J’accuse : Présumé coupable

On avait quitté Roman Polanski en mauvaise posture en 2017 avec D’après une histoire vraie, son plus mauvais film, thriller peu inspiré et véritable déconvenue artistique. Mais comme souvent dans sa carrière, le cinéaste, encore en grande forme à presque 90 ans, rebondit de façon impressionnante et livre avec J’accuse son meilleur film depuis l’excellent The Ghost Writer.

Et pour cause puisque J’accuse marque la deuxième collaboration entre Robert Harris et Roman Polanski, le film étant adapté d’un roman de Harris par ses soins et ceux de Polanski. De cette association naît un film historique passionnant, permettant de lever voile sur les nombreux détails de l’affaire Dreyfus que l’on a toujours survolé dans les manuels d’Histoire, cantonnant l’affaire à une fausse accusation et au J’accuse de Zola sans jamais en dire plus. Avec une belle volonté pédagogique (mais qui ne prend jamais le spectateur par la main), le film entreprend alors de nous montrer comment le commandant Picquart, tout juste promu chef du service des renseignements, découvre la preuve de l’innocence de Dreyfus. Bien qu’antisémite par éducation, comme beaucoup d’hommes de cette époque, sa soif de justice et de vérité est telle qu’il se lance dans une véritable croisade contre ses supérieurs qui entendent bien garder secrète cette méprise judiciaire à même de ternir l’image de l’armée.

En s’attachant au personnage de Picquart, J’accuse entend donc plonger le spectateur dans les méandres de l’enquête et ce point de vue, véritable clé de voûte du récit, apparaît comme diaboliquement pertinent, nous accrochant dès le début dans des arcanes dont nous découvrons l’hypocrisie et le goût du mensonge à tout prix pour sauver les apparences au mépris du bon sens et de la justice (ce que le cinéaste dénonce avec une délectation certaine, filmant les généraux comme de gros pachas vieillissants et rigides). Construit comme un véritable thriller, J’accuse se montre totalement passionnant, évitant l’académisme grâce un sens de la reconstitution parfaitement prodigieux. Polanski, qui craignait longtemps devoir tourner le film en anglais pour attirer les financiers, aura bien fait de tenir bon et de tourner le film en français avec des moyens qui font plaisir à voir notamment sur le sens du détail dont font preuve les décors et les costumes.

L’énergie de la mise en scène, alliée à une écriture au cordeau (chaque scène apporte son lot d’informations) et à un casting de haut vol (Jean Dujardin est impeccable dans le rôle principal mais est merveilleusement entouré de toutes parts, chaque rôle étant interprété par une gueule du cinéma français) permet ainsi à J’accuse de se hisser au rang des films historiques de haut vol dont l’authenticité ne fait aucun doute et dont le sens de la narration est exemplaire. Polanski, capable de se fondre totalement derrière son sujet, n’en dévie pas d’un pouce et réalise là l’un des grands films français de l’année, prouvant que les années (contrairement à ce que l’on aurait pu craindre) n’ont pas entamé son talent. Et c’est tant mieux.

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