Star Wars : Episode IX – L’ascension de Skywalker : La chute de l’empire hollywoodien

Comment aborder ce neuvième épisode de la saga Star Wars annoncé comme le dernier mettant en scène l’aventure des Skywalker, si ce n’est en établissant le triste constat que l’excitation liée à la sortie d’un nouveau Star Wars est désormais retombée, la saga ayant définitivement perdue de sa magie en rejoignant l’empire Disney ? On n’attend plus un Star Wars comme le Messie, on l’attend tout juste avec un peu plus d’impatience que le dernier Avengers. Sans être dans la nostalgie, ce trop-plein de Star Wars initié par la firme aux grandes oreilles traduit le manque flagrant d’ambition artistique de l’entreprise, plus devenue un prétexte à lancer du merchandising en fanfare que le réceptacle d’un récit universel et d’un appel à l’aventure dans laquelle chacun peut se reconnaître.

La preuve avec L’ascension de Skywalker, neuvième épisode repris en main par J.J. Abrams après l’éviction de Colin Trevorrow et qui, depuis le début de sa promotion, n’a de cesse de vouloir écraser les audaces effectuées par Les Derniers Jedi pour mieux ramener Star Wars a quelque chose de volontiers plus accessible. La fin de cette trilogie se fera donc tambour battant mais sans éclats, ou si peu. Au bout de neuf épisodes, la mécanique répétitive de la saga est grippée et ses facilités nous apparaissent plus flagrantes que jamais, mises en avant par le sacré bond en arrière que fait Abrams en déconstruisant une partie de l’épisode précédent pour mieux placer ses pions au sein de celui-ci. Ainsi la résistance a retrouvé de nouveaux membres, l’ombre de Palpatine menace à nouveau, Rey et Kylo Ren se poursuivent inlassablement de planète en planète et il s’agira une fois de plus, de placer les derniers espoirs de la galaxie dans les mains d’une poignée de héros.

On connaît la chanson et la magie, bien qu’opérée avec une belle aisance par Abrams, a du mal à convaincre avec ce dernier opus. L’ambition de la saga ne se renouvelle pas là où la prélogie de Lucas avait su se faire politique et tragique. Les pions sont pourtant placés pour faire de cette Ascension de Skywalker une conclusion grandiose et, de fait, quelques moments réussis viendront nous arracher de fabuleux frissons, rappelant brièvement pourquoi l’on aime autant Star Wars. Malheureusement, si l’on excepte un ou deux décors un peu originaux, ce nouvel opus n’apporte rien de nouveau à un récit qui a déjà été raconté. Pire encore, non seulement il confirme nos craintes envers l’inutilité de certains personnages (Finn, le général Hux), mais il sacrifie le personnage le plus intéressant de cette saga, Kylo Ren, interprété par le génial Adam Driver qui n’a malheureusement pas grand-chose à jouer dans cet opus. Il constituait pourtant le personnage le plus intéressant de tous, fils de héros hanté par l’ombre de Dark Vador, jeune homme en crise voulant se mesurer à l’héritage Sith de son grand-père. Le pauvre, s’il a ici une évolution logique, n’a pas l’écriture pertinente pour lui donner toute sa dimension. Seule Rey, au centre du récit, arrive à atteindre une belle ampleur émotionnelle, devant mesurer l’étendue de ses pouvoirs.

Le plaisir procuré par le film, bien qu’immédiat et incontestable dans son fabuleux sens du spectacle, est ainsi terni par les nombreux défauts venant bien mettre en évidence l’entreprise mercantile d’une nouvelle trilogie qui n’a pas pris le temps de se construire avec cohérence et ni pris la peine de travailler ses personnages, se contentant de les esquisser sans se forcer. Difficile de ne pas se laisser embarquer par le spectacle mais difficile aussi, en dehors d’une poignée d’idées salvatrices, d’y trouver la moindre ambition artistique, celle-ci semblant être mis au rebut au profit d’une volonté commerciale clairement affichée. On ne peut alors que regretter le manque de profondeur de ce neuvième opus qui avait pourtant de belles cartes en main, mais qui poursuit, comme Abrams l’avait fait avec Le Réveil de la Force, son bonhomme de chemin sans vouloir froisser personne, assurant le fan-service sans se soucier de donner à ses acteurs du concret à jouer. Certes, la saga n’a jamais vraiment brillé par ses finesses d’écriture sous l’ère George Lucas. Mais on attendait clairement plus/mieux avec la nouvelle trilogie réunissant les fans de la première heure, tous devenus des scénaristes/réalisateurs accomplis, qui ressassent une fois de plus les bonnes vieilles ficelles, tels des marionnettistes à la solde de Disney.
Nul doute qu’on retiendra très prochainement de cette trilogie un gâchis prodigieux dont on gardera quelques idées en tête (n’en déplaise aux détracteurs, le traitement de Luke dans Les Derniers Jedi est audacieux et cohérent) mais pas de réelles ambitions et même les plus conservateurs d’entre nous viendront regretter la prélogie, celle réalisée à une époque où l’empire Disney n’avait pas encore mis la main sur la saga inventive de notre enfance, à une époque où rêver les yeux tournés vers une galaxie lointaine, très lointaine était encore possible…

3 Rétroliens / Pings

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