Justice League – Warworld : Aux Frontières du Réel

L’univers animé DC Comics continue bon gré mal gré son bout de chemin en vidéo chez Warner Animation. Les auteurs ont la matière nécessaire grâce aux années fastes de l’éditeur de comics book pour produire deux à trois animés par an. Le dernier de l’année 2023 est Justice League Warworld. Le long métrage est une curieuse proposition. Une fois lancé, il se révèle être une anthologie d’histoires autour de la trinité phare de DC Comics à savoir Wonder Woman / Batman / Superman. Le studio peut heureusement compter sur eux pour amortir les productions tant il manque une belle partie du catalogue depuis des lustres. À quand un film sur Aquaman, Arrow ou Flash ?

Warworld débute avec une cow-girl solitaire identifiée rapidement comme étant Diana Prince. Elle arrive dans un bled aux allures d’Alamo. La ville est sous le contrôle de Jonah Hex, célèbre cow-boy incarné au cinéma par Josh Brolin. Avec sa tronche proche de Double-Face, il est un anti-héros ici antagoniste d’une Diana Prince fracassant rapidement du bonhomme sur le comptoir du saloon. Assistant à la mise à mort brutale d’un couple de fermiers, elle prend fait et cause pour les opprimés au cœur d’un western enlevé recyclant ses codes et ses références citant ouvertement Quentin Tarantino. 

Par un effet de montage, on se retrouve au cœur d’un univers de fantasy. Bienvenue dans le monde de Skartaris où apparaît Warlord, fumeux personnage d’héroïc fantasy du catalogue DC Comics. Nous ne connaissions point ce personnage. On remercie bien bas les bonus du Blu-Ray avec l’équipe de production expliquant les références des séquences. Ce cher Warlord – en pleine bataille – est confronté à un homme à l’allure de Batman vêtu de son célèbre costume refaçonné pour l’occasion. Vite débarrassé de son attirail, il trouve la carrure d’un Conan le Barbare, cimmérien cher à Robert E.Howard. La trouvaille est judicieuse pour un segment d’aventure fantastique menant les deux héros enchainés vers une lutte sanglante contre le sorcier Deimos. Ce segment est sanglant proposant un panel de monstres et de combats appréciés dans l’univers d’Howard et les diverses adaptations en bande dessinée, comics book ou au cinéma (ah la version de John Milius avec Schwarzy!).

C’est avec le final de ce segment jouissif que l’on comprend la dimension anthologique. Batman/Conan retrouve une variation de Diana Prince proche de Red Sonja traversant ensemble un portail dimensionnel amenant le spectateur au cœur d’un Film Noir.

Place maintenant à Clark Kent, agent du FBI arrivant sur les lieux d’un drôle d’accident. Le personnage méconnu, voire complètement oublié, sorti de la cave pour ce segment est l’agent Faraday, aperçu dans divers comics et personnage tiers récurrent chez Superman entres autres. Dans ce segment en noir&blanc, les auteurs nous amènent au cœur de la Twilight Zone avec un zeste d’Invasion des Profanateurs. Rapidement calfeutré dans un Diner, Clark Kent retrouve un Bruce Wayne en flic de province et Diana Prince. Ils font face à des suspects ayant aperçu une soucoupe. Se joue alors dans ce lieu symbolique de l’époque et du genre une variation de The Thing où chacun doit révéler sa véritable nature. Après une course poursuite endiablée et un affrontement contre une horde d’extraterrestres belliqueux, c’est au tour du film de révéler sa véritable nature.

La Sainte Trinité comprend au fil de son affrontement avec les extraterrestres que cette réalité n’est pas la leur. Le troisième segment est fort réussi installant avec force un climat tendu et paranoïaque plutôt efficace rappelant les belles heures du genre phare des années 1950 à Hollywood. Volonté avérée des trois scénaristes et du réalisateur Jeff Wamester, la première partie du film a bien réussi à nous déstabiliser sortant de nos charentaises bien confortables. Le mystère au centre du récit et les efforts du film pour l’entretenir donnent envie de savoir où il veut aller avec cette histoire d’univers alternatifs et de visions d’un autre monde.

La vérité n’est pas forcément ailleurs, mais bien présente au cœur du classicisme de DC Comics. Révélation faite que notre Sainte Trinité n’était que simplement prisonnière du Warworld gouverné par Mongul se servant de J’onn J’onzz pour plonger nos trois héros dans différentes réalités pour les annihiler. Nous retrouvons alors nos codes et nos couleurs au cœur d’une structure balisée avec un Superman et cie se revêtant de leurs costumes pour affronter ce grand méchant du catalogue DC déjà aperçu dans la série de la Justice League des années 2000. Constitué d’un double épisode, le Warworld n’était qu’un piètre combat de gladiateurs entre Mongul et Superman. Ici on retrouve un peu le même échantillon que les différents affrontements classiques notamment contre Darkseid sur une planète rapidement anéantie et les quatre héros libérés. 

Nouveau chapitre d’un nouvel arc animé baptisé Tomorrowverse (il aura fallu quelques recherches pour trouver des traces de cet arc fumeux) débuté avec Superman Man of Tomorrow avec un style graphique propre rebootant l’exploitation animée du catalogue DC Comics. Constitué d’un nouveau Batman plus jeune, d’une Wonder Woman presque inchangée et d’un Green Lantern dont nous n’avons pas vu son film propre (Beware my Power), cet arc se dessine encore un peu mal oubliant beaucoup trop de personnages sur la route pour se diriger à la cool vers un Crisis on Infinite Earth annoncé en grande pompe à la fin de ce métrage sympathique déroutant en grande partie pour mieux rentrer dans le rang avec un final explosif. Le plaisir est toujours intact de découvrir les différentes itérations animées de l’univers DC Comics camouflé malheureusement par un manque flagrant de communication et d’enthousiasme ambiant aux sorties de chaque édition des films pourtant au cœur d’un écrin steelbook fringant et soigné.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*