La Belle et le Clochard : On t’appelle Bella Notte

Disney poursuit dans sa volonté d’adapter ses classiques de l’animation en prises de vue réelles. On ne va pas bouder notre plaisir, malgré nos réticences certaines compte tenu des résultats obtenus jusqu’à présent. Entre un Roi Lion magnifique visuellement, mais tellement pauvre sur tout le reste. Aladdin qui, malgré la verve de Guy Ritchie et le charme des acteurs, ne transcendait pas son matériau de base. Si on ajoute à cela l’incursion de Tim Burton dans le milieu qui, même lui, à une échelle différente, ne convainc pas non plus, il y a de quoi désespérer. A l’exception de quelques bijoux, les classiques Disney revisités ont du mal à laisser une empreinte indélébile, contrairement à leurs modèles animés.

Dire que nous attendions impatiemment la version live de La Belle et le Clochard serait un euphémisme. L’œuvre originale restant un vague souvenir d’enfance, car n’ayant jamais fait parti de nos chouchous, nous avons arpenté le visionnage de cette version non sans retenue. Le film est confié aux mains de Charlie Bean, homme de télévision à qui l’on devait les scénarios de quelques épisodes des Tiny Toons, Les Aventures de Sonic ou encore la série animée Beethoven. Il s’est épanoui sur le petit écran et n’a connu que quelques incursions sur le grand écran, d’abord en tant que scénariste des Supers Nanas, le Film en 2002 et en tant que co-réalisateur de Lego Ninjago, le Film en 2017. En dépit d’une connaissance certaine dans le milieu du divertissement pour enfant, ça en dit long sur la firme Disney qui confie son film à un « petit » réalisateur et qui décide de le sortir directement sur sa plate-forme VOD. La foi mise dans le projet ne semble pas être aussi forte que pour Le Roi Lion, Aladdin ou encore Mulan à venir prochainement sur nos écrans (si tout va bien, merci le COVID-19).

Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, la chienne cocker Lady voit sa vie parfaite bouleversée par l’arrivée d’un heureux événement dans la famille de ses maîtres. Elle fait la rencontre de Clochard, un chien errant pour qui la rue n’a plus aucun secret. Ensemble, ils vont s’apprivoiser, s’aimer et tirer le meilleur de ce que chacun des deux a à offrir.

Disney renoue avec ses traditions classiques de films avec de véritables animaux (Benji la Malice, L’incroyable Voyage). Pour La Belle et le Clochard, les chiens ont été parfaitement dressés. Ils nous font vite oublier leur condition animale pour littéralement habiter l’écran. L’animation de leurs expressions lorsqu’ils dialoguent témoignera d’un manque de moyen évident. Si elle créera parfaitement l’illusion sur certains plans, on regrettera une application non-constante de ces derniers, notamment lors des gros plans. Parfois très grossière, l’illusion fonctionnera sur les enfants, mais laissera complètement de côté les adultes qui, eux, verront l’évidence de la farce et sortiront indéniablement du projet. C’est fort dommage, d’autant que le film sait se montrer nettement supérieur au Roi Lion pour ce qui est de l’humanisation des animaux. Les dialogues et les expressions concordent (ce que nous reprochions à l’adaptation de Jon Favrau). Le film parvient à s’émanciper de son modèle pour créer un background qui allie parfaitement l’histoire de base avec ce qu’il désire raconter. On dénotera un humour bienvenu avec des personnages aux personnalités bien définies et affirmées. En ce sens, La Belle et le Clochard assure le job comme il faut, on passe un vrai bon moment.

On dénotera également des chansons qui sauront à la fois contenter les fans du dessins-animés (La La Lou, Bella Notte) ainsi que des créations originales pour le film qui s’y fondent parfaitement. Ces chansons dénotent cette envie d’émancipation que nous évoquions ci-dessus. Le film baigne dans une ambiance jazzy qui sied parfaitement à l’époque de l’histoire. Si les morceaux originaux ne laisseront pas de souvenirs impérissables, on appréciera l’effort d’écriture. En revanche, le gros point noir du film, et le problème inhérent à la politique Disney, provient de la reprise de La Chanson des Siamois. La chanson a été réécrite dans l’idée d’éviter les connotations raciales qu’il y avait dans le morceau original. Et c’est là où le bât blesse. Nous avons grandit avec ces dessins-animés qui n’hésitaient pas à mettre en chanson les horreurs de notre monde. Les classiques Disney nous ont conditionnés, en tant qu’enfant, à construire à la fois notre imaginaire et nous préparer aux horreurs que le monde est capable. Avec une censure de plus en plus malsaine, les œuvres Disney invitent nos bambins dans un monde de bisounours où les maux de l’humanité sont, au mieux, ignorés, au pire, éludés des œuvres que l’on a connu. Le fait d’imposer de manière dictatoriale la façon de penser des grands pontes de Disney ne dessert absolument pas nos enfants. Se posant en tant que moralisateur unique, Disney vole le rôle des parents dans l’éducation des enfants. Le problème ne date absolument pas d’hier, on se souvient de grands réalisateurs qui ont décidé de claquer la porte de la firme aux grandes oreilles pour les mêmes divergences (coucou Don Bluth). Mais si l’illusion était encore de mise jusqu’à la fin des 90’s (voire, jusqu’au milieu des années 2000), force est de constater qu’aujourd’hui Disney ne fait même plus aucun effort pour cacher ses mauvaises habitudes.

Peu importe notre petit coup de gueule, La Belle et le Clochard s’en sort à merveille avec ses qualités et ses défauts. Il se classe sur le haut du panier des adaptations live de la firme. L’humour fait mouche, les chiens sont attendrissants et l’animation séduit à défaut de convaincre complètement. On regrette un lissage bien trop poli des connotations racistes totalement absentes du métrage. Surtout qu’il y en aurait eu des choses à dire en décidant d’instaurer un couple mixte en tant que maîtres de Lady dans une époque où la ségrégation raciale était encore de mise.

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