La vengeance du dragon noir : Un seul homme les tua tous

Si nous suivons assidûment le travail de nombreux éditeurs vidéo (en priant parfois pour que leur line-up ne soit pas trop intéressant, afin d’épargner notre compte bancaire), rares sont ceux sur lesquels nous maintenons une attention aussi intense que Carlotta Films. Et pour cause, tant nous travaillons avec l’éditeur depuis nos débuts et que nous sommes toujours au rendez-vous pour vous parler de ses sorties, souvent maintenues à trois éditions par mois, toujours avec un sens cinéphile étonnant. Le film qui nous intéresse ici est La vengeance du dragon noir, wu xia pian taïwanais réalisé par Joseph Kuo dont nous découvrons l’existence et qui est disponible en Blu-ray depuis le 4 juin dernier.

Quand il avait six ans, Tsai Ying-jie a assisté au massacre de sa famille orchestré par cinq seigneurs malfaisants dans le but de s’emparer de la légendaire épée chasseuse d’âmes. Bien des années plus tard, devenu maître dans le maniement de l’épée, Tsai Ying-jie part en quête meurtrière pour venger la mort de ses parents. Il sera aidé dans son périple par Hirondelle, dont il ignore qu’elle est la fille d’un des seigneurs qu’il traque…

Ne s’encombrant pas d’une mise en place narrative laborieuse, La vengeance du dragon noir détient l’excellente idée de commencer dans le feu de l’action. Quinze minutes de film sont à peine passées qu’un des ennemis de notre héros s’est déjà retrouvé embroché contre un arbre, laissant percevoir une quête vengeresse particulièrement efficace, bien évidemment agrémentée du flash-back traumatique en cours de route. Là où le scénario est malin, se démarquant des films habituels du genre, c’est qu’il met un point d’honneur à creuser la personnalité tourmentée de son héros. Animé d’une soif de justice frôlant l’aveuglement, Tsai Ying-jie sera invité à reconsidérer son point de vue, poussé par Hirondelle qui veut certes sauver son père mais aussi mettre fin à une guerre incessante entre deux clans d’où rien de bon n’est jamais sorti. On appréciera également la richesse des antagonistes dépeints, certains n’échappant pas aux savoureux clichés du genre (cruels, fourbes et patibulaires) quand l’un, faisant face à Ying-jie, confessera volontiers des remords, rongé par le poids d’une existence violente.

La vengeance du dragon noir fait ainsi preuve d’une belle richesse, mêlant vengeance et romantisme, combats spectaculaires et moments plus intimistes, le tout en 1h25. Comme toujours dans le wu xia pian, le soin et l’inventivité apportés aux combats et à leurs chorégraphies contribue grandement à la réussite de l’ensemble, Ying-jie se montrant particulièrement doué pour retourner les armes qu’on lui lance contre ses ennemis, réservant quelques mises à mort de haut vol. Si Joseph Kuo n’a pas tout à fait l’ampleur d’un King Hu (L’hirondelle d’or, A touch of zen) ou la folie furieuse d’un Chang Cheh (la trilogie du sabreur manchot), il ménage cependant de très beaux moments dynamiques tout en laissant sa caméra s’attarder sur les sublimes décors naturels entourant ses personnages, jusqu’à un combat final particulièrement marquant. De quoi régaler aussi bien les amateurs du genre que les néophytes tant le film en contient tous les ingrédients, pouvant très bien marquer la première étape d’un voyage à travers les classiques du wu xia pian. Un indispensable en somme.

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