Sous La Seine : Splash, boom, pan-pan !

Afin de clarifier les choses d’entrée de jeu : nous n’aimons pas spécialement le Cinéma de Xavier Gens. Rangez vos armes, cette attaque gratuite comporte des nuances… Aussi passionné, cultivé et sympathique que puisse être l’homme nous avons toujours eu du mal avec ses premiers films. Nous pensons que Frontière(s) est un film opportuniste ayant profité du creux de la vague de la French Frayeur afin de baser toute sa communication sur des phrases chocs et racoleuses qui sont à des kilomètres de ce qu’est le film en réalité : mal écrit, mal interprété et loin d’être si gore qu’il ne le prétend (nous préférerons toujours la radicalité et l’audace d’un Haute Tension, d’un À l’Intérieur ou d’un Martyrs que d’avoir à subir de nouveau cette fourberie filmique sans fondement). Même punition pour The Divide qui, en plus d’être sacrément soporifique, banalise la culture du viol avec autant d’aisance qu’un enfant arrachant les ailes d’une mouche. Sans compter la mascarade que fut la production de Hitman, quand bien même la faute n’est pas à mettre sur Gens, la première moitié de la filmographie du réalisateur ne nous a jamais emballé.

En 2017, Cold Skin a fait figure d’exception et l’on pouvait enfin apercevoir la patte d’un auteur en pleine possession de ses moyens et qui laissait réellement parler ses envies de cinéma avec une simplicité déconcertante. L’année suivante, la sortie de Budapest a tout balayé dans la sphère de la comédie française : aussi délectable qu’irrévérencieuse, on ne se lasse pas de le revoir. Sa collaboration avec Gareth Evans sur la série Gangs of London lui a permis de réaliser ce que nous considérons comme son meilleur film à ce jour : Farang, un film d’action testostéroné jusqu’à l’os, âpre et violent qui nous a ramenés à mi-chemin entre les polars des années 1980 et les production Europacorp du début des années 2000. S’il ne révolutionne rien dans le genre, Farang a le mérite de ne jamais mentir sur la marchandise. En l’espace de trois films, Gens s’est émancipé du Cinéma de genre pur et dur et semblait avoir enfin trouvé sa voie. Son retour sur Netflix en compagnie de certains copains de la clique de Mad Movies de l’époque (Yannick Dahan en co-scénariste par exemple) nous a forcément aguiché par son pitch aussi turbo-débile que séduisant.

Été 2024. Paris accueille pour la première fois les Championnats du Monde de Triathlon sur la Seine. Sophia, brillante scientifique, est alertée par Mika, une jeune activiste dévouée à l’écologie, de la présence d’un grand requin dans les profondeurs du fleuve.

Un grand requin au fond de la Seine ! Quelle idée aussi loufoque que brillante ! Il était temps que nous mettions notre pierre à l’édifice des films de sharksploitation. On ne présente plus les studios Asylum et leur saga Sharknado (le genre de projet que tout le monde connaît sans forcément en avoir vu une seule image) qui ont fait rentrer l’imagerie du requin au panthéon des nanars des années 2000. L’époque Spielberg est révolue depuis des lustres. D’ailleurs il serait intéressant de remonter à la sortie des Dents de la Mer afin de mettre le doigt sur le film qui a tout fait partir en sucette. Il y a fort à parier que Roger Corman et sa commande de Piranhas y est pour beaucoup. Cela étant, The Asylum n’a pas le monopole des films de requins et l’on commençait à se languir d’un bon film d’action dégénéré pour venir redresser la barre (les derniers bons faits d’armes dans le genre demeurant Peur Bleue et The Meg à nos yeux). Quel bonheur de voir Xavier Gens s’attaquer au genre, lui qui était enfin sur des rails prometteurs, et qui plus est, aidé au scénario par Yannick Dahan, qui ne s’est jamais caché pour exprimer combien il est amateur de turbo-nanar pour peu que le film assume son concept et divertisse un minimum. Avec un tel duo à l’écriture, on ne pouvait qu’espérer un résultat à la hauteur. Sous La Seine aurait filmé l’intégralité du dernier pontage gastrique de Gérard Depardieu qu’il aurait été cent fois plus intéressant ! Quel navet intersidéral ! Pour reprendre l’expression consacrée : « on n’était pas venu ici pour souffrir » !

Rien, absolument rien ne va… et ceci dès le plan d’ouverture qui vient nous brûler les rétines par le biais d’affreux CGI à peine dignes d’une cinématique de PlayStation 2. C’était trop compliqué de filmer une vraie boule à neige sous l’eau ? Tout est faux, jusqu’à la moindre petite feuille morte. Visuellement le film est une horreur de tous les instants, tiraillé entre le contraste d’un téléfilm de France Télévisions et une démo graphique pour un jeu vidéo de la fin des années 1990. Comment a-t-on pu laisser passer une horreur visuelle pareille ? Et ne mettons pas l’argument du manque de budget sur la table. À titre de comparaison, Sous La Seine a coûté 19,6 millions d’euros lorsque Le Règne Animal en a coûté 15,9 et présente probablement les plus beaux effets spéciaux alloués à des créatures que le Cinéma français nous ait offert ces dernières années.

Si la forme du film est une immondice, on pourrait croire que le budget a été consacré au fond… que nenni ! On nous dirait que le budget a servi à Xavier Gens et ses équipes à financer une orgie de drogue que ça ne nous étonnerait qu’à moitié. Le scénario est écrit à la truelle. Tout manque de cohérence et d’un minimum de panache pour qu’on y adhère un tant soit peu. Sous La Seine est ouvertement anti-écologiste (le sort réservé aux activistes du film est à se pisser dessus tellement l’exécution est d’un risible) et profondément droitard (oh les gentils policiers qui prennent soin des SDF en bord de Seine) alors qu’il tente de nous faire croire le contraire. Et ce n’est pas en nous présentant une parodie à peine déguisée de Valérie Pécresse sous les traits du personnage interprété par Anne Marivin qu’ils réussiront à noyer le poisson. On aurait presque envie de paraphraser les plus belles punchlines des critiques assassines de Yannick Dahan tant son scénario tient de la caricature de tout ce qu’il exècre dans le genre. Une fois encore, Xavier Gens prouve que, lorsqu’il n’est pas épaulé par de vrais artistes talentueux, il n’est pas à la hauteur.

On ne demandait pas grand-chose pourtant. Bien évidemment qu’on ne s’attendait pas à ce que Sous La Seine soit du même acabit que le Godzilla de Gareth Edwards (pour prendre l’exemple d’un film de monstre récent qui fait parfaitement le job). Au mieux on aurait adoré la générosité visuelle décomplexée d’un Starship Troopers (ça a toujours été moche, mais c’est divertissant et réellement politique pour le coup !) et au pire le fun assumé d’un Piranha 3D. Sous La Seine arrive à faire pire que le Godzilla de Roland Emmerich en termes d’invraisemblances narratives que ça en devient aussi désolant que – paradoxalement – drôle. Si notre collègue Mathieu s’est poilé de désolation devant le film, nous avons rit très jaune. Nous avons regretté notre séance de The Meg 2 qui poussait très loin les potards de la débilité, mais avait au moins un climax fun et satisfaisant. Devoir consacrer autant de temps de notre vie entre le visionnage du film et l’écriture de cette chronique devrait être remboursé par la Sécu à ce niveau de néant artistique. Vivement que le film atterrisse dans les méandres du fond du catalogue Netflix et se fasse oublier pour le bien de tous.

Il faut définitivement que Xavier Gens abandonne toute idée de faire du Cinéma horrifique. Que ce soit avec un ton premier degré comme Frontière(s) ou pris à la légère comme Sous La Seine, il ne montre pas la même appétence que sur des projets richement encadrés comme Cold Skin ou Farang. Déconner avec les copains c’est bien, mais en faire un bon film c’est mieux !

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