White Lily : Céramique et saphisme

Programmé lors de la dernière édition du festival Chéries Chéris, White Lily de Hideo Nakata aura pu ravir les nostalgiques des films de la Nikkatsu de la grande époque (le studio produisit à partir des années 70 de nombreux films à tendance érotique, baptisés Roman Porno). Nul doute que cette flamme ravivée auprès des fans fera des heureux via le monumental coffret de dix films du genre que sortira Elephant Films le 17 décembre prochain et sur lequel nous reviendrons très certainement un peu plus tard. Pour l’instant, penchons-nous donc sur White Lily, dernier titre du coffret, datant de 2016 et qui permet à Hideo Nakata, cinéaste majoritairement connu pour The Ring mais également très éclectique, de renouer avec le genre de ses débuts.

En effet, Nakata, avant de connaître le succès qu’on lui connaît, fut pendant un moment assistant-réalisateur sur des films de la Nikkatsu. Cette espèce de retour aux sources se fait donc avec un plaisir assez certain de la part du cinéaste, mettant en scène la relation houleuse entre Toriko, une céramiste renommée et Haruka, une jeune femme arrivant à son domicile complètement déboussolée lors d’une averse. Recueillie par Toriko et son mari, Haruka trouve un semblant d’équilibre en apprenant la céramique. Lorsque le mari de Toriko meurt d’un tragique accident, Haruka promet à celle-ci de toujours rester à ses côtés et d’obéir aux moindres de ses désirs. Si les deux femmes en développent une relation charnelle, elle est visiblement plus important pour Haruka que pour Toriko qui multiplie les rencontres d’un soir et se console dans l’alcool. Lorsqu’un jour, Toriko recueille chez elle le bel étudiant Satoru, Haruka voit sa vie complètement bouleversée…

Comme souvent dans les films de la Nikkatsu, l’histoire n’est finalement qu’un prétexte à une succession de scènes érotiques, que le réalisateur filme ici avec une belle délicatesse, notamment lors des étreintes entre Toriko et Haruka. Mais au-delà de ces passages obligés visuellement inspirés, Nakata s’intéresse également à toute la complexité de la relation entre les deux femmes, entre tendresse et rapports de force. Fasciné par ces rapports (également au centre de son trop méconnu Chaos), le cinéaste livre ici une réflexion intéressante sur ce qui lie les êtres humains, sur leur solitude et sur le pouvoir d’attraction de la chair, dernier rempart de blessures bien plus profondes.

Si le film est bien troussé et se regarde sans être complètement désagréable, on regrettera néanmoins que Nakata ne pousse pas plus loin l’exploration de la psychologie des personnages et reste un peu trop à la surface des choses, enchaînant les scènes de sexe en manquant de créer un véritable liant entre les deux. Dans un registre proche, The Duke of Burgundy de Peter Strickland arrivait de son côté à conjuguer extase formelle et profondeur des personnages. On ne pourra pas en dire autant de White Lily mais on ne boudera pas non plus notre plaisir de retrouver Hideo Nakata dans un registre du cinéma japonais si particulier auquel il ajoute modestement sa pierre à l’édifice.

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