Avanti ! : La Dolce Vita selon Wilder

L’actualité récente de cette épidémie encore jamais vue à l’échelle mondiale nous forçant à rester confinés chez nous, on ne peut que remercier Rimini Editions de prolonger leur travail éditorial autour de Billy Wilder avec la sortie en Blu-ray et DVD de Avanti !, disponible depuis le 17 mars dernier. De quoi compléter notre collection Wilder et surtout de nous occuper au moins pendant 2h24, durée conséquente pour une comédie (déjà expérimentée par Wilder avec les 2h27 de Irma la douce) mais qui n’a absolument aucun impact sur la qualité du film, bien au contraire.

Après l’échec public de La vie privée de Sherlock Holmes (son film le plus ambitieux et surtout la plus belle des variations cinématographiques autour du détective anglais), Billy Wilder aspire à retrouver quelque chose de plus simple. La perspective de tourner une comédie en Europe d’après une pièce de Samuel A. Taylor (déjà auteur de la pièce ayant inspiré Sabrina) lui apparaît donc comme l’occasion de se faire plaisir et de s’éloigner des studios ayant charcuté son film précédent. N’aimant guère la pièce originale, il la remanie farouchement avec l’aide de son fidèle complice I.A.L Diamond et livre avec Avanti ! une comédie étonnante, moins féroce qu’à son habitude, le cinéaste étant ici très prompt à de beaux moments de tendresse, sans pour autant sombrer dans la mièvrerie qu’il déteste. C’est d’autant plus dommage que le film, en dépit d’un Golden Globe glané par Jack Lemmon, ne rencontrera pas son public non plus, confirmant le déclin de carrière de Wilder qui tournera tout de même trois autres films par la suite, essentiellement tournés vers le passé, notamment Fedora, pendant amer et mélancolique de Boulevard du crépuscule.

L’idée d’Avanti ! est pourtant irrésistible et purement wilderienne : Wendell Armbruster Jr., riche américain est contraint d’aller en Italie sur la petite île d’Ischia pour y rapatrier le corps de son père, décédé là-bas. Chaque année pendant un mois, Wendell Armbruster Senior passait ses vacances dans un petit hôtel charmant. Problème à l’arrivée, non seulement Wendell fils doit gérer les lourdes formalités italiennes pour rapatrier son père, mais il apprend également que son père n’était pas seul dans l’accident de voiture qui lui a coûté la vie et qu’il est décédé aux bras de sa maîtresse ! Profondément choqué par la nouvelle, Wendell fait la rencontre de Pamela Piggott, la fille de la maîtresse de son père et en réitérant les rituels de leurs parents pour honorer leur mémoire, les deux ne tardent pas à tomber amoureux…

De cette idée formidable (même si Wilder la trouvera un brin déphasée avec son époque, selon lui en 1972 cela aurait été plus fort de faire du père de Wendell un homosexuel), le cinéaste tire le maximum, multipliant les péripéties, les quiproquos et les rencontres. Si Wilder n’oublie pas de férocement égratigner les mœurs américaines (qui arrivent en conquérants partout) et de se moquer gentiment de la vie en Italie (avec ses pauses déjeuner jusqu’à 16h !), il se concentre surtout sur le personnage de Wendell qui, au contact de Pamela, ralentira son train de vie pour apprécier la dolce vita. D’ailleurs, le film se moque bien des nombreuses difficultés administratives effectuées pour permettre de rapatrier le corps, seulement énoncées et réglées à travers le personnage irrésistible du directeur de l’hôtel, évidemment au courant des infidélités d’Armbruster père, toujours prompt à régler les problèmes avec une aisance et des méthodes bien italiennes.

Ce qui compte dans Avanti !, c’est encore une fois une question de rythme, comme souvent chez Billy Wilder. Déjà rien que par sa durée le film surprend, se plaçant d’ailleurs en 1972 comme presque anachronique dans le paysage hollywoodien qui est en plein changement (Easy Rider a fait son petit effet, Le Parrain sort la même année). Wilder semble ne pas en tenir rigueur et réalise Avanti ! avec sa rigueur habituelle et son amour du cinéma classique. Il s’en distance cependant en réalisant cette comédie romantique avec des acteurs loin du glamour des canons habituels : Jack Lemmon a 47 ans au moment du tournage et la formidable Juliet Mills, si elle a la trentaine, est en léger surpoids pour les besoins du rôle. Ainsi la célèbre scène où les deux se baignent nus avant de se prélasser sur un rocher laissent à voir des fesses un peu flétries et des corps ronds, éloignés de tout ce qu’Hollywood peut appeler beauté et il y a pourtant quelque chose de tout à fait magnifique dans cet acceptation de ces corps, montrés tels qu’ils sont sans artifices et dans toute leur splendeur.

L’intention de Wilder est donc de détourner les canons du genre sans pour autant dévier des clous du classicisme (et ne lui en déplaise si à posteriori il trouva que Lemmon était trop vieux pour le rôle, l’acteur y est tout simplement impeccable, comme toujours) et de montrer comment un américain pressé en vient à comprendre son père et à reprendre finalement sa vie là où elle s’est arrêtée. Ainsi, Wendell, après avoir été pressé pendant une bonne partie du film, finira par s’adapter au tempo de Pamela et réalisera, le cadre d’Ischia aidant, que sa vie d’américain n’a que peu d’attraits. Finement écrite jusque dans ses seconds rôles avec des dialogues au cordeau et un peu plus crus que d’habitude pour le cinéaste, Avanti ! est donc un pur plaisir de cinéma qu’il serait fort dommage de se refuser.

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