Lucky Strike : L’affaire est dans le sac !

Puisque Peninsula a été décalé à cet automne, il ne nous reste plus que Lucky Strike comme gourmandise coréenne à déguster cet été au cinéma. Bonne nouvelle, ce premier long-métrage est une jolie réussite, qui comblera parfaitement les amateurs du genre et s’impose comme un délicieux jeu de dupes où tous les coups sont permis. Le récit s’articule pourtant autour d’un postulat on ne peut plus classique du genre : à savoir plusieurs personnages aux prises avec un sac rempli d’argent. Il s’agit donc de faire du neuf avec du vieux et en l’occurrence, Kim Yong-Hoon, qui adapte ici un roman de Keisuke Sone, s’en tire avec les honneurs.

Son scénario, chapitré à l’image du roman, vient donc pimenter le genre abordé en jouant avec les chronologies (Pulp Fiction est une référence en filigrane) et en opérant un véritable ballet avec ses personnages dont les destins sont inextricablement liés à ce sac rempli d’argent. Si le film convoque des figures classiques (la femme fatale, le brave type honnête, l’homme endetté jusqu’au cou, le gangster, le flic corrompu), il ne se contente pas de les poser, il joue énormément avec, jusqu’à s’amuser à tordre les clichés. On retrouve ici, sans aucun doute, tout le sel du cinéma coréen de ces dernières années, qui le place actuellement parmi les meilleurs du monde : une capacité à se fondre dans tous les genres en jouant avec les clichés, un humour noir relevant chaque situation et un jusqu’au-boutisme qui n’a peur de rien, ni de la noirceur, ni de la violence.

Ainsi après un démarrage assez classique posant les bases, Lucky Strike devient dans sa deuxième partie (dès l’arrivée d’un savoureux personnage féminin) une sorte de jeu de quilles où le scénario ne recule devant aucune cruauté pour ses personnages, qu’ils soient bons ou mauvais. Le film ne fait pas dans le détail et fait avancer sa mécanique implacable de façon aveugle, frappant d’un coup du sort ses protagonistes sans se soucier de leur donner ce qu’ils veulent. Hautement réjouissant, Lucky Strike s’impose comme un film noir délicieusement retors dans lequel on savoure le moindre rebondissement.

Pour autant la mécanique, aussi efficace soit-elle, n’est pas désincarnée. S’il peut se montrer cruel, Lucky Strike n’en croque pas moins ses personnages avec une certaine sympathie et ne porte aucun jugement sur eux, ne faisant simplement que dénoncer l’égoïsme et l’avidité d’une société coréenne poussant les individus à s’entre-dévorer en ne pensant qu’à eux. Constat amer, distillé au sein d’un divertissement s’imposant comme un jeu de massacre particulièrement malin et réjouissant, réalisé avec une maîtrise étonnante pour un premier long-métrage. Autant dire qu’il serait dommage de se priver de la découverte et que l’on suivra la carrière de Kim Yong-Hoon de très près !

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