Star Wars : Episode VII – Le Réveil de la Force : Une tentative incomprise

Dès le rachat de Lucasfilm par Disney, l’annonce d’une nouvelle trilogie fut annoncée, engendrant son lot de mécontents et d’heureux, mais surtout d’un nombre incalculable de news et d’information au sujet de Star Wars. Pendant 3 ans, le monde entier a tremblé à l’idée de voir l’échéance arriver. Entre mauvaises nouvelles et bonnes initiatives, l’émotion des fans les plus hardis à eu le temps de bien savoir ce qu’étaient les montagnes russes. Nous voilà en décembre 2015, à l’aube du visionnage de l’épisode VII et une foule d’émotions se bousculent dans notre petit cœur. Pendant à peu près 2h le temps s’est parfaitement arrêté, redoutant avec une certaine impatience le terme de la séance. Après cela, les critiques fusèrent de tous bords, allant des plus virulentes – exprimant en grande partie la déception due à l’énorme attente – aux critiques les plus dithyrambiques – reflétant la joie extrême de pouvoir admirer de nouveau ce magnifique univers au cinéma. Au fil du temps, une critique s’est démarquée plus que les autres, puis, à terme, des théories ont fleuri. Nous voici désormais 2 ans après, et il ne semble pas inutile de revenir faire une légère analyse afin de mieux aborder le nouvel opus.Au bout de 2 ans, le reproche principal qui ressort est de voir un reboot non assumé de l’épisode IV. La majeure partie des intrigues s’y retrouvent, les événements sont nettement similaires et le fil conducteur est quasiment identique. Il faut cependant savoir, et ce n’est pas nouveau puisque George Lucas s’est directement inspiré de ça, que la vie est une histoire qui se répète éternellement, c’est un cycle sans fin, et il en va de même pour les scénarios et les histoires que l’on raconte. Nous en voulons pour preuve, par exemple, la série The Wire. Certes cela donne la sensation d’un flagrant manque d’originalité, mais en vérité si on reprend les axes des 2 trilogies existantes, Un Nouvel Espoir a beaucoup de similitudes avec La Menace Fantôme. Cela n’empêche pas l’artifice de l’épisode VII d’être extrêmement grossier et de manquer terriblement d’audace, mais le fond est là et il ne pouvait probablement pas en être autrement. Cet épisode, tout comme le premier à son époque, doit relancer la saga, au moins pour 3 films, et à ce titre, il doit à la fois respecter l’univers déjà existant (donc prendre en compte son passé et un axe narratif à peu près similaire si on décide que c’en est la suite) et tenter de le renouveler. Il est donc impossible de modifier drastiquement les enjeux déjà en place, sinon ça aurait encore moins de sens. Par ailleurs, cet opus avait la lourde tâche de réunifier les générations de fan et d’attirer les nouvelles, de rendre hommage aux anciens et leurs décors/effets spéciaux manuels tout en affichant la qualité des améliorations technologiques visuelles qui ont fait la sève de la prélogie. En sommes, Le Réveil de la Force avait avant tout pour but de se calibrer au maximum à ce que l’on connaissait déjà, il ne pouvait à aucun moment être le renouveau que l’on espérait, ni l’héritage inattendu que l’on pouvait supposer. Il était voué à être un produit sobre, propre, calibré et simple, et c’est certainement ce qui a le plus dérouté. Il y a également un autre point à prendre en compte, et seul l’épisode VIII pourra confirmer ou infirmer totalement cette affirmation. Le Réveil de la Force est le seul épisode de Star Wars sorti sans que l’on ne sache le moins du monde où tout cela pourrait aboutir. Dans sa première version, Un Nouvel Espoir avait une fin qui se suffisait, de peur que le film soit un flop, L’Empire Contre-Attaque à une suite directe qui nous laisse des suppositions sur la suite quand on sait qu’une Happy End nous attend, puis la prélogie arrive et dès La Menace Fantôme nous savons ce qu’il adviendra du jeune Anakin. L’épisode 7 est donc le seul opus avec de réels nouveaux personnages, un réel nouvel environnement et un véritable mystère quant à la fin de l’histoire. Il ne tient qu’aux scénaristes/réalisateurs/producteurs de nous surprendre pour la suite, mais ce n’était malheureusement pas le rôle de cet opus.Le second point souvent critiqué et pourtant loin d’être aussi pauvre qu’on se le laisse entendre, la crédibilité des personnages. Kylo Ren (souvent moqué « quiche lorraine ») est présenté comme le méchant badass, digne successeur du grand et imposant Darth Vader, mais s’avère n’être qu’une chiffe molle bonne qu’à se plaindre. Rey qui n’est rien à la base, s’avère maîtriser la Force et se battre d’égale à égale contre un combattant hors pair du sabre. Poe Dameron n’est qu’un Han Solo de seconde zone qu’Oscar Isaac n’arrivera jamais à interpréter aussi bien que Harrison Ford. Et pour clouer le tout, une Maz Kanata peu inspirée, pâle copie de Yoda dont l’intérêt semble encore être un mystère. Seul Finn semble être le personnage digne d’intérêt, déserteur du corps des stormtroopers, il se rallie au camp des gentils. Il faut admettre qu’il est un excellent atout pour le film et permet de mieux développer le background de personnages peu mis en avant. En réalité ce ne sont pas les personnages qui ne sont pas crédibles, mais plutôt leur environnement et la manière dont ils y sont introduits. Prenons Kylo Ren, il souhaite à tout prix ressembler à son grand père qu’il n’a même pas connu au point de se foutre un masque qui ne lui sert a rien. La vérité est que plus il cherche à atteindre l’idéal qu’il se représente de Vader, plus il finit par ressembler à Anakin Skywalker, le Anakin irrespectueux et défiant qui pense pouvoir affronter le monde entier tout seul, une simple boule de colère et de rage totalement dépourvu de haine et donc encore loin du chemin vers le côté obscur. Rey quant à elle est probablement la plus intéressante mais loin d’être parfaitement introduite. Dès le début on constate que c’est une battante, elle tient tête à des personnes qui lui sont supérieurs, elle sait se défendre et se battre, c’est une femme forte pourvue d’une certaine expérience dans ce qui pourrait s’apparenter à un art martial. Sa capacité à bien se servir d’un sabre laser ne fait alors aucun doute. De l’autre côté, il faut la comparer à Luke et Anakin, respectivement dans les épisodes 5 et 1. Luke ne croit pas en la Force, pour lui c’est une idiotie, quelque chose de fictionnel, une lubie d’un vieillard sénile (voire 2 vieillards séniles) incapable de faire la part des choses entre ce qu’il(s) est (sont) et ce qu’il(s) pense(nt) être. Ce n’est que lorsque Yoda soulève le X-Wing que Luke s’ouvre à la Force et devient le salvateur que l’on connait. De son côté, Anakin n’est qu’un enfant innocent et crédule qui serait prêt à croire au Père Noël si on lui disait qu’il existe. Son échange avec Qui-Gon lorsqu’il prétend qu’on ne peut pas vaincre un Jedi en dit long sur sa croyance à cette religion. Il y croit mais ne sait pas encore ce que représente sa croyance car il est trop jeune. Ici Rey est persuadée que la Force existe encore, elle y croit comme si sa vie en dépendait et contrairement à ses prédécesseurs, elle a la croyance et la maturité suffisante pour être ouverte à la Force. Dans tous les épisodes de la saga, il faut voir la Force comme un personnage à part entière, une entité invisible et non-physique mais bien présente. Il faut essayer de croire qu’elle est en chacun des personnages de l’univers mais que seuls ceux qui ont l’ouverture d’esprit d’y croire peuvent l’entendre et interagir avec elle (« Que la Force soit avec toi » ne signifie pas qu’on espère que la Force soit suffisamment puissante, mais que la personne y ait suffisamment foi pour surmonter ses obstacles), et Rey n’entend quasiment qu’elle.Pour faire simple, cet épisode est envahi de détails plus ou moins bien présentés et plus ou moins subtils (trop subtils pour certains) qui font que lorsqu’on est habitué à voir un film où tout est dit et annoncé clairement 30 minutes en avance, on est forcément perdu lorsqu’il s’agit d’essayer de montrer les choses un peu différemment, et cela s’applique également aux réalisateurs/scénaristes. La conséquence directe est que le film a bien trop vite été catalogué sans essayé de croire qu’il pouvait avoir des choses à dire. Ceci parce qu’il les exprime avec une terrible maladresse car la majeure parties des éléments sont souvent exagérés ou mal amenés car trop prévisibles (Que ce soit la scène où Kylo Ren retire son masque pour la première fois ou la fameuse scène de Han Solo, ce qui s’annonçait classe et magistrale, n’en devient que plus ridicule et pitoyable…). Le Réveil de la Force a des tas de choses à dire, mais voilà, toutes les histoires, évènements et autres enjeux ne sont pas systématiquement épiques à chaque seconde. Dans toute histoire il y a des moments chiants, des passages à vide, des temps morts, des baisses de tensions, des intrigues moins passionnantes ou moins convaincantes que d’autres, mais à force de vouloir toujours trop en faire et de continuellement chercher l’effet le plus dramatique, on finit fatalement par se casser la gueule et atteindre le ridicule voire l’incohérence.

D’une certaine manière, Star Wars VII souffre du syndrôme Jupiter Ascending. Il y a de très bons moments, une mise en scène soignée et avouons-le, des effets spéciaux époustouflants. Visuellement le film est extrêmement bon et particulièrement convaincant. De leur côté les acteurs sont bons et les personnages sont suffisamment crédibles pour être attachant. Le problème est que le film ne sait pas rester à sa place, sa principale qualité est son plus gros défaut, c’est un film estampillé « Star Wars », et il ne peut pas se permettre d’être juste un bon film ou un bon blockbuster, il faut qu’il soit exceptionnel et c’est ce qui a causé sa perte auprès de nombreux fans. On aurait pu se contenter d’un film qui mettait les choses en place tranquillement, mais les scénaristes ont voulu tout faire en grande pompe. On essaie d’offrir au public plus qu’il ne méritait et de le gaver de sucreries sans lui prévenir que manque de bol, c’était de la réglisse immonde. C’est dommage car cet opus dit de nombreuses choses mais ne les explique pas très bien, et au lieu de se contenter d’une histoire assez classique qui aurait poussé le spectateur à baisser sa garder pour la suite, ça n’a fait que le convaincre de ne plus rien attendre de la saga qui n’attend que sa suite pour révéler tout son potentiel.