Le Continent des Hommes Poissons : L’île du Capitaine Igloo

Le Continent des Hommes Poissons doit toute son aura de film « culte » à son affiche. Dans les années 70/80 les affiches sont encore dessinées par des véritables artistes inspirés parfois par un simple pitch. En l’occurrence pour Le Continent des Hommes Poissons, une île volcanique en irruption en fond quand au premier plan large une femme dévêtue se fait attaquer par des hommes poissons du plus bel effet. Avec une affiche pareille, forcément le chaland ou le bisseux scrutant les sorties du jeudi (dans les années 1970, le jour de sortie des films au cinéma était le jeudi) n’hésite pas longtemps pour foncer prendre son billet et découvrir le résultat sur grand écran. Sincèrement nous l’aurions tous fait quitte à être un poil déçu à la sortie quoique les trucages, maquillages et costumes devaient peut-être faire leurs effets à l’époque. Le problème est que le film a du mal à traverser le temps au contraire de sa superbe affiche qui aurait un bel effet dans mon salon.

Ayant fière allure sur l’affiche, les hommes poissons du titre le sont moins à leur apparition plein cadre. Sergio Martino a la savante idée de reprendre la subjectivité employée par Steven Spielberg pour l’ouverture de Jaws. À l’image de l’attaque de la nageuse par le requin dans le classique hollywoodien, Le Continent des Hommes Poissons s’ouvre sur la dérive d’un groupe d’hommes dont l’embarcadère se fait attaquée de nuit par une étrange présence. Échoués sur une mystérieuse île, les rescapés vont vite faire la connaissance du maître des lieux accompagné par une sublime jeune femme incarnée par Barbara Bach.
La James Bond Girl de L’espion qui m’aimait avec Roger Moore a rapidement un comportement étrange et notre héros incarné par Claudio Cassinelli la suit s’apercevant de sa relation avec des créatures sortant de la mer. Sergio Martino essaye de la plus belle des manières d’orchestrer la séquence, mais on ne peut aujourd’hui s’empêcher de pouffer de rire tant le ridicule des costumes tue la moindre intention. Les Hommes Poissons ont un regard à la « Marty Feldman » célèbre pour ses rôles chez Mel Brooks. Les costumes sont aussi gênants pour les acteurs que pour nous spectateurs peinant à résister au regard des créatures réalisées à partir de jaunes d’œufs.
Malgré tout, la séquence doit tout à la magnifique Barbara Bach qui garde son sérieux et son professionnalisme en mère nourricière de ses créatures sortant de l’eau incarnées par des nageurs olympiques.

Le Continent des Hommes Poissons débute par l’échouage d’une équipe d’hommes sur cette île inconnue. L’histoire se déroule à la fin du 19e siècle tirant son essence et sa structure à des classiques de la littérature d’aventure comme Robinson Crusoé ou L’île du Docteur Moreau. Le travail d’écriture s’est partagé entre Sergio Donati (Il était une fois dans l’Ouest/…La Révolution/Le Dernier Face à Face), Cesare Fragoni, Luciano Martino (Frère de… et producteur) et Sergio Martino himself. Grandement influencées par H.G Wells, les quatre plumes empruntent allégrement à Jules Vernes pour structurer ce récit et lui procurer une trame classique et fantastique. Reprenant les grands axes de certains classiques (sans trop vouloir en dévoiler), le film tient des bases solides, peut-être trop manquant cruellement d’originalité. Les idées piochées de-ci de-là peinent à dynamiter un film devant tout à son accroche de départ. Alors la deuxième partie est lancinante avant de partir à l’aventure dans les tréfonds de l’océan et de frôler le cinéma horrifique avec ce Docteur Moreau incarné brièvement par Joseph Cotten. 

Le film se réveille dès que le volcan entre en irruption comme promis par la fameuse affiche, le héros français prénommé Claude fait alors face aux hommes poissons tout en essayant de sauver la belle Amanda des griffes du despote Rackham. 

Claude est donc incarné par le dévoué Claudio Cassinelli, acteur fétiche de Sergio Martino avec qui il a tourné le polar À en Crever en 1975 puis La Montagne du Dieu Cannibale en 1978. L’acteur trouvera tragiquement la mort sur le tournage d’Atomic Cyborg du même Martino en 1986 dans un accident d’hélicoptère. L’acteur aux faux airs de Christophe Lemaire aura précédemment collaboré avec Lucio Fulci (MurderRock), Marco Bellochio (La Chine est Proche) ou encore Damiano Damiani pour La Tentation.

Dorénavant disponible dans une magnifique édition DigiBook DVD & Blu-Ray chez Artus Films, Le Continent des Hommes Poissons est avant tout le reflet déformé et pauvre d’une superbe affiche de cinéma. Recyclant sans vergogne les écrits de H.G Wells et de Jules Verne sur une musique de polar italien, ce long métrage de Sergio Martino est aujourd’hui à la lisière du nanar. Dû en grande partie aux costumes hilarants des créatures, le film est sauvé par le soin apporté à l’aventure dépaysante, à son couple de héros solides et aux maquettes faisant toujours leurs effets. 

Sur un récit rabâché cent fois aux fans de fantastique, Sergio Martino mène malgré tout sa barque en termes de divertissement. Outrepassant un second acte somnolent, le film remporte notre sympathie par son ouverture réussie et son rythme final entraînant. Fantasmé pendant des années grâce à cette superbe affiche, Le Continent des hommes poissons ne déçoit pas avertit par notre expérience du cinéma italien de l’époque. Face à de telles promesses, le pragmatisme est de rigueur, tout autant qu’une certaine tolérance.

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