Waiting for the Barbarians : Le désert des Barbares

Un festival est toujours riche en événements, certains films faisant carrément les temps fort d’une édition. Nul doute que pour sa 45ème année, le festival de Deauville aura fait fort avec Waiting for the Barbarians qui aura animé la journée et ce d’autant plus que Johnny Depp et Mark Rylance étaient présents sur les planches normandes pour présenter le film, Depp étant d’ailleurs suivi de près par une cohorte de fans confirmant son immense pouvoir d’attraction.

Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos barbares. Nouvelle réalisation de Ciro Guerra (Les Oiseaux de passage), Waiting for the Barbarians est l’adaptation d’un roman de J.M. Coetzee par l’auteur lui-même et l’on voit déjà ce qui a pu attirer Ciro Guerra dans le projet : on y retrouve en effet le goût d’un paysage désert et hostile, la description de mode de vie de peuples indigènes et un regard proche de celui d’un ethnologue. C’est cependant la première fois que Guerra réunit devant sa caméra des acteurs à la notoriété aussi fameuse, ce qu’il fait sans jamais sacrifier à l’exigence de son cinéma qui demande de la patience, qui prend son temps et installe son rythme pour mieux nous mener où il veut.

Waiting for the Barbarians se déroule dans une contrée désertique et isolée dont on ne saura jamais le nom (de même qu’on ne saura jamais à quelle époque se situe le récit). La région est gérée par un Magistrat bienveillant qui gère les affaires locales avec un certain flegme. Son existence va être bouleversée par l’arrivée d’un implacable colonel de l’Empire venue de la Capitale dans le but de mater une révolte barbare qui gronderait. Le colonel va alors torturer et tuer nombreux indigènes du coin, poussant le Magistrat à se révolter contre ce comportement et à provoquer sa propre déchéance…

Avec son décor isolé et son rythme latent, laissant attendre quelque chose qui ne vient pas forcément, Waiting for the Barbarians n’est pas sans rappeler Le désert des Tartares, le roman de Coetzee ayant d’ailleurs été comparé à celui de Buzzati. Le film de Ciro Guerra se montre cependant plus cruel dans sa description de la violence, montrant bien la bêtise humaine dans toute sa splendeur, voyant d’odieux colonialistes imposer la violence à un peuple qui n’a rien demandé de mieux que de rester tranquille chez lui. Parce que les habitants locaux sont des indigènes, ils sont forcément des barbares à écraser, à broyer sous la botte d’un Empire inhumain (représenté ici par la froideur glaçante du colonel Joll à qui Johnny Depp prête son charisme). Mais au-delà de la violence physique, le film vient placer des questions plus insidieuses dans son récit comme en témoigne le personnage du Magistrat dont l’empathie mal placée envers une jeune femme victime des tortures de Joll se montre étouffante et source de malheur pour celle qui reçoit ses attentions. Pour comprendre une civilisation, il faut savoir laisser de côté ses préjugés colonialistes et en dépit de toute sa bonté, le Magistrat, interprété par un fabuleux Mark Rylance, ne peut s’empêcher d’agir comme un colon, incapable de comprendre un peuple et une culture qui le fascinent mais qui ne lui rend pas la pareille.

Réflexion philosophique sur la guerre, la peur de l’autre et la violence, Waiting for the Barbarians est une fable fascinante au rythme lancinant, imprimée de plans fabuleux mettant l’homme face à sa propre condition sans jamais avoir besoin de surligner son propos, dont on saluera la belle intemporalité et, une fois de plus, l’absolue nécessité encore aujourd’hui.

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