Influencer : Vivre sa vie par procuration

Vous qui avez pris l’habitude de nos séances Shadowz hebdomadaires, vous avez sûrement dénoté au fil de nos critiques notre manque d’enthousiasme concernant la plupart des films de genre modernes. Non pas que nous soyons partisans du « c’était mieux avant », Shadowz nous a prouvé à maintes reprises qu’il demeure plein de jolies propositions au cœur du cinéma de genre actuel. Ce que nous déplorons est plutôt le manque de risque. 90% des films de genre qui auront la chance de sortir dans le circuit traditionnel se calibreront aux attentes d’un public. C’est un problème qui ne date pas d’hier, bien au contraire. Le système fait légion depuis depuis toujours. La grande époque du slasher et ses multiples franchises déclinées jusqu’à étouffement des Freddy, Jason et autres Michael Myers en sont la preuve formelle. Seulement, lorsqu’un film ose prendre un vrai phénomène de société pour en nourrir sa substantifique moelle, qu’importe que le résultat soit bon ou mauvais, il faut que nous lui accordions une visibilité probante. C’est le cas avec notre séance Shadowz de la semaine et le film Influencer qui, comme son titre l’indique, décide de s’attaquer au très récent métier de web influenceur.

Lors d’une excursion en solitaire en Thaïlande, l’influenceuse Madison rencontre CW qui lui montre une façon de voyager beaucoup plus désinhibée. Au fil des jours, l’intérêt de CW pour Madison va prendre une tournure nettement plus sombre.

A l’heure où énormément de corps de métier redoutent de disparaître au profit de l’intelligence artificielle, le réalisateur Kurtis David Harder décide de la mêler à l’intrigue de Influencer. Loin d’en faire une entité démoniaque façon Skynet chez Terminator, il démontre comment une personne mal-intentionnée peut causer du tort par le biais d’une telle technologie. Avec une intrigue parfaitement ancrée dans notre époque, le réalisateur analyse le métier d’influenceur sous toutes les coutures et en vante autant les mérites que les terribles revers. Influencer est un film qui s’apprécie sans trop en savoir sur les divers éléments de son histoire. Nous tenions à saluer sa solide écriture qui lui permet de se hisser au rang des thrillers les plus habiles de ces dernières années. Le récit se scinde en deux parties bien distinctes et nous happe sans crier gare au cœur d’une machination à en faire pâlir les plus grands escrocs. Du point de vue du scénario, c’est un quasi sans-faute, en dépit d’une exécution quelque peu sage lorsqu’il s’agit de taper dans le lard. Voilà pourquoi il est plus judicieux de parler de thriller que de film d’horreur à proprement parlé lorsqu’on évoque Influencer. Le film va construire une dynamique paranoïaque au cœur d’un triangle de personnages qui révèlent leurs cartes au compte-goutte. Kurtis David Harder dupe le spectateur pour mieux amener certains des twists capitaux de son intrigue. Il nous fait croire qu’il nous place en tant que spectateur omniscient qui est conscient des moindres faits et gestes de CW afin de détourner notre regard du tour de passe-passe qu’il prépare en guise de clou du spectacle. Pour sûr que l’écriture est l’un des beaux atouts de Influencer. Nous regrettons que le film ne développe pas suffisamment le background de CW. Notre curiosité morbide nous pousse à vouloir en savoir davantage à son sujet. En l’état, le film donne la réponse sur qui elle est et ce qu’elle désire, il ne s’agit juste que d’une frustration purement personnelle que nous évoquons.

Pour rester sur CW, le personnage est campé par la danseuse canadienne Cassandra Naud. Cette dernière est une véritable révélation. Elle possède des aptitudes évidentes et démontre une aisance innée à jouer la comédie. Son rôle lui demande de composer avec énormément de sentiments différents et jamais elle ne nous fait sentir qu’il s’agit de son premier vrai rôle au cinéma tant elle irradie l’écran. Tantôt femme fatale, tantôt victime d’une machination, elle nous manipule merveilleusement. Cassandra Naud est l’un de nos plus gros coup de cœur en matière d’actrice que nous ayons eu ces derniers temps. Sa haute performance contrebalance celles de certains de ses camarades de jeu qui tombent facilement dans le cliché. Autant Emily Tennant ne laisse planer aucun doute quant à ses capacités à pouvoir être une véritable influenceuse, elle semble être née avec un smartphone à la main. Nous sommes quelque peu dubitatif sur Rory J. Saper, qui interprète le petit-ami de Madison, qui n’est jamais vraiment clair dans ce qu’il cherche à donner comme sentiment. On ne sait pas s’il est réellement amoureux, s’il s’agit d’un pervers narcissique qui a perdu le contrôle ou bien s’il est simplement maladroit dans ses démarches. Son écriture n’est pas très claire et manque de nuances. Fort heureusement, le jeu impeccable de Cassandra Naud l’amènera vers une finalité plausible et permettra de gommer les incongruités des rares zones d’ombres qui planent au-dessus du film.

Influencer est un thriller d’un bel acabit qui doit sa réussite à la parfaite analyse des médias qu’il attaque et le talent extraordinaire de Cassandra Naud. Autant le cinéma de genre s’est déjà montré radical avec certains trafiques touristiques (Hostel, Paradise Lost) autant il n’a jamais pris le temps de montrer une réalité alternative qui se rapproche fortement d’énormément de délits qu’il est possible de commettre actuellement sur internet (phishing, spoofing…). Des films avec des sujets dramatiques aussi plausibles que ceux évoqués dans Influencer manquent cruellement au cinéma de genre actuel, on en redemande encore !

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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