The French Dispatch : Au cœur d’une étonnante rédaction

La tornade Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel, La famille Tenenbaum, À bord du Darjeeling Limited) a encore frappé. Connu pour faire des films mélangeant plusieurs genres tels que la comédie, le drame ou la romance autour d’une mise en scène originale, The French Dispatch est donc le dernier film de ce réalisateur à la technique peu commune, en compétition au festival de Cannes 2021. Ce film à sketches sort sur nos écrans de cinéma le 27 octobre prochain.
Le journal américain The French Dispatch possède une antenne dans la petite ville française d’Ennui- sur-Blasé. Arthur Howitzer Jr., le rédacteur en chef, envoie ses journalistes enquêter dans les quatre coins du pays. Trois articles y traitent de différents sujets : Moses Rosenthaler (un détenu psychopathe qui se révèle être un grand artiste), les manifestations des étudiants en Mai 68 et enfin une enquête gastronomique qui vire au polar.

Wes Anderson créé tout un univers riche, rétro et très précis sur le plan artistique. L’esthétisme des scènes est à l’image de son cinéma : unique en son genre. Les scènes se superposent, s’enchaînent comme au théâtre. Les décors changent afin de créer une nouvelle atmosphère puis de passer au sujet suivant sous la forme d’un découpage par thématique : une brève introduction de la ville d’Ennui-sur-Blasé par Herbsaint Sazerac (Owen Wilson), ensuite l’art, la politique et la gastronomie (qu’il est impossible de réellement résumer). Dans The French Dispatch il y a donc plusieurs manières d’aborder ces rubriques. Le réalisateur utilise les mythes et les idées reçues sur les Français, à savoir leur passion pour la nourriture, les manifestations politiques et les artistes torturés, en jouant sur la forme des histoires dans ue démarche journalistique et un focus sur les enjeux de ce métier.
Toutes ces scènes ont un style qui leur est propre ainsi qu’un narrateur différent. L’atmosphère varie en fonction du sujet traité. Ainsi nous passons d’une scène à l’autre avec cette idée qu’une séquence donnée n’aura rien à voir avec la précédente. Un enchaînement typique du réalisateur doublé d’ une imagerie radicale.


Il mélange d’ailleurs plusieurs styles avec l’apparition par moments de bandes scénarimages. Cette approche artistique permet au narrateur d’exposer des faits avec cette animation. S’y ajoutent des scènes en noir et blanc qui se succèdent entre des passages en couleurs (avec des tons pastels et très colorés). Dans une même histoire il peut donc y avoir plusieurs formats. Ces propositions sont accentuées par la rapidité d’exécution de scènes parfois impossibles à suivre. Le rythme est effréné, ne nous laissant aucun répit pour tenter de comprendre ce qu’il se passe et le contexte des articles. Et les dialogues n’arrangent pas les choses. Ils sont longs, assez complexes et sautent par moments d’un sujet à l’autre. Il est vrai que c’est représentatif du réalisateur américain.

Si le style de la réalisation est parfaitement pertinent et en accord avec l’histoire de base, ce long métrage peine en revanche à nous laisser nous investir totalement dans l’émotion, privilégiant le côté esthétique des choses. Avec ce casting impressionnant mais néanmoins convaincant, le spectateur peut toutefois rapidement être perdu. Le scénario échoue à nous attacher à ces personnages qui se succèdent les uns après les autres. Avec d’aussi grosses têtes d’affiche, il est difficile de savoir au bout d’un moment qui est qui et on retient surtout le nom de l’interprète. Ce manque d’émotion est également accentué par la narration à sketches trop prédominante pour permettre de cerner les personnages. Leur excentricité est complètement décalée et unique mais ne permet donc pas d’apprécier la qualité de leur rôle.

Il y a en effet beaucoup trop de personnages, personnages qui parfois n’apportent pas grand chose au récit. L’enjeu du film est visiblement de réussir à accorder une place à chaque membre du casting. En un peu plus d’une heure, il y en a forcément certains qui passent à la trappe. Wes Anderson attache beaucoup d’importance à faire jouer ses acteurs favoris sans pour autant assurer que leur prestation s’avère remarquable à chaque fois. Des acteurs tels que Saoirse Ronan ou Jason Schwartzman sont réduits à une simple fonction de figurant et sont montrés sans faire preuve d’enjeu ou de psychologie.


The French Dispatch est un mélange de pure fantaisie et d’absurde. Le fil narratif intriguant idéalise la presse et s’avère brillamment monté, à l’image de son réalisateur et de sa filmographie. Mais le film ne parvient pas à capter les émotions qu’il aurait pu mettre en valeur, par exemple au détour d’un sujet d’article de presse. Wes Anderson en fait une expérience plaisante de par son empreinte artistique toujours aussi surprenante et authentique. Il y confirme ouvertement son amour pour les arts littéraires, évoquant peut-être sa nostalgie pour ce travail d’investigation qui caractérisait si bien le journalisme d’autrefois.

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