Oro, la cité perdue : Rien ne sert…

Oro, la cité perdue est un film espagnol réalisé par Agustin Diaz Yanes et distribué chez Wild Side qui a édité le film en vidéo depuis le 1er août dernier. L’histoire se déroule en 1538 au cœur de la jungle amazonienne lors des innombrables conquêtes des conquistadors. Cette fois l’armée espagnole se met à la recherche d’une mystérieuse cité d’or, Teziutlan. Dans cette quête de richesse, nos protagonistes constateront vite que leur entreprise les fait sombrer dans un enfer aussi bien physique que moral et mental. Tous les coups bas, mutineries et autres carnages leur feront vivre le pire cauchemar possible jusqu’à son terme.

Difficile de s’attacher à l’intérêt de cette histoire. Une fois les protagonistes présentés, chacun au caractère très tranché, on comprend vite où va l’histoire. À l’image de toutes ces quêtes stériles, celle de la cité perdue ne fait pas exception. Le rêve d’une cité d’or, Inca ou autre, qu’il y ait Esteban, Zia, Tao ou non ne change rien à la donne, c’est une poursuite qui n’aboutira pas. Très vite on comprend les enjeux et l’acheminement de toute cette opération, inutiles.

Évidemment cela tente de raconter le déroulement de ces vraies conquêtes espagnoles. Le personnage du scribe l’annonce d’ailleurs dès le début, payé par les institutions supérieures, il est là pour retranscrire exactement les faits. Pour qu’on les félicite de leur réussite d’une part, mais surtout qu’on ne leur reproche pas à tort des actes non commis, comme le viol ou le pillage par exemple, qui ne manqueront pas d’arriver bien sûr. Si la pénibilité d’une telle quête se ressent facilement lorsqu’elle est imaginée de toutes pièces (Le Seigneur des Anneaux, Pirates des Caraïbes, Game of Thrones) puisqu’elle fait appel à des situations extraordinaires, elle ne trouve son dessein vers une certaine véracité que lorsque l’accent est mis sur la dureté de la nature (The Lost City of Z, The Revenant). L’enfer vert n’étant finalement ici qu’un décor de leur situation, les morts ou blessures causées par les maladies, les animaux ou les insectes étant presque inexistantes, les protagonistes finissant de toutes manières par tous s’entre-tuer pour savoir qui a la plus grosse. Ici, la finalité est courue d’avance et elle ne touche malheureusement pas le tragique de sa dimension.

On pourrait alors se réconforter avec les personnages, leurs relations, leurs principes, les caractères et volontés qui les anime. On y trouve encore une fois pas son compte, étant jetés au milieu de cette aventure comme un esclave romain serait jeté aux lions. Sans aucune réelle caractérisation autre que l’amour de l’or, des femmes et du commandement, nos protagonistes n’ont pas de profondeur d’écriture très poussée. Sous leurs airs de grands leader d’armée et chefs d’opération, nous sommes en réalité face aux soldats moyens n’espérant briller une fois dans leur vie qu’à l’accomplissement d’une quête ubuesque vers un or parfaitement inexistant.

Réjouissons nous dans ce cas d’un visuel décent. Le travail sur les décors et costumes est tout à fait convainquant, créant une ambiance parvenant à nous envoyer à une époque précise. La photographie n’est cependant pas très aboutie, avec un filtre d’image très terne peu inspiré cherchant à rendre l’ambiance plus glauque sans se donner la peine de véritablement développer la mise en scène. Cette dernière n’étant globalement composée que de jungle, il reste peu de chose à tirer d’éventuelles propositions. Aucun véritable jeu de caméra pour une mise en scène pauvre, certes très fournie visuellement, ne laissant pas respirer le spectateur, mais sans montrer d’intention si ce n’est celle d’entériner les personnages dans un décors aussi inextricable que le labyrinthe psychologique dans lequel ils se sont fourrés.

Pour rendre ce récit passionnant il aurait peut-être fallut s’écarter d’une histoire originale de base pour aller vers un peu plus de passion au détriment d’une certaine véracité. Que l’on ressente réellement le poids et les enjeux, politiques et personnels, d’une telle entreprise. Que l’on cerne mieux l’origine des personnages et l’objectif des protagonistes principaux de s’être lancés dans une telle expédition. Que l’on explore un peu plus l’étendue des différents partis et le poids qu’ils peuvent avoir sur la réalisation ou le sabotage de leur mission. En somme, que l’on en sache éminemment plus sur les éléments gravitant autour de l’équipe au cœur de cette aventure et de la place de ses membres vis à vis de leur hiérarchie, qu’elle soit politique et militaire. Même le voyage interminable de Stannis Barathéon dans les terres gelées du nord dans Game of Thrones est plus intéressante à lire que suivre les aventures de ces conquistadors. En clair le spectateur n’est jamais vraiment très proche des protagonistes, il y a une forte distanciation dont la narration ne parvient jamais à s’affranchir nous empêchant de nous sentir investi par leur mission, leurs craintes ou leur douleur. Leur exploration ne nous est pas intéressante et leur sort ne nous fait ni chaud ni froid. L’histoire nous a pourtant toujours présenté les conquêtes espagnoles comme diablement meurtrières, épiques et remplies de mystères, voire de magie. Ce que ce film ne possède tout simplement pas.

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