Twin Peaks – saison 3 : retour largué

C’était l’événement télévisuel le plus excitant de l’année 2017. Un retour inespéré par les fans au bout de près de 25 ans. Attendue comme le messie par de nombreux fans, cette troisième saison de Twin Peaks s’est montrée fidèle à l’univers de David Lynch, un univers de plus en plus froid, fait d’idées visuelles incroyables, de tentatives de narration différente mais aussi tout à fait hermétique. Car dans cette troisième saison de Twin Peaks, on retrouve plus du Eraserhead, du Lost Highway et du Inland Empire que du Twin Peaks.

Le double épisode ouvrant la saison donne le ton : la série s’appelle peut-être Twin Peaks mais la petite ville que nous aimons tant n’est plus au centre de l’action. On voyage à Washington, à Las Vegas, dans le Dakota et même à New York et on y suit le parcours de Cooper afin qu’il puisse de nouveau rentrer chez lui. Car tandis que Bob possède Cooper et suit une étrange piste où le nom de Phillip Jeffries revient, l’esprit de Cooper est néanmoins resté intact et se manifeste chez un nommé Dougie Jones. Dès lors, c’est deux Cooper qui existent et chacun d’entre eux va lutter pour sa survie dans cet univers… Et encore ce résumé est assez succinct, on ne va pas rentrer dans les détails et vous éviter un mal de tête.

Si l’on ne peut pas reprocher à Lynch d’avoir la nostalgie de sa propre série (cette troisième saison est radicalement différente des autres là où d’autres séries font dans le revival sans faire d’efforts) en la tournant vers quelque chose de beaucoup plus radical, force est de reconnaître qu’il y perd tout de même de sa force en chemin. Déjà par sa longueur (18 épisodes pour raconter aussi peu, c’est trop) et ensuite par sa froideur rendant l’univers hermétique. Là où le Twin Peaks des débuts possédait une véritable émotion et une âme qui la rendait souvent émouvante, voire bouleversante, cette saison n’a que pour elle la beauté froide et quasi chirurgicale de sa mise en scène. Si l’on excepte quelques beaux moments (où une vieille dame reconnaît Dougie Jones au restaurant, les adieux de la femme à la bûche ou encore de belles retrouvailles entre Ed et Norma), cette saison se plaît à nous perdre dans de multiples intrigues quand peu d’entre elles sont véritablement importantes.

Cela donne lieu à un gâchis monumental d’un énorme casting (Amanda Seyfried, Michael Cera, Monica Bellucci, Tim Roth, Jennifer Jason Leigh) même si certains nouveaux personnages (Robert Forster dans le rôle du frère du shériff Truman, Robert Knepper, Jim Belushi, Tom Sizemore, Naomi Watts et, bien sûr, Laura Dern) tirent leur épingle du jeu tandis que plein d’anciens sont sacrifiés au détour d’apparitions anecdotiques (le docteur Jacoby, Ben Horne, Shelly, James, Audrey). Le plaisir (et l’émotion, certains d’entre eux étant décédés depuis) de retrouver certains acteurs (Miguel Ferrer, David Duchovny, Harry Goaz, Michael Horse, Harry Dean Stanton) vient alors être totalement contrebalancé par la fâcheuse impression que Lynch, même s’il sait où il va, nous jette à la figure son génie, clamant haut et fort que c’est son univers et que chacun y comprendra bien ce qu’il veut.

Le problème c’est que même en y comprenant certains éléments, on a bien la sensation d’être pigeonné car tout ce que Lynch raconte aurait pu se dérouler en beaucoup moins d’épisodes, le réalisateur s’amusant même à faire durer des séquences toutes simples beaucoup plus longtemps qu’elles ne le devraient. Si cela fonctionne quand il filme chacun des artistes venus interpréter une chanson au Roadhouse à la fin de chaque épisode, on trouve le tout sacrément moins emballant quand il filme un type passer le balai dans un bar pendant des plombes). Semblant aux abonnés absents au scénario, Mark Frost a l’air de laisser Lynch donner libre cours à ses délires, comme le démontre le visuellement épatant épisode 8 qui frise aussi bien le génie que le foutage de gueule.

Prenant son temps, enfermant notre bien-aimé Cooper dans un personnage quasi-simplet (souvent drôle, certes) pendant la majeure partie de la saison, le retour de la série a certes quelques qualités (notamment la prestation de Kyle MacLachlan, aussi bien inquiétant que touchant) mais se noie dans un rythme tuant notre patience et notre amour pour la série à petit feu. Bien qu’il étoffe d’une jolie manière tout l’univers de la série et ses mystères, apportant au passage quelques réponses, David Lynch semble finalement plus intéressé par la forme que par la narration et si cela plaira à beaucoup de gens, toujours prompts à crier au génie dès qu’il s’agit d’un artiste aussi majeur que Lynch, on peut également rester insensibles à cette nouvelle fournée d’épisodes qui laisse un goût amer. La fin, audacieuse et sacrément déstabilisante, viendra enfoncer le clou et saura nous vacciner l’envie d’un éventuel retour de la série mais assure néanmoins la réputation de David Lynch, artiste jamais là où on l’attend.

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