Basic Instinct : Le sexe plus fort que le pic à glace

S’il fallait faire un top des films les plus sulfureux de tous les temps, Basic Instinct s’imposerait comme une évidence. Fort de sa réputation enflammée, le film culte de Paul Verhoeven a traversé les âges sans jamais défaillir. Diffusé lors de l’ouverture du Festival de Cannes en 1992, le film a directement propulsé Sharon Stone au rang de star iconique et de sex-symbol ultime des années 90. On ne va pas vous réécrire l’histoire, vous la connaissez déjà. Le film a fait couler énormément d’encre, a eu droit à toutes les analyses possibles…si bien qu’il nous semblait impossible de réussir à accoucher d’un papier qui puisse vous apprendre quelque chose de nouveau. Seulement, à défaut de vous instruire, nous avons pensé à nos jeunes lecteurs, ceux vierges de toute image du film. Et si nous arrivons à vous convaincre de (re)voir le film, ça sera déjà une belle réussite. Le film vient de bénéficier d’une ressortie vidéo en UHD 4K dans un steelbook sublime. Et si l’édition s’avère aussi limitée que pour celle de Total Recall, jetez-vous dessus avant qu’il ne soit trop tard.

Catherine Tramell, une romancière richissime vivant entourée d’anciens meurtriers, est soupçonnée du meurtre de son amant, la rock star Johnny Boz. Celui-ci a été assassiné à coups de pic à glace dans des circonstances similaires à celles décrites dans l’un des romans policiers qu’elle a écrits. Les romans de Catherine sont des polars qui mêlent sexe et crime et s’attardent sur l’instinct primaire des gens. Nick Curran, un policier chargé de l’enquête et ayant un lourd passé judiciaire, doit faire face à Catherine, véritable mante religieuse qui n’hésite pas à utiliser ses charmes pour arriver à ses fins.

Basic Instinct est absolument représentatif de toutes les obsessions de son auteur. En effet, Paul Verhoeven est accoutumé du fait d’y faire se côtoyer sexe et violence, ce n’est pas une surprise. Il a toujours défendu ses choix en proclamant que la vie est ainsi faite de sexe et de violence, c’est son credo, sa manière d’exprimer ses choix artistiques. Basic Instinct ne pousse pas spécialement le curseur plus loin que ses autres films. Le sexe a toujours eu des conséquences dans les histoires qu’il raconte. En ce sens, le plus sulfureux de ses films demeure Showgirls, qui démystifie toute notion de beauté dans l’acte. Basic Instinct se sert du sexe comme d’une arme. Plus que le pic à glace, l’arme ultime utilisé par tous les protagonistes du film est le sexe. Le sexe revient à son instinct primaire dans le film. Les personnages ne parlent jamais de « faire l’amour », ils parlent de « baiser ». Le sexe est ramené à sa notion de bestialité, une condition vers laquelle les héros s’en retournent pour faire avancer l’enquête. On dénombre environ 4-5 séquences sulfureuses qui parsèment le film. Chacune d’entre elles dégueule de symbolisme qu’on pourrait tirer une analyse pour chacune. Entre la scène d’ouverture qui expose les faits, le viol de Nick sur sa maîtresse ou encore la rencontre entre Stone et Douglas, chacune de ces scènes expriment plus de choses que n’importe quelle ligne de dialogue. Verhoeven, même s’il s’amuse à jouer avec la censure et aime provoquer, réfléchit parfaitement à ce que chacune de ces rencontres des chairs représente. De fait, ce n’est pas anodin s’il est porte-étendard de la mouvance du thriller érotique qui a déferlé à la fin des années 80, début 90. Il est le mieux construit, le mieux filmé, le mieux réfléchit.

Si l’on retient Basic Instinct pour ses scènes de sexe sulfureux, on a tendance à vite oublier qu’il s’agit, avant tout, d’une passionnante enquête policière. Verhoeven place son intrigue à San Francisco et invoque directement les films d’Hitchcock et toute la vague de polar des années 50. Jouant merveilleusement sur les reliefs naturels de la ville, il personnifie le vertige dans lequel s’enfonce Nick. Personnage torturé par un passé trouble, il est sans cesse sur la corde raide. Verhoeven n’essaie jamais de nous le rendre beau ou intrépide, au contraire. Ce qui l’intéresse est de montrer sa complexité, de s’engouffrer dans ses failles. Nick est un personnage aussi pourri que le (la) tueur(se) qu’il pourchasse. Prédateur sexuel refoulé, il montre une dangerosité beaucoup plus équivoque que celle représentée par Catherine qui s’impose nettement plus comme une croqueuse d’hommes et de femmes que comme une vraie prédatrice. Et c’est la force de toute l’équipe réunie qui parvient à semer le doute, que ce soit le scénario de Joe Eszterhas, la mise en scène de Verhoeven ou le jeu des acteurs, l’alchimie est telle qu’elle arrive à nous faire remettre en question la culpabilité de Catherine alors que la scène d’ouverture nous confirme d’emblée qu’elle est coupable. À rendre le personnage de Nick antipathique au fil du récit, cela joue sur la sympathie (malsaine) que provoque Catherine. Pour combler le trio, Verhoeven offre la part belle à la ville de San Francisco où chaque quartier aura droit à une mise en scène différente. Les indices de son enquête s’enferment également dans les lieux. Surtout que la superbe bande-originale composée par Jerry Goldsmith (qui lui vaudra d’être nommé aux Oscars en 1993) offre des thèmes vertigineux qui impactent considérablement l’appréciation des scènes. Basic Instinct attend du spectateur qu’il y mette du sien, qu’il enquête et ne se fie pas aux apparences, car le film ne le prendra pas par la main pour lui offrir les clés des énigmes. D’ailleurs, s’il fallait lui reprocher une chose, c’est justement de prendre un parti à la toute fin du film. S’il sait garder son mystère jusque dans ses dernières secondes, Basic Instinct a un plan en trop. Le film se termine sur un fondu au noir qui laisse le spectateur dans une expectative certaine. Tout est remis en question, on doute de tout et de tout le monde. Puis Verhoeven coupe le fondu au noir pour nous asséner le coup de grâce. Sauf que ce dernier n’a pas l’effet escompté puisqu’il faire fuir tous nos doutes. Et c’est franchement dommage de ne pas avoir laissé planer le mystère jusqu’au bout. Mais c’est vraiment un tout petit grain de sable qui n’entache en rien la belle aura du film.

Basic Instinct se (re)découvre dans une édition UHD 4K ultime. Le master est d’une beauté inouïe, il sera difficile de le voir dans de meilleures conditions. Paul Verhoeven nous convie au cœur d’une enquête palpitante et fait nettement grimper la température de nos hormones entre sexe sulfureux et violence graphique hallucinante. Une totale réussite qui n’est pas prête de perdre de sa superbe.

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