Le Mans 66 : rencontre avec James Mangold, Matt Damon et Christian Bale

Dans Le Mans 66, réalisé par James Mangold, Matt Damon et Christian Bale incarnent tous les deux des passionnés d’automobile, parvenant à incarner avec force leurs personnages. Résultat, dans cette formidable histoire vraie ayant opposé Ford à Ferrari, on a beau ne rien connaître aux voitures, on se laisse porter par le récit et par les personnages, à qui Mangold sait donner leur importance au milieu des bolides rugissant. L’occasion de rencontrer James Mangold, Matt Damon et Christian Bale était évidemment trop belle pour la louper et nous avons donc profité de leur passage à Paris pour parler un peu plus du film et de leur rapport à leur travail et aux voitures :

Quel était le plus gros challenge du film pour vous ?

James Mangold : En soi tous les jours étaient un challenge mais j’avoue que c’était surtout de rendre intéressante cette histoire de voiture, afin que le public puisse la suivre. Pour ça le travail sur les personnages était essentiel.

Christian Bale : Durant tout le tournage, il y a eu une vraie transcendance de l’histoire. Le film va au-delà de la rivalité entre Ford et Ferrari, c’est une histoire d’amitié et de passion, n’importe qui peut s’identifier à ça.

Matt Damon : C’était ça la clé, s’identifier aux personnages. Moi-même, je ne suis pas un grand fan de voiture, je n’y connais pas grand-chose et il fallait garder en tête cette belle histoire d’amitié. En cela, James a fait un travail incroyable car le réalisateur est celui qui gère l’immense mosaïque du film en en assemblant des petits bouts jour après jour. Quand on bosse avec un super réalisateur, le travail d’acteur se fait tout seul.

C.B : James a fait un travail formidable, c’était un régal de le voir interagir avec son équipe et de le voir gueuler un peu de temps en temps (rires). La course du Mans de 1966 aurait pu constituer un film à elle seule mais on voulait vraiment aller à l’essence des personnages et de leur amitié.

M.D : On avait consultant sur le tournage qui était le plus jeune membre de l’équipe de Carroll Shelby à avoir fait Le Mans en 1966 et il disait bien que Shelby a toujours été hanté par le fait que Ken Miles n’ait jamais été reconnu à sa juste valeur. A l’époque ils étaient sûrs de gagner mais Ford voulait voir ses trois voitures arriver en même temps sur le circuit, pas seulement celle pilotée par Ken. Pour Ford, il fallait que l’histoire soit à son sujet, pas sur Ken. Avec ce film, on rend justice à Ken Miles en quelque sorte.

Le film se passe dans les années 60, à peu près à la même époque que la course vers la Lune, pensez-vous qu’on puisse mettre la volonté de Ford de créer une voiture capable de battre Ferrari en parallèle avec la course à la Lune ?

J.M : Ce n’est pas la même échelle mais oui clairement. En construisant cette voiture, Ford voulait prouver quelque chose, de la même façon que les américains voulaient prouver quelque chose en arrivant sur la Lune avant les russes. Derrière ces grandes entreprises, il y a un enjeu corporate. La victoire dans sa forme la plus pure dans mon film, elle est pour les pilotes finalement.

Matt, Christian, depuis le temps que vous faites ce métier, apprenez-vous encore des choses sur les tournages ?

C.B : Bien sûr. Vous savez, je n’ai pas de formation d’acteur, je vis chaque film comme un éternel recommencement. Je ne sais pas vraiment ce que je fais au fond, je suis juste un type très chanceux d’être là. Il m’arrive souvent de me sentir comme un imposteur au milieu de tous ces gens professionnels qui ont suivi une formation pointue pour être là. Mais d’un côté c’est très bien, ça me pousse sans cesse à être meilleur.

M.D : Il faut dire que James sait créer un environnement collaboratif où l’on se sent bien. J’apprends à chaque fois, sur chaque tournage. Je fais beaucoup de recherches en amont sur le personnage, notamment dans le cas de Carroll Shelby puisqu’il a vraiment existé et sur le plateau je me nourris des autres. Cela faisait longtemps que je vouloir voir Christian jouer sur un plateau et échanger avec lui. Il est incroyablement généreux.

Quel est votre rapport aux voitures ?

J.M : Pour ma part, je conduis un Land Rover, je ne sais pas ce que ça dit sur moi, je vous laisse tirer vos propres conclusions ! Mais ce qui me fascine le plus à propos des voitures, c’est à quel point le monde est défini par ce moyen de transport. L’indépendance du mouvement est une chose qui a révolutionné le siècle dernier. Et c’est intéressant de voir les personnes en voiture, les conducteurs les plus méchants ne sont pas forcément ceux que l’on pense, il m’est déjà arrivé de me faire doubler brutalement par une petite mamie qui, en dehors de sa voiture, doit être adorable ! (rires) On est tous différents dans une voiture, comme si l’on portait un masque, c’est très intéressant.

Christian, vous avez conduit un peu sur le film ?

C.B : Oui j’ai conduit un peu, j’ai pris des cours, j’ai parlé avec Bob Bondurant (qui fut pilote pour Carroll Shelby – ndr) et c’est assez addictif cette sensation de vitesse. Après James n’est pas un idiot, il a laissé des professionnels tourner les séquences. A chacun sa partie !

James, c’était difficile de tourner les scènes de courses ?

J.M : Oui et non. La clé de tout quand on tourne des scènes d’action, c’est la patience. Filmer l’action prend du temps et ça n’est pas forcément mon fort. Après il y a aussi le piège de la facilité. On peut penser que c’est facile de faire un tel film car les scènes avec les voitures vont faire tout le travail. Comme on peut penser qu’il est facile de faire Walk the Line car avec la musique de Johnny Cash, ça va se faire tout seul. C’est là que j’interviens, je dois réaliser les scènes de course en restant le plus fidèle possible au récit et aux personnages, la course n’est là que pour mieux les révéler. La technologie est inutile si l’on n’approche pas le cœur des personnages et c’est là toute l’essence de mon travail.

Vous aviez des influences en tête au moment du tournage ?

J.M : Oui mais pas forcément celles que vous croyez. De toute façon, des films sur la course automobile, il n’y en a pas tant que ça et outre Pied au plancher (film de 1983 avec Bonnie Bedelia – ndr) que j’aime beaucoup, j’ai évité d’en regarder. Je ne veux surtout pas penser aux autres quand je réalise, ça m’embrouille les idées. En fait quand je suis en tournage, je regarde des choses différentes de ce que je tourne, par exemple en faisant Une vie volée, ma référence ce n’était pas un film se déroulant dans un hôpital psychiatrique mais Le magicien d’Oz. En tournant celui-ci, je pensais au cinéma de George Roy Hill et aux westerns évidemment. Je fais ça car je ne veux ni rejeter ni copier le travail des autres, ça me permet d’aborder le film au mieux avec la volonté d’en faire un drame adulte et non un divertissement pop-corn comme les autres.

Propos recueillis à Paris le 5 octobre 2019

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