Divorce Club : C’est en dehors des clous qu’on fait les meilleures vannes

Arnaud Ducret aura vraiment été au centre de l’édition 2020 du Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez. Acteur majeur du Prix du Public pour son superbe rôle dans Mine de Rien de Mathias Mlekuz, voici que débarque enfin dans nos salles le lauréat du Grand Prix, Divorce Club, troisième long-métrage réalisé par Michaël Youn. Voilà sept ans qu’il nous avait laissé avec un goût plutôt amer avec son Vive la France très inspiré par l’humour de Sacha Baron Cohen, mais qui n’arrivait jamais aux chevilles de son modèle, pour peu que le spectateur soit sensible à ce type d’humour. Une cruelle déception surtout vu l’attente que nous placions en Youn compte tenu du fantastique travail qu’il avait accompli sur Fatal, un film plein d’énergie à l’humour décapant qui proposait une critique des médias et de l’industrie musicale tout à fait étonnante. Qu’à cela ne tienne, une sortie de route arrive à tout le monde, et la solidité artistique de Michaël Youn a fait ses preuves depuis des années. Nous savions qu’il reviendrait à ses bases, et Divorce Club a tout pour ravir les aficionados du bonhomme.

Après 5 ans de mariage, Ben est toujours aussi éperdument amoureux. Jusqu’au jour où il découvre en public que sa femme le trompe : humilié et plaqué dans la foulée ! Abattu et lâché par ses proches, Ben peine à remonter la pente jusqu’à ce qu’il croise le chemin de Patrick, un ancien ami lui aussi divorcé, qui lui propose d’emménager chez lui. Patrick, au contraire de Ben, entend bien profiter de son célibat retrouvé et de tous les plaisirs auxquels il avait renoncé durant son mariage. Bientôt rejoints par d’autres divorcés, les fêtards quadragénaires ébauchent les premières règles du Divorce Club.

Le slapstick et les blagues en-dessous de la ceinture ont toujours été la marque de fabrique de Michaël Youn. Biberonné aux frasques des trublions de Jackass (entre autres), il est facile de taper sur le comédien sans prendre la peine d’aller chercher les racines de son humour. Depuis quelques jours, on peut voir émerger sur la toile et dans les revues pseudos intellos et élitistes (du genre que nous détestons au plus haut point au sein de notre rédaction), des critiques indigentes qui clament haut et fort que Divorce Club est un film machiste, décérébré et crétin au plus haut point. Il faut croire que Michaël Youn ne s’est toujours pas débarrassé de ses détracteurs. Qu’un quelconque dieu nous en préserve, nous avons juré de ne jamais rejoindre ce genre d’équipes qui croient détenir le monopole du bon goût. Sans rentrer dans un procès d’intention (mais un peu quand même), nous sommes et resterons toujours du côté des défenseurs de l’éclectisme. Nous nous congratulons de faire cohabiter dans nos lignes des œuvres comme Rambo avec Le Colocataire, ou encore Abou Leila avec The Toxic Avenger. Le cinéma n’a pas de frontière ni de limite. Cette diversité pluriculturelle se doit d’être défendue corps et âme. Nous avons, certes, nos préférences, mais c’est une vraie fierté de ne pas être dicté par une quelconque croyance ou orientation politique, religieuse ou autre qui joue forcément sur l’avis émis en fin de parcours. Selon les torchons (ou magazines, appelez-les comme vous voulez) que vous allez acheter, vous savez d’avance que tel ou tel film sera conspué et lynché gratuitement juste pour le simple plaisir de le démonter, car impossible de le caser dans une case en adéquation avec les idéaux dictés par la rédaction.

Il y a une tendance au syndrome de Peter Pan et un attrait pour la procrastination qui se dégage très souvent des comédies écrites, jouées ou réalisées par Michaël Youn. L’humoriste de 46 ans est, et restera probablement, un éternel enfant. Ce qui est le moteur de quasiment toutes ses comédies provient de l’incapacité de ses héros à rentrer dans un moule préfabriqué. Devoir réussir sa vie, se marier, avoir des enfants…le parfait « monsieur tout le monde » ne colle absolument pas à l’image qu’il se fait de la vie. Divorce Club ne déroge pas à la règle. Non content de ramener pratiquement toute sa bande de potes (de Vincent Desagnat à Cartman en passant par Vincent Moscato ou encore Claudia Tagbo et Jarry), il transforme son Divorce Club en garçonnière immense où la fête n’a de limite que la tolérance des corps. Évidemment, l’humour est léger et bas du front…mais à quel moment le film a-t-il eu la prétention de vendre autre chose ? Avec une attitude de sale gosse qui lui colle à la peau, Youn aligne successivement les vannes sur près de deux heures et tient la route sans jamais flancher. C’est de cette énergie débordante que l’on reconnaît ses qualités « d’entertainer ». Faire une comédie n’est pas une mince affaire. Il faut savoir faire preuve d’un timing précis et savoir interagir avec l’environnement au bon moment. Cela se joue parfois à la seconde près. C’est une qualité qu’il possède et qu’il met au service de sa réalisation, dynamique à souhait.

Il laisse également la part belle aux comédiens et ne s’octroie qu’un rôle secondaire, sûrement pour bien se focaliser sur le rythme qu’il donne à son histoire. Entre quiproquos, comique de situation, comique de répétition, gags graveleux et parfois machistes (oui, il y en a, on ne va pas se mentir non plus), Youn obtient le mélange parfait qui convient aux propos de son film. Divorce Club est un immense film de potes comme savent le faire les américains de l’écurie Apatow (pour ne citer qu’eux). Divorce Club est, à équivalent, l’homonyme français d’un This is the End ou d’un sketch du Saturday Night Live. Hilarant par moment, dénué de toute bienséance avec des vannes qui risquent de froisser les spectateurs les plus coincés, il est aussi irrévérencieux que son réalisateur. C’est bien connu, on peut rire de tout…le tout est de savoir comment placer les vannes. Et sur ce point, Divorce Club est une réussite. On se marre réellement. Youn tape sur tout le monde : des queutards les plus invétérés aux vegans les plus extrémistes, tout le monde en prend pour son grade. Il n’y a pas de camp, si ce n’est celui des comédiens qui distillent une bonne humeur débordante.

Force est de constater qu’une certaine presse française et ses adorateurs ne seront jamais favorables à un humour décomplexé et noir. On ne se remet toujours pas de la vanne sur Harvey Weinstein. Pour autant, nous ne cautionnons absolument pas les actes de ce monstre, mais ça fait du bien de tomber en face d’un film qui n’a pas peur de rire de tout. Divorce Club est un remède anti-déprime qui fait du bien. Nous ne sommes pas rentré dans les détails, car cela aurait été trop long, mais absolument tout le casting est sans filtre, Audrey Fleurot en tête. On a l’impression d’être au cœur de cette immense fête où les blagues pleuvent à foison et où Michaël Youn soigne sa mise en scène (mention spéciale pour la séquence Ikéa). Divorce Club n’est pas une comédie révolutionnaire. Divorce Club est tout simplement à l’image de son réalisateur : enivré, exaltant, politiquement incorrect, irrévérencieux et « pluskapoil » !

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