L’affaire Vinča Curie : Une histoire de solidarité

Friand d’histoires vraies, le cinéma a depuis toujours puisé dans la réalité, utilisant sa capacité à s’adresser à un large public afin de mieux nous faire connaître certains pans de l’Histoire gagnants à être connus. C’est le cas de L’affaire Vinča Curie qui nous intéresse aujourd’hui, récit oublié marquant pourtant la réalisation de la première transplantation de moelle osseuse effectuée par le professeur Georges Mathé en 1958 dans des circonstances pour le moins exceptionnelles…

En effet, en octobre 1958 l’institut Curie accueille quatre scientifiques yougoslaves gravement irradiés à la suite d’une mission tenue secrète. Une course contre la montre s’engage alors pour tenter de les sauver, forçant Mathé (Alexis Manenti, étoffant décidément la palette de son  jeu au fil de sa carrière) à prendre des risques. Imbriquant deux temporalités, le scénario nous révèle peu à peu ce qui a mené les scientifiques à effectuer leur expérience les ayant conduits à la catastrophe tout en suivant les recherches de Mathé pour sauver ses patients. Une construction somme toute classique, d’ailleurs pas forcément palpitante aux débuts du récit bien que l’opposition entre les deux professeurs, Popovic le yougoslave irradié et Mathé, donnent du corps aux personnages.

Il faut donner du temps à L’affaire Vinča Curie pour révéler toutes ses qualités. D’abord, la simplicité de sa mise en scène, son refus de trop dramatiser les choses. La course contre la montre est filmée à taille humaine, alors que Mathé est pétri de doutes et que Popovic ment à ses camarades, minimisant la gravité de la situation. On appréciera d’ailleurs que l’écriture des personnages soit complexe, refusant de présenter totalement Mathé comme un héros (le professeur a clairement profité d’avoir des sujets mourants sous la main pour effectuer ses expériences sur les humains) et Popovic comme une victime (la situation dans laquelle il se retrouve est entièrement sa faute).

C’est dans cette richesse que le film vient trouver ses plus belles qualités, permettant ensuite de faire venir l’émotion. Car même si les raisons de Mathé ne sont pas totalement altruistes, il n’en reste pas moins que l’effort de solidarité entre français et yougoslaves, alors que la Guerre Froide battait son plein, force autant le respect que l’admiration, certains français prenant des risques conséquents pour sauver des yougoslaves qu’ils ne connaissaient pas du tout. Il est d’ailleurs utile, en ces temps troublés, de rappeler la force que peut avoir de tels gestes d’humanité où l’on oublie les différences et les préjugés au service de ce qui est bon, au service de la vie tout simplement.

Ayant confiance dans son récit, refusant de le marteler (‘’Je ne veux pas que le public écoute un message, je veux qu’il l’éprouve’’), le réalisateur Dragan Bjelogrlic livre un film touchant, parvenant à nous émouvoir derrière son apparente froideur, jusqu’à la conversation finale entre les deux professeurs, convoquant la réaction en chaîne comme métaphore sur les hasards de la vie. Beau en toute simplicité, voilà un film comme un rappel à la solidarité entre les peuples, de ceux qu’on pensait ne plus avoir besoin en 2024…

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