Frayeurs : Un cauchemar de cinéma

La Paura signifiant la peur en italien, ou plus communément Frayeurs en France est l’un des titres phares de la filmographie de Lucio Fulci sortant à peine du succès inespéré de L’enfer des Zombies en 1980. Entre les deux films, il réalise La Guerre des Gangs, un polar sec que le réalisateur abandonne sur la fin de la production pour partir en pré-production de Frayeurs. La Guerre des Gangs est une commande dont il laisse le soin à son assistant et son directeur de la photographie. Il se jette de tout corps dans la production de La Paura dont il signe le scénario avec le soutien du génial Dardano Sacchetti, à qui l’on doit les grands titres de l’époque parmi les gialli que sont Le Chat à neuf queues, La Baie Sanglante ou L’Au-Delà de nouveau avec Fulci.

Mais de l’histoire du film, nous retiendrons que peu de choses. Le scénario est mécanique donnant un liant à ce tourbillon de mise en scène. Frayeurs est un pur film de Lucio Fulci qui nous trimballe un peu à droite et à gauche au gré des cauchemars qu’il met en place avec une multitude de personnages plus ou moins fonctionnels. Lucio Fulci n’est pas un directeur d’acteur, il les choisit en fonction de leurs « gueules » sur photos à l’image du casting de Catriona MacColl. Fulci est un réalisateur d’images-chocs envoyant le pâté pour nous cueillir à froid sans aucun jump-scare. Cette méthode moderne propre à James Wan, Fulci ne connaît pas, préférant braquer sa caméra face aux tripailles qui gerbent du corps d’une jeune femme en fleur. 

Avec Frayeurs, Fulci se fout de son scénario fonctionnel pour en mettre plein l’image. De la brume au cœur d’une ville inspiré de H.P Lovecraft, tout comme son enterrée vivante qu’il pique directement à The Premature Burial du même Lovecraft. Des idées plus proches de Sacchetti pour donner un sens à ce brouillon nous envoyant en enfer. Tout part du suicide d’un prêtre, ce qui ouvre la porte des Enfers, les morts ne pouvant reposer en paix. Alors ce même prêtre hante la ville en compagnie de tous les morts récents. Lucio Fulci nous promène en Enfer façon DisneyLand avec des séquences-chocs d’écrabouillements de cervelles à la main, de tour de magie cronenbergien faisant saigner des yeux et vomir des tripes. Bref, c’est gratiné pour mieux donner l’impression d’être au cœur d’un cauchemar craspec. Ce que souhaite Fulci au premier degré emmenant frontalement son spectateur dans un cauchemar cinéphilique où la peur est le sursaut d’un film gras faisant fi de toutes incongruités. Le spectateur est au cœur d’une frayeur perpétuelle. Cela commence avec l’image de la pendaison d’un prêtre, puis d’une séance mortelle de spiritisme pour continuer sur l’oppression claustro-phobique d’une morte-vivante dans un cercueil. Le long-métrage enchaîne sur un déluge d’asticots et l’apparition de revenants dans une brume épaisse arrachant les corps et harcelants le petit frère d’une victime. 

Lucio Fulci s’adonne à un plaisir malsain, celui de procurer un cinéma effaré qui tourne à la gaudriole sur quelques séquences, mais réussit dans sa globalité à imprégner le spectateur d’images fortes. Le film réussit son coup d’être un cauchemar aux images secouantes. Si on passera volontiers sur la légèreté du scénario en guise de toute politesse, on pourra reprocher au film sa galerie d’acteurs à la ramasse.
En dépit de toute notre affection pour Catriona MacColl, on sent bien l’actrice anglaise totalement à côté de ses pompes ne sachant jamais quoi faire, se demandant même ce qu’elle fait là. Pourtant le courant passera merveilleusement bien avec Lucio Fulci qui la retrouvera pour L’Au-Delà et La Maison près du Cimetière, devenant dans la foulée une de ses actrices fétiches. À ses côtés, le regretté Christopher George surjoue comme à son habitude, acteur sympathique qui décédera peu de temps après la sortie du film, déjà aperçu dans The Exterminator où il nous gratifiait aussi d’un jeu machiste peu subtil entre Roger Moore et Clint Eastwood. 

Frayeurs n’est pas à mettre devant tous les regards, mieux faut être assez accroché au lancement. Le film est une attraction gore qui passe les années avec une certaine confiance, Fulci réalisant l’un de ses grands films. Frayeurs porte en effet bien son titre sans verser dans le frisson inutile, mais en imprégnant le spectateur d’une vision cauchemardesque qui ne le quittera que difficilement. Le film de Lucio Fulci est une expérience pure de cinéma de genre, de ceux dont on aime se confronter parfois pour se faire des peurs blanches dans le noir.

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