Convoi Exceptionnel : Pour l’amour des acteurs.

Il aura fallu attendre neuf années entre Le Bruit des Glaçons et Convoi Exceptionnel. Bertrand Blier est resté muet au cinéma faute à des projets inaboutis. On savoure donc ce retour avec Convoi Exceptionnel rameutant pour la peine un bien beau casting : Christian Clavier, Gérard Depardieu, Farida Rahouadj, Audrey Dana, Alex Lutz et Guy Marchand. 

Convoi Exceptionnel est l’histoire, s’il y a une histoire, d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler… Foster, c’est Christian Clavier et Taupin, c’est Gérard Depardieu. Le duo des Anges Gardiens se reforme pour un nouveau beau morceau de cinéma. Mettre les deux acteurs sur grand écran est un irrésistible moment. Ajoutez à cela la direction et l’écriture de Bertrand Blier, vous atteignez un summum de grandiloquence dans ce lien abstrait qui mêle ces deux personnages savoureux.
Gérard Depardieu débarque avec son caddie au cœur d’un bouchon, à la manière de sa traversée du parking dans Les Valseuses en 1974. Là il rencontre Foster et le scénario part en vrille. Convoi Exceptionnel est le scénario d’un scénario. L’allégorie des dérives de la vie, ses rencontres, ses choix et son parcours. Enfin le pense-t-on, surtout que le film finit par digresser sur la mort et la fatalité.

Bertrand Blier n’en conte pas autant. Il avoue que le film est un tricot, né d’une envie de travailler avec Christian Clavier et Gérard Depardieu. Surtout le premier avec qui c’est le premier film. Puis Blier lui adjoint Depardieu, les deux Gaulois réunis de nouveau à l’écran. Le film est alors un jeu d’échanges éloquents et grossiers. Tout le cinéma absurde et si frontal de Blier se retrouve se savourant comme une madeleine au beurre trempé dans le café. Nous ne sommes pas loin de Proust par le talent, Blier n’étant jamais un plaisir coupable, juste un plaisir de cinéma.

Il déclame alors l’effet tricotage d’un métrage pas si long qu’il rattrape pendant le tournage à l’hôtel le soir. La structure tombe à 1h10, alors il rajoute une petite surprise, un court dans le long où les deux compères échangent les rôles. Gérard Depardieu improvise sur le poulet tel un Audiard aux petits oignons sur une trame à la Chabrol. Douze minutes en plus d’un cinéma coupable de nous faire plaisir au cœur d’un brouillement d’intrigues qui tourbillonne les mots avec un savoir culotté de talent. On ne refait pas Blier à 79 ans, on dévore son cinéma des yeux, un essai insolent et palpitant. C’est cela le cinéma français, devenu trop rare sous les apparats d’une nouvelle génération insolente d’opportunisme et vulgaire par manque de talents.

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