La Nurse : La main sur le berceau

Jamais avare lorsqu’il s’agit de sortir de sa musette quelques titres forts sympathiques, Elephant Films a récemment sorti une collection de films d’horreur produits par Universal dont l’un des titres phares est La Nurse, réalisé en 1990 par William Friedkin. Disponible en combo Blu-ray + DVD ou en DVD seul depuis le 21 novembre dernier, La Nurse peut donc se (re)découvrir en haute définition et ce pour notre plus grand plaisir… ou pas !

Car il faut bien reconnaître que le film est fidèle à sa réputation, loin d’être le meilleur de William Friedkin qui partait pourtant gagnant avec un sujet surnaturel qui lui permettait de renouer avec la même veine que L’exorciste. C’est d’ailleurs comme ça que Universal voulait vendre le film, refusant de gommer le surnaturel du scénario en dépit de quelques suggestions de la part de l’actrice principale. A l’époque au creux de la vague, Friedkin prend le film comme une commande même s’il trouve néanmoins de quoi se raccrocher au récit à travers une histoire personnelle. Le travail d’écriture est tellement chaotique qu’il continuera même pendant le tournage, expliquant les failles trop évidentes d’un film raté mais pourtant pas inintéressant.

Le sujet est prometteur, voyant Phil et Kate, un couple de jeunes parents engager Camilla, une nounou pour leur nouveau-né. Celle-ci, aussi inquiétante que séduisante, s’avère être une druide (et là on sent qu’on vous a déjà perdus) sacrifiant tous les nourrissons qu’elle garde pour les donner en offrande à un arbre mystérieux au milieu de la forêt entourant Los Angeles. Réalisant la menace, Phil et Kate vont devoir affronter Camilla et ses étranges pouvoirs… Une histoire alléchante dans laquelle Friedkin aurait pu se montrer à l’aise. Seulement dès le début, on sent bien que quelque chose cloche dans La Nurse. En premier lieu, l’élément surnaturel ne fonctionne pas et l’on comprend pourquoi certaines personnes ont voulu le gommer. Cette histoire de druide et de culte celtique est difficile à avaler et ce parce qu’aucun élément du scénario ne l’amène bien. Contrairement à L’exorciste qui bâtissait une tension sourde dès ses premières minutes, La Nurse peine à convaincre et son ambiance ressemble parfois à celle d’un téléfilm, impression renforcée par une interprétation peu convaincante de Dwier Brown et Carey Lowell dans le rôle du couple.

Les premières minutes laissent ainsi craindre une vraie catastrophe, un film raté à l’interprétation moyenne jusqu’au moment où Jenny Seagrove apparaît à l’écran. C’est clairement à son personnage que Friedkin s’est rattaché pour le film. L’actrice y est tour à tour sensuelle, mystérieuse, envoûtante et carrément terrifiante. Devant la caméra, elle dégage quelque chose de trouble derrière son beau visage, un trouble que Friedkin filme avec un réel intérêt. Si l’on peut déplorer les grosses lacunes d’un scénario qui manque de tension et qui vire au grand-guignol sur la fin, on se rattachera à une poignée de séquences formidables. Car Friedkin est loin d’être un manche et il le prouve rapidement avec des séquences nocturnes en forêt très oniriques (coyotes hurlant à la lune à l’appui) et des moments gores parfaitement réjouissants aux effets spéciaux réalisés en direct sur le plateau, rappelant le Friedkin des grands jours.

Si ces quelques moments permettent de sauver le film de l’ennui, force est de reconnaître que La Nurse est clairement loin des grands films de son réalisateur et que, sans Friedkin derrière, on l’aurait certainement oublié depuis longtemps. Il reste cependant intéressant dans sa caractérisation du personnage de Camilla et dans ses outrances, le rendant attachant en dépit de ses défauts.

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