Rampage – Hors de Contrôle : George dans la ville.

L’association jeu-vidéo/cinéma est une longue histoire de désamour. Le cinéma ne peut rien tirer de concret d’une base de pixels. Adam Sandler a bien essayé d’en filtrer la part nostalgique pour un simili-Ghostbuster esprit geek, mais le souvenir le plus présent reste Mortal Kombat de Paul W.S Anderson. Mortal Kombat, car à l’époque le film avec Christophe Lambert en Raiden est un carton. Alors les studios enchaînent avec Street Fighter et JCVD en Guile, Super Mario Bros, Tomb Raider (inoubliable Angelina Jolie), Resident Evil ou encore Doom.

Ce dernier est à marquer d’une pierre sacrée. Non pas par sa qualité, le film étant une véritable purge, mais parce qu’il compte à son casting, The Rock. Célèbre catcheur de la WWE, Dwayne Johnson, de son vrai nom, est sur le point de se reconvertir en star de cinéma. Ce n’est point palpable à l’époque, l’homme enchaîne quelques séries B oubliées (Tolérance Zéro ; Le Roi Scorpion ou Max La Menace), même si Bienvenue dans la Jungle de Peter Berg, Be Cool ou Rédemption laisse entrevoir un potentiel certain.

Depuis Fast & Furious 5, Dwayne Johnson est devenu l’icône hollywoodienne par excellence. L’acteur enchaîne les succès prenant le relais d’anciennes gloires telles que Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone. Les spectacles « Big Mac » se produisent sur sa simple participation. On peut citer GI : Joe Conspiration ; San Andreas ; les derniers Fast & Furious ou encore le recyclage d’un nouvel Hercule au cinéma. Dwayne Johnson est de tous les bons coups, à la TV aussi avec la série à succès Ballers. Dwayne Johnson est le nouveau héros du cinéma moderne, entre coolitude et muscles. Il le prouve une nouvelle fois avec Rampage – Hors de Contrôle.

Souvenez-vous en 1986, dans les salles d’arcade, de ce jeu-vidéo dans lequel s’opposaient un gorille géant, un lézard et un loup tout aussi big. Et bien voici avec stupeur l’adaptation cinéma. Hollywood est prêt à allez payer d’obscures licences oubliées de jeu-vidéo pour produire un cinéma populaire. À l’image d’un prêt à la banque pour le moindre chaland qui doit montrer patte blanche, aujourd’hui, Hollywood doit s’assurer d’une licence accrocheuse pour produire un film. Bien triste est la situation actuelle de la machine à rêves entre supers-héros, licence de jouets et de jeux-vidéos. Le cinéma est une pompe à idées pré-fabriquées scénarisées par 4 stagiaires sur le bureau du boss. C’est le cas ici avec Rampage qui est le parfait exemple du système hollywoodien en cours. Scénarisé par une pelleté de scribouillards reprenant les textos et les mémos des producteurs pour pondre un spectacle bigger than life où effets spéciaux se conjuguent à une mise en scène iconique presque parfaite. Brad Peyton est de retour aux manettes de ce truc sans forme après la sympathique catastrophe qu’est San Andreas. Rampage est du même acabit en plagiant sans vergogne dans tout ce qui s’est fait ailleurs depuis La Planète des Singes : Les Origines. Pour bien commencer, la bromance entre Dwayne Johnson et un gorille albinos échangeant par la langue des signes à deux doigts de rappeler le Congo de Frank Marshall. Ici le singe ne parle pas et ne boit pas de champagnes, mais fait des blagues graveleuses et charrie volontiers le héros du film. On est comme décontenancé d’assister à de telles séquences. Notamment la dernière du film bien trop attendue et exaspérante.

Rampage est un film-monstre ahurissant. Déconcertant de bêtises à voir le plagiat en règle de toutes les autres licences pré-existantes. Le film vole des séquences entières des Transformers (faut le faire !), du dernier Godzilla, et ne parlons de King Kong dans sa globalité. Rampage est un non-film, une sorte de variation cinématographique de la créature de Frankenstein. Totalement en roue libre, il faut seulement reconnaître que Dwayne Johnson s’amuse, que George le singe albinos est sympathique et que Brad Peyton s’éclate derrière la caméra. Le reste est une vaste supercherie opportuniste bonne à amasser des spectateurs par milliers le premier week-end d’exploitation et des dollars à la clé. Le film est pensé comme un potentiel succès d’avance, un film « Ikea » assemblé linéairement aux grès des envies du studio.

Rampage est loin d’être hors de contrôle. Il est un film en kit avec une scène d’avion façon de Mission : Impossible ou La Momie, les attaques de grandes villes façon Pacific Rim ou Transformers, puis Dwayne Johnson comme assurance et des méchants en plus. De grands méchants façon Tortues Ninja, car les monstres ne sont que des victimes, ou enfin presque. Ils sont là pour assurer le spectacle. Les grands méchants du film sont une sœur et un frère totalement arriérés, écrit comme des sbires tout droit tirés des deux premiers Beethoven de John Hughes et Ivan Reitman. Puis il faut le gorille façon Kong et Donkey Kong. Rampage pioche partout produisant une grande bulle Malabar efficace, généreuse, mais d’une absurdité commune à tout un cinéma moderne. Le film n’y peut rien finalement, il est la résultante d’une pensée générale d’usage à Hollywood. Les Avengers, la Justice League, Jurassic World, Fast & Furious ou encore La Momie sont les exemples de produits pré-mâchés parfois intéressant, au mieux divertissant, mais qui nivelle le cinéma de divertissement vers le bas en permanence.

Rampage – Hors de Contrôle est un nouvel exemple de l’entertainment post-2010. Tout ou rien, voici où est rendu le cinéma. Rampage est la conjugaison du tout et du rien produisant un néant de divertissement qui plaira à tous, grand et petit, même si le long-métrage recèle quelques séquences bien gores. Idéal pour mieux digérer son pop-corn réchauffé, Rampage va plaire à tous et à toutes avant que sa date de péremption sonne le glas d’une production ramassée, déjà ringarde. En restera alors qu’un gentil sourire poli, un signe nostalgique en redécouvrant un jour le film au fond d’un catalogue de services VOD s’en servant pour combler un vide. Un vide par un vide, au final, les monstres finissent toujours par se mordre la queue. 

2 Rétroliens / Pings

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