Municipale : Politique locale

Le monde politique et les ballets électoraux ont depuis longtemps suscité un intérêt cinématographique majeur. Des documentaires devenus cultes comme Primary, sur la campagne aux primaires de Kennedy, ou 1974, une partie de campagne, dans lequel Raymond Depardon couvre l’ascension de Giscard d’Estaing, ont façonné une imagerie documentaire intime du candidat aux élections. Le réalisateur Thomas Paulot propose une nouvelle manière de raconter une élection avec Municipale, sorti en 2022 et actuellement disponible sur la plateforme Tënk.

Municipale suit la campagne électorale de Laurent Papot qui se présente pour être maire de la commune de Revin, dans les Ardennes. Seulement voilà, Laurent est un acteur engagé pour le film, qui ne connaît absolument rien de la ville, ni de ses habitants et qui n’a pas l’ombre d’un programme politique lorsque le film commence. Tout le projet de ce documentaire est de proposer une « fiction politique ». L’objectif de Laurent Papot est d’être entièrement honnête et transparent auprès des habitants sur sa condition d’acteur et son absence de programme. En tentant de proposer une liste aux élections municipales de 2020, il développe tout au long de sa campagne une idée utopique selon laquelle, s’il est élu, il ne prendra pas sa place de maire et laissera la ville s’auto-gérer.

Soyons honnêtes, Municipale est un film très déroutant. Très vite, nous comprenons qu’il n’y a absolument rien de satirique dans le projet politico-cinématographique de Laurent Papot et que ce film n’a pas pour vocation d’être traité comme un canular. Bien au contraire, Laurent arrive à convaincre, durant toute la première moitié du film et plusieurs habitants de Revin lui ouvrent leur porte et le soutiennent. Mais l’idée utopique de Papot à propos d’une ville auto-gérée atteint vite ses limites. Là est tout l’intérêt du documentaire et des choix de montage de l’équipe du film. Plutôt que d’être entièrement du côté de son protagoniste et de son programme inhabituel, le film montre également les avis divergents, les oppositions, et les questionnements quant à la viabilité de ce projet.

D’emblée, Laurent Papot se heurte à la réalité. Sa condition de comédien et de personnage volontairement fictif perd pied dans une campagne qui finit par le dépasser. Le spectateur découvre une ville, friche industrielle et souffrant d’un taux alarmant de pauvreté et de chômage. Abandonné par les politiques, les habitants de Revin expriment à la caméra leur fatigue et leur désespoir, ce qui nous met face à une réalité sociale trop souvent ignorée. Laurent Papot passe d’un symbole d’espoir, d’une possibilité d’une voie alternative d’auto-gestion (aussi utopique soit-elle) à un candidat lui-même en crise et fatigué de ne plus savoir exactement ce qu’il doit faire.

Malgré son discours général qui pourrait être critiqué comme perturbateur et contraire aux valeurs démocratiques, Municipale ne tombe jamais dans le piège d’un propos radical sans retour puisqu’il continue sans cesse d’interroger ses personnages et son propre dispositif tout au long du film. Les questions qui nous taraudent lorsque le générique défile sont : Quelle en était l’intention ? Bouleverser une élection municipale ? Redonner espoir aux citoyens désabusés ? Jouer à faire de la politique ? Sûrement tout ça à la fois et bien plus encore. Ici, un comédien est recruté pour jouer le rôle d’un personnage fictif dans le cadre réel d’une élection municipale. Nous sommes en droit de penser que des élections politiques ne sont pas un terrain de jeu. Ca nous amène à considérer que Thomas Paulot frôle involontairement les mécaniques de la télé-réalité.

Malgré tous les efforts pour y parvenir, il est difficile d’y croire. Municipale confirme la nécessité de frontières claires entre le documentaire et la fiction. Laurent Papot le dit lui-même lorsque sa campagne n’aboutit pas : « Je ne savais pas que l’idée c’était de me paumer moi aussi. » A l’image du spectateur, qui reste dubitatif face à cet objet filmique marginal, Laurent Papot s’égare dans la zone grise entre son rôle de candidat et ce que ce rôle engendre dans le réel à Revin et pour ses habitants.

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