Le Prix du Danger : Audimat mortel

Cette semaine est placée sous l’égide du savoir-faire français sur Shadowz et en matière de sacrées découvertes, impossible de ne pas y trouver votre bonheur. Malheureusement pour nous, nous avons dû trancher et le choix fut cornélien. Toutefois, il y a belle lurette que nous cherchions un moyen d’évoquer le cinéma de Yves Boisset parmi les colonnes de notre site. C’est maintenant chose faite puisque Le Prix du Danger, l’un de ses films les plus cultes, vient de débarquer sur Shadowz. Comment appréhender ce film considéré comme culte par beaucoup de cinéphiles ? Le meilleur moyen d’apprécier la virtuosité du programme reste encore de ne chercher aucun renseignement sur lui et de se laisser prendre au jeu. Le film sonne toujours résolument moderne et son discours n’a pas vieilli d’un iota. Délaissons donc l’horreur graphique une semaine de plus pour nous focaliser sur une horreur bien plus insidieuse et pernicieuse : celle de la manipulation de masse par les médias.

Dans un futur proche, un jeu télévisé intitulé Le Prix Du Danger fait fureur. Les règles sont simples : un homme doit parvenir à rejoindre un endroit secret en échappant à cinq tueurs chargés de le tuer. Si le candidat gagne, il se voit attribuer la somme de 1 million de dollars, ce qui n’est encore jamais arrivé. La traque se déroule en pleine ville et est filmée et retransmise en direct sur la chaîne de télévision CTV. François Jacquemard, un jeune chômeur, veut sortir de son quotidien morose et, malgré les réticences de Marianne, sa compagne, décide de participer au jeu.

Basé sur une nouvelle de Robert Sheckley, The Prize of Peril, le film se trouve être un pamphlet social qui prend appuie sur des méthodes de Jeux Antiques afin de consolider l’avenir des émissions télévisées. Le Prix du Danger préfigure tout ce qui fera l’avenir des télé-réalités dans tout ce qu’elles ont de déviantes, malsaines et manipulatrices. Le film expose et dénonce l’univers télévisuel dans toute sa malhonnêteté et avec un jusqu’au boutisme assez déconcertant. Il a beau être sorti en 1983, Le Prix du Danger n’a jamais été autant dans l’ère du temps qu’aujourd’hui. Yves Boisset assume pleinement sa haine pour les sociétés capitalistes et les magnats qui s’enrichissent sur le dos des classes moyennes, voire pauvres. L’épreuve de force dans laquelle se jette François relève d’un combat titanesque tel David contre Goliath dont l’issue utopique espérée par l’un se révèle être la désillusion de trop. En effet, durant sa chasse à l’homme, François perdra peu à peu sa naïveté lorsqu’il se confrontera à l’envers du décor. Lui qui espère gagner dans les règles tout en acceptant la possibilité d’un funeste sort, va devoir inverser la tendance et réécrire les règles s’il veut rétablir la balance. Plus que de traiter de lutte des classes, Le Prix du Danger est un film qui ne se montre jamais tendre envers la déshumanisation de ses sujets. Il banalise le meurtre sous couvert de pots de vin et autres assurances qui jouent parfaitement avec quelques lignes bancales des lois sur la dignité humaine. Les traqueurs sont des personnes issues de milieux professionnels plutôt confortables. Une fois encore, Boisset ne prend pas quatre chemins pour nous asséner ses évidences en plein visage : les riches abattent les pauvres, les riches écrasent la masse populaire, les riches s’en sortent toujours. Le Prix du Danger, par le biais des actions du personnage de François, défend un anarchisme assumé dans lequel le sang ne peut être lavé que par le sang. Il s’agit d’un film enragé, totalement révolté contre un système qui maltraite et lave le cerveaux de ses citoyens. Un appel à l’éveil des consciences aussi poignant que désespéré.

Côté casting, la métaphore du duel titanesque évoquée ci-dessus nous donne définitivement raison. Le mastodonte Michel Piccoli se dresse face à la détermination libertaire d’un jeune et ambitieux Gérard Lanvin. Le film est une leçon d’acting. Piccoli assume pleinement d’être le fer de lance de tous les maux qui gangrènent la satire mise en scène par Boisset. Extravagant et ouvertement fourbe, il sait mieux que quiconque comment manipuler les audiences. La séquence du casting lorsque Piccoli se permet de jauger l’attractivité médiatique des futurs candidats est probante dans le sens où il se dresse fièrement comme futur bourreau de celui qu’il estime à la hauteur de sa fourberie. En revanche, de la mesquinerie à la lâcheté il n’y a qu’un pas que Boisset se permet de franchir. En effet, Piccoli ne veut pas de Lanvin comme candidat puisqu’il l’estime autant, sinon plus, intelligent que lui. Faire de l’argent sur le malheur des autres n’exclut pas de se rendre la tâche plus aisée en prenant un benêt plutôt qu’un homme aux convictions bien tranchées. Ainsi, la fermeté de Gérard Lanvin lui permet de détoner dans un de ses meilleurs rôles. Originellement proposé à Patrick Dewaere (qui se suicidera quelques mois avant le début du tournage), le rôle de François se devait d’être porté par un comédien à la gouaille bien affirmée. Lanvin excelle dans son rôle. Récompensé par le prix Jean Gabin en 1982 pour Une Etrange Affaire, Lanvin s’est fait un point d’honneur à s’imposer des rôles musclés par la suite dans sa carrière. Issu d’une famille bourgeoise, il a toujours montré une certaine déconstruction de son éducation et s’est toujours arrangé pour renvoyer une image d’homme du peuple. Ainsi, son rôle dans Le Prix du Danger arraché à Dewaere devient une aubaine pour lui d’exprimer tout haut ce que les classes moyennes et pauvres pensent tout bas. Remplacez l’émission par l’Assemblée Nationale et ses 49-3 en pagailles et la survie de François par les millions de citoyens descendus dans la rue ces derniers jours, et vous verrez que Le Prix du Danger est et reste (malheureusement) un miroir sociétal plus que probant.

Le Prix du Danger est un chef d’œuvre qui n’en finit pas de nous prouver à quel point Yves Boisset était visionnaire quant au devenir de notre société. S’il décide de s’attarder sur l’industrie du divertissement, son film se déchiffre à une échelle bien plus grande que le microcosme auquel il s’attaque. Diablement politique et terriblement effrayant, Le Prix du Danger est un thriller implacable duquel on ne se remet pas de si tôt. Un film indispensable à dévorer de toute urgence sur Shadowz.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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