Dog Soldiers : Ils ont mangé son unité !

Nous avons déjà eu l’occasion de vous évoquer tout l’amour que nous portons aux deux premiers films de Neil Marshall. Nous considérons The Descent comme l’un des meilleurs films de genre de la première décennie des années 2000. Nous ressentons encore les frissons claustrophobes nous envahir rien qu’à l’idée de repenser à certaines séquences éprouvantes du film. Nous avons fantasmé la sortie de ce film durant trois années parce que nous étions tombé sous le charme du dynamisme du réalisateur dès son film précédent. Nous nous souvenons parfaitement de comment nous avons découvert Dog Soldiers. Il s’agit d’un des derniers DVD que nous avons eu la chance de louer juste avant la fermeture de notre vidéo-club. L’adolescent de 14 ans que nous étions, amoureux du Loup-Garou de Londres depuis toujours (et de la figure du loup-garou tout court), s’est empressé de louer le film à peine les yeux posés sur la jaquette. Nous avons du le voir 3 ou 4 fois durant le week-end de notre découverte. Le film correspondait parfaitement au cinéma que nous recherchions à l’époque : de gros mâles alpha bas du front qui vont servir de chair à saucisse. Quand on voit les qualités ouvertement féministes que Marshall insufflera dans The Descent, on a du mal à croire que Dog Soldiers n’est qu’un film macho bête et méchant. Qu’en est-il de sa réception plus de 20 ans après sa sortie ? Est-ce que notre regard envers lui a changé ?

En Écosse, six soldats anglais effectuant un simple exercice de routine découvrent les cadavres d’un autre bataillon. Isolés dans la forêt, sans munitions et une radio défaillante, il réalisent qu’ils sont à leur tour à la merci d’énormes loups-garous en cette nuit de pleine lune.

Au début des années 2000, il y a eu un regain du cinéma de genre en Grande-Bretagne qui a insufflé du sang neuf dans la sphère horrifique. Moins radicale de la vague des French Frayeurs, la vague UK s’est imposée par un dynamisme pareil à nul autre. On se souvient notamment de Danny Boyle qui a expérimenté les premières caméras numériques pour 28 Jours Plus Tard. Le résultat visuel, inégal certes, offre un film viscéral à l’univers malsain et poisseux. Avec ce grain très particulier, nous pouvions reconnaître les films anglais de cette période entre mille. Dog Soldiers entend déroger à la règle, ou plutôt tente de faire évoluer les codes. Tout commence par l’étalonnage qui se révèle bien moins clinique que chez son homologue Danny Boyle, Neil Marshall ouvre son film par une séquence aux sueurs froides indéniables. L’attaque des deux campeurs dans leur tente annonce la couleur : le cinéma de genre anglais s’est trouvé une nouvelle identité, il est temps de l’exploiter. L’attaque des campeurs est remarquable dans le sens où elle est vraisemblable. Il n’y a pas de hurlements surjoués. La stupeur et l’effroi créés par l’attaque surprise plonge les deux victimes dans un mutisme à faire peur. Il y a fort à parier que si nous étions attaqué de la sorte dans la vie réelle, nous serions probablement prostrés de peur comme ces deux personnages et incapables de sortir le moindre son. Cette séquence d’ouverture se traduit par un adieu de Marshall aux codes classiques du genre (d’ailleurs, il y a fort à parier que James Watkins ait eu envie de poursuivre l’idée de cette ouverture lorsqu’il s’est attelé à la mise en scène de Eden Lake). Lorsque Neil Marshall présente sa troupe de soldat, il entend briser les règles rapidement : ses personnages ne seront pas que de la simple chair à canon. Bien évidemment, il n’évite pas les écueils de la virilité et certains des soldats sont de parfaits stéréotypes qui ne parlent que de football et de leur amour de la gâchette. Seulement, au milieu du groupe, certains hommes se détachent et c’est avec ces personnages que Marshall entend construire et se jouer des codes du genre. En prenant le temps de nous présenter ce qui parsème le quotidien de chacun des soldats, Marshall fait monter le suspense. Plus le spectateur se prend d’affection pour ces hommes, plus il sera empathique lorsque l’un d’entre eux sera sacrifié. L’ensemble ne pourrait être que des personnages fonctions, et pourtant le scénario de Marshall leur accorde ce supplément d’âme qui le rendent tous indispensable.

Du point de vue des séquences horrifiques, Dog Soldiers ne tombe pas dans l’excès de générosité, bien au contraire. Neil Marshall tarde à nous dévoiler ses créatures. Le montage nerveux nous plonge au cœur de la frénésie du moment et adopte le point de vue des soldats. Ils sont plongés dans le feu de l’action et ne peuvent prendre le temps d’analyser l’ennemi qui les attaque. C’est une manière intelligente de palier à un manque de budget probant. En ménageant les effets, Marshall accentue l’attente du spectateur. Il opte pour des loups bipèdes, directement inspirés de Hurlements, qui ont la capacité de pouvoir se déplacer rapidement. Ses créatures sont imposantes et terriblement effrayantes. Lorsque le dernier acte du film s’enclenche, Marshall récompense notre patience et nous offre une panoplie de séquences hallucinantes. Une fois de plus, il ne s’est pas facilité la tache pour faire exister ses multiples créatures géantes nichées au cœur d’un petit cottage. Sa caméra virevolte et profite de tous les espaces disponibles afin de jouer de perspectives entre l’immensité des assaillants et la petitesse des soldats. Au fur et à mesure que le film déroule ses enjeux, Marshall retravaille ses espaces au point que nous avons l’impression d’être familier avec la maison. Nous offrir le sentiment de connaître chaque recoin des espaces décuple le sentiment invasif recherché par Marshall. Non content d’être un film fantastique drôlement bien mené, Dog Soldiers emprunte également des codes du home-invasion et du survival pour maintenir notre intérêt au plus haut. On ne s’ennuie jamais, il y a un jeu de ping-pong pay-in / pay-off qui fonctionne du tonnerre et qui relance les enjeux tous les quarts d’heure. Le film n’est pas exempt de défauts, bien évidemment, mais pour un premier long métrage, Dog Soldiers regorge de tellement belles idées qu’il faudrait être sacrément difficile pour bouder le plaisir que le film procure encore aujourd’hui.

Avec le recul, Dog Soldiers n’a rien perdu de sa superbe. Le rythme endiablé ne s’essouffle jamais, les personnages sont bien plus étoffés qu’il n’y paraît et Marshall ménage ses effets en ne montrant quasiment jamais ses créatures. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une parfaite série B que l’on prend plaisir à partager entre amis autour de quelques biscuits apéro.

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