Au Nom de la Terre : Héritage et Tradition comme Fardeau.

Au Nom de la Terre est une saga familiale compressée en 1h43 de métrage. Après Petit Paysan, c’est une nouvelle histoire sur le milieu paysan et l’état de l’agriculture française. Depuis quelques années, documentaires, reportages, mais surtout le cinéma, se sont emparés du sujet. Un sujet proche du français, mais surtout proche d’hommes qui l’ont vécu de l’intérieur. Hubert Charuel avait installé son long-métrage, Petit Paysan, dans l’ancienne exploitation de ses parents, fermiers-laitiers à la retraite, tout en faisant de Swann Arlaud son reflet potentiel s’il avait repris l’affaire. Dans Au Nom de la Terre, Edouard Bergeon retrace le parcours de son père Christian, un agriculteur s’étant suicidé faute de s’en sortir croulant sous les dettes.
Guillaume Canet prend le rôle du père et se nomme Pierre. Le film débute à son retour du Wyoming à l’âge de 25 ans pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Le film d’Edouard Bergeon est un regard sur 40 ans d’agriculture française sous le prisme de la stature de son père. Au départ beau et fier, l’homme s’écroule de fatigue physique et psychologique à cause de la charge de travail et du poids des endettements pour garder la tête hors de l’eau. 

Au Nom de la Terre pourrait être une saga sur 6 épisodes. Mais quelques grossières ellipses permettent de contenir le film, l’évolution de la famille et le destin tragique de Pierre. À 25 ans il est revenu avec la force et l’entrain acquis dans les grandes exploitations américaines. Mais la France est ce petit pays contraint de faire avec les obligations européennes et de travailler comme « employé » pour des lobbies amenant animaux et nourritures pour 1 franc symbolique. Pierre travaille son exploitation à la force de ses convictions, mais se fait exploiter pour survivre. Les banques suivent grâce à ce type de partenariats, mais ne soutiennent aucunement l’homme essayant de garder son entreprise à flots. Ce qui entraîne beaucoup plus de travail et des frictions avec le père de Pierre, chef de famille à qui les terres appartenaient.

Ce père fort et franc incarné avec dureté par un surprenant Rufus qui rentre dans le lard de son fils. Il aurait fait mieux ne comptant que sur le travail. Le travail sauve des vies. L’amour aussi, lui qui ne dira jamais « je t’aime » à son fils. La mère n’est plus, alors les deux ne se parlent plus. Pourtant, ses simples trois mots auraient pu avoir une sacrée résonance chez Pierre.
Pierre qu’incarne avec conviction un Guillaume Canet moustachu et chauve, déconcertant et bouleversant de talent. Après Mon garçon où il nous avait subjugué en père-sauveur, il est dans Au Nom de la Terre, un agriculteur qui plonge tête la première dans la dépression. Il est parfois en représentation manquant du contrôle d’un metteur en scène plus expérimenté. Mais la partition est forte, trop notamment dans cette dernière séquence tétanisante. Il sera dur de s’en remettre, surtout via le regard d’un fils reprenant les choses en main avec l’associé de son père. Il faut tenir cette ferme debout pendant que Pierre fume et boit enfermé dans sa chambre. La charge était trop lourde pour lui, la législation n’aidant pas l’exploitation convenable des infrastructures qui pourtant ont réussi au mieux aux précédentes générations. Grand-père et père ont fait fortune, mais les temps modernes ont réglé le mécanisme de l’agriculture française au gré des décisions de Bruxelles, des règles des hypermarchés et les façons de faire douteuses de lobbies puissants. 

Au Nom de la Terre est un drame familial puissant et un constat dramatique de l’état de l’agriculture française. L’exploitant est poussé dans ses retranchements pour garder la tête hors de l’eau, mais surtout sa fierté d’homme de la terre. Malheureusement, rien ne peut finir justement dans ce type de drame. Seulement l’idée de faire passer l’envie à certains de vouloir faire ce métier méprisé et ignoré. Le sacrifice d’une famille au nom de la terre.

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