Retour à Séoul : Sans origine fixe

D’abord présenté au FFCP 2022, Retour à Séoul sort enfin au cinéma. Il s’agit du deuxième long métrage de fiction de Davy Chou, présenté en sélection officielle Un Certain regard. Désormais habitué du festival de Cannes, le réalisateur franco-cambodgien s’attaque cette fois à un drame beaucoup plus intimiste en s’inspirant librement de l’histoire d’une amie à lui, Laure Badufle. Le long-métrage nous conte l’histoire de Freddie qui, à ses 25 ans, décide de retourner sur les traces de ses origines. Coréenne de naissance, elle a été adoptée par une famille d’accueil française afin d’échapper à la guerre de son pays natal. Elle décide donc d’explorer son pays d’origine et de partir à la rencontre de ses parents biologiques. Une aventure qui la fera passer par de nombreuses émotions et beaucoup d’embûches.

Si l’histoire paraît émouvante et attendrissante au premier abord, elle est vite parasitée par une écriture probablement trop fidèle à son sujet d’inspiration. D’après ses dires, Davy Chou a passé beaucoup de temps à écrire, réécrire et peaufiner son scénario. Jusqu’à essayer au maximum de retransmettre la mentalité de son personnage principal. Le problème étant que son caractère ne se pose jamais sur une seule et même émotion. Pour certaines personnes, cela est gage d’écriture complexe, mais pour d’autres, ce changement d’humeur et d’émotions rend perplexe. Le doute qu’est censé instiller la recherche des parents biologiques constitue certainement une part essentielle de ce que souhaite raconter le réalisateur. Cependant, en étant confronté pendant autant de temps à une humeur très changeante, on finit par perdre notre attachement envers Freddie.

D’ailleurs, il n’y a pas que Freddie qui finit par nous agacer. Quasiment tous les personnages de Retour à Séoul finissent par nous exacerber. Appuyer sur l’hésitation, les doutes que cela amène et la perte de nos repères est assez primordial pour conserver la nature de ses propos. Mais plus l’histoire avance, plus ce flottement se transforme en simple manque de respect. Il est aussi difficile de traiter un sujet dont on n’a aucun repère que de l’accueillir. Comprendre et ressentir ce qu’une personne peut vivre à l’idée de n’avoir jamais connu ses parents biologiques et de partir à leur recherche est quelque chose de plus compliqué si on ne l’a pas vécu. En ce sens, le manque de souplesse d’écriture nuit à la sincérité des personnages. On a simplement le sentiment d’avoir affaire à des protagonistes qui ne pensent qu’à eux ou qui ne cherchent à aucun moment à essayer de comprendre les autres.

Ne pas créer l’illusion d’une situation trop enchanteresse était l’une des principales volontés du réalisateur. L’idée n’est donc pas d’avoir une happy-end mais plutôt de montrer que dans la vraie vie, ce genre de rencontre ou de réunification familiales ne se fait pas forcément dans le bonheur et la joie. Au contraire, cette quête de nos origines amène parfois plus de questions que de réponses. Si la nature du projet est importante, son écriture est malheureusement trop incisive. Freddie nous apparaît au début de l’histoire joyeuse, pleine d’énergie et croquant la vie à pleine dent. L’image se détériore assez vite une fois qu’elle commence à s’habituer à son rythme de vie à Séoul. Petit à petit, elle devient froide et antipathique, inapte à la compassion ou le remord. Son changement radical de caractère s’accompagne par différents personnages qui ont aussi leur évolution. Au fur et à mesure, tous sombrent dans cette hypocrisie surprotectrice familiale. Sous couvert de vouloir le meilleur pour les autres, les personnages n’agissent que dans leur propre intérêt. Son amie Tena (interprétée par Guka Han) le lui fait d’ailleurs remarquer. Elle devient méchante et sa recherche dépasse alors le cadre de simple quête personnelle et spirituelle. Elle vacille entre ce besoin d’exulter sa peine et le désir de voir les autres souffrir autant qu’elle souffre. Une image déstabilisante au premier abord lorsqu’on essaie avant tout de comprendre l’étendue des problématiques et des peines de chacun.

En résumé, Retour à Séoul est un film intéressant à explorer dans sa structure et son ambition. Mais son écriture manque de légèreté. Le scénario est trop strict pour vraiment parvenir à maintenir cette distance entre l’histoire et son média. À vouloir peut-être trop ressembler au personnage dont l’histoire est tirée, on perd en empathie et en attachement. Au lieu d’être peiné par Freddie ou de vouloir la soutenir, on se dit simplement au fur et à mesure qu’elle mérite son sort. Malgré tout, l’intention est noble et se rapproche du travail de Kore-eda. Ce film apportera sûrement des réponses à ceux qui les cherche.

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