Masques, un excellent film avec Philippe Noiret. Le cinéaste avait, avec Lavardin, retrouvé sa forme…

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