Les promesses : État des lieux

Il aura fallu attendre cinq ans avant de retrouver le talentueux Thomas Kruithof derrière la caméra, réalisateur de la très prometteuse et kafkaïenne Mécanique de l’ombre mettant en scène François Cluzet dans un thriller aux ressorts tour à tour retors et pertinemment anxiogènes. Seconde réalisation dudit cinéaste Les promesses est désormais disponible en Blu-Ray et DVD aux éditions Wild Side depuis le 8 juin de cette année, occasion pour le cinéphile de se plonger ou de se replonger dans un drame socio-politique écrit sous le signe de l’ambivalence morale des personnages qu’il dépeint avec adresse et complexité.

Véritable petit bijou de scénarisation cohésive et synthétique Les promesses n’est rien de moins qu’un nouveau suspense tenant lieu dans les arcanes du pouvoir, développant avec efficacité la trajectoire de Clémence Collombet (Isabelle Huppert, dans un rôle sur mesure), maire d’une ville de la Seine Saint-Denis tiraillée entre son désir d’appliquer le plan de sauvetage de la Cité des Bernardins (programme impliquant la décence quotidienne de près de 3000 habitants en proie à l’insalubrité des bâtiments) et l’opportunité d’accéder à un poste de haut-fonctionnaire au sein du gouvernement.

Peu encline à effectuer un nouveau mandat communal mais non dénuée d’ambitions dans le même temps Clémence devra composer avec les intérêts de ses partenaires et ceux des ressortissants d’une ville qui ne dira jamais son nom d’un bout à l’autre du métrage (nous apprendrons dans le long entretien proposé dans les bonus de l’édition Blu-Ray et DVD que le tournage s’est principalement déroulé à Clichy-sous-Bois, ndlr), tout en tenant tête à la direction du Grand Paris et aux marchands de sommeil d’une infrastructure en pleine déliquescence. Concessions, diplomatie, échanges, belles paroles et doubles discours : telles sont les vérités intrinsèques aux promesses de l’intitulé d’un film pour le moins âpre et fédérateur dans le même mouvement de réussite narrative ; sous le regard attentif, dominant presque de son directeur de cabinet Yazid (Reda Kateb, incroyablement antipathique, brillant et minéral tout à la fois…) Clémence devra en fin de compte trancher entre sa quête de l’exercice du pouvoir et le sort des habitants de la Cité dépendant en grande partie des subventions régionales…

Formidable film de personnages Les promesses discourt longuement mais avec aplomb et cohérence, mettant en lumière la parole des élus, celle de leurs représentants et celle du petit peuple. De ce point de vue Thomas Kruithof réalise un superbe numéro d’équilibriste en dosant habilement les points de vue, usant d’un sens du contrepoint parachevant l’unité d’un film non moins angoissant que sa précédente réalisation. Entre la prestation mémorable d’un Reda Kateb littéralement redécouvert en « dir’ cab » suffisant et humainement impliqué en paradoxe (la douceur naturelle du comédien laisse ici place à une cérébralité pratiquement effrayante, repoussante presque) et des seconds couteaux idoines et adroitement introduits par le réalisateur (Soufiane Guerrab s’avère impeccable en marchand de sommeil, entre autres choses…) Les promesses délivre subtilement sa complexité narrative, éludant au possible ses zones d’ombre sans pour autant nous guider ou nous infantiliser à outrance. En résulte un film qui parie admirablement sur l’intelligence de son audience, faisant montre d’une cohérence formelle et scénaristique implacable. A voir, et sans doute à revoir.

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