Lost in the night : Les sombres secrets du Mexique

La première fois que nous avons entendu parler d’Amat Escalante, c’était avec La région sauvage. À ce jour, nous n’avons toujours pas vu le film (l’un des grands trucs de la cinéphilie c’est de se dire ‘’tiens il faut absolument que je vois ça’’ et attendre des années avant de le faire), aussi avons-nous sauté sur l’occasion de découvrir Lost in the night, son nouveau long métrage sorti en salles l’année dernière et désormais disponible en vidéo chez Blaq Out.

Nous sommes au Mexique, dans une petite ville minière. Emiliano cherche depuis trois ans les responsables de la disparition de sa mère, une activiste écologiste qui s’opposait à la mine. Ses recherches le mènent jusqu’à la famille Aldama, riche famille espagnole dont la grande maison au bord d’un lac ne semble pas avoir sa place dans le paysage local. La mère est une actrice célèbre, le beau-père un artiste provocateur et la fille une influenceuse fascinée par le suicide. Manuel ne tarde pas à se faire embaucher comme homme à tout faire dans la famille, espérant ainsi lever le voile sur le mystère de la disparition de sa mère…

Une riche famille infiltrée de l’intérieur par quelqu’un issu d’une classe sociale plus pauvre, une action essentiellement confinée dans la demeure de la famille : Lost in the night entretient quelques points communs avec le génial Parasite. Si la comparaison s’arrête là par la différence de ton, d’écriture et de lieu entre les films, il est intéressant d’en remarquer les similitudes, le cinéma s’emparant de plus en plus de la fracture sociale et de la différence de classes en empruntant la voie du thriller. Amat Escalante se fait cependant plus vaporeux dans la construction de son récit, quitte à parfois surcharger un peu la thématique du film. On y parle en effet de lutte des classes, de la déconnexion totale des riches avec la réalité du monde (ici les bourgeois sont en plus espagnols, lointain rappel de la colonisation du pays), de violence, de corruption (qui va jusqu’à miner la famille de l’intérieur), d’écologie, de fanatisme religieux… Lost in the night dénonce aussi le cruel paradoxe de la situation de la ville qu’il dépeint, dépendante de la mine pour travailler (sans elle, pas d’emplois) alors que celle-ci les tue à petit feu.

Le scénario n’a pas forcément le temps de creuser totalement toutes ses thématiques mais celles-ci, qu’elles soient explicites ou non, viennent donner du relief et un arrière-plan à un récit resserré sur Emiliano, personnage attachant par sa détermination, son désir de justice et de vérité dans un monde où son innocence fait aussi bien sa force que sa faiblesse, le jeune homme se retrouvant bien vite dépassé par les événements sans pour autant perdre de vue sa boussole morale. Juan Daniel García Treviño lui donne d’ailleurs corps avec un beau talent, s’avérant à l’aise dans toutes les séquences, se montrant aussi juste quand il doit incarner un Emiliano plus enfantin (notamment au début, dans les séquences avec sa petite amie, dont une scène de masturbation étonnante) que quand il doit puiser vers quelque chose de plus noir et plus désespéré. Le reste du casting n’est pas en reste avec notamment Ester Expósito, star de la série Elite, qui offre à son personnage de fille de riches une profondeur bienvenue, loin de la superficialité attendue, se retrouvant même au cœur de certaines des meilleures séquences du film.

Entretenant habilement son mystère, parvenant à ne pas en faire le seul intérêt de son scénario en proposant un univers au contexte et au sous-texte riches, Lost in the night s’avère bien plus que le thriller espéré, auscultant en 2h une bonne partie des maux rongeant le Mexique sans pour autant céder à la noirceur la plus totale. Bien plus qu’une belle surprise donc, un excellent film, refusant de se reposer sur la simple promesse de son pitch, sachant toujours aller creuser un peu plus loin à mesure que le récit avance, bien aidé par une mise en scène simple mais non dénuée de beauté, maintenant la tension tout en sachant apporter une dose de poésie, à l’image du plan final venant joliment conclure le périple de son héros.

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