Les Proies : joli film sans âme et remake inutile

Il y a des films comme ça qu’il faut éviter de toucher. Les Proies, chef-d’œuvre de Don Siegel réalisé en 1971 en fait assurément partie. Un film noir et glaçant se déroulant durant la guerre de Sécession où un soldat nordiste manipulateur se retrouve dans un pensionnat de jeunes filles en Virginie, séduisant chacune des femmes en présence pour assurer son confort et son pouvoir, étant loin de se douter que toutes ces belles demoiselles sont tout aussi affreuses que lui. Film unique en son genre où Clint Eastwood brillait par son cynisme, Les Proies était donc intouchable jusqu’à l’arrivée de Sofia Coppola derrière les manettes de ce remake au casting quatre étoiles.

Un remake que la réalisatrice elle-même ne voulait pas faire jusqu’à ce qu’elle décide de privilégier le point de vue des femmes dans le récit, point de vue qui faisait également le sel du roman de Thomas Cullinan où chaque chapitre nous plongeait dans les pensées d’une des pensionnaires de la maisonnée où le caporal McBurney venait jeter l’émoi. Une bonne idée, dans l’air du temps mais qui tombe à plat vu la façon dont Coppola oriente le récit, faisant de McBurney une victime geignarde là où il était carrément retors dans la version Siegel.

Si Coppola privilégie donc les femmes et sait capter à merveille leurs attitudes quand elles se disputent les faveurs d’un homme (la scène de la tarte aux pommes, assez drôle), ses personnages se retrouvent tout de même bien fades. Car en enlevant de la perversité à McBurney, elle en enlève à tout le monde, orientant le récit vers un ton beaucoup moins macabre et beaucoup moins noir. Or, en 2017, c’est un comble d’affadir la puissance vénéneuse et la tension sexuelle d’un film de 1971 qui était beaucoup plus réussi à cet égard !

Enveloppant comme à son habitude son film dans une ambiance délicieusement ouatée (chaque plan est superbement éclairé), Sofia Coppola semble perdre de vue la force du récit, le déroulant tout gentiment sans jamais faire monter la tension, n’offrant tellement pas grand-chose à jouer à ses acteurs que ceux-ci se retrouvent en roue libre, pas loin du cabotinage (Colin Farrell, Nicole Kidman) tandis que les autres (Kirsten Dunst, Elle Fanning, Oona Laurence) assurent le minimum syndical. Sans jamais sembler savoir quoi vraiment raconter et avec quelle force, Coppola dilue les enjeux du récit dans sa jolie mise en scène, ne parvenant jamais, même lors du climax, à nous apporter une quelconque satisfaction.

Certes, les spectateurs n’ayant pas vu le film de Siegel seront certainement plus à même d’apprécier ces Proies version 2017 quand les autres crieront au parjure et au remake inutile. Il est vrai qu’il est fort dommage de voir une cinéaste comme Coppola passer à côté d’un sujet qu’elle aurait pu largement exploiter alors qu’elle semble s’en désintéresser sans avoir rien d’autre à nous proposer. Il en résulte un film creux aux enjeux beaucoup trop précipités pour qu’ils soient crédibles un seul instant. Joli et confortable, l’inverse de ce que le film devrait être.

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