Le tueur s’est évadé : Peur sur la ville

L’éclectisme du catalogue de Rimini Editions ne cesse de nous étonner, à mesure qu’on découvre toute sa richesse, permettant de nous faire découvrir régulièrement des pépites du cinéma hollywoodien pour lequel l’éditeur nourrit une affection particulière (ça tombe bien, nous aussi). La preuve avec Le tueur s’est évadé, série B réalisée en 1956 par Budd Boetticher, cinéaste découvert grâce à Bertrand Tavernier et dont on ne demande qu’à voir la filmographie, parsemée de quelques titres ayant toujours nourri l’imaginaire cinéphile de notre adolescence (Le traître du Texas, Le vengeur agit au crépuscule, La chevauchée de la vengeance ou encore Sept hommes à abattre, le seul que nous ayons vu.)

Réalisateur essentiellement cantonné au western (notamment avec Randolph Scott), Boetticher s’attaque au polar avec Le tueur s’est évadé, concentrant toutes les qualités que l’on admire dans la série B américaine : courte durée (ici 1h13) visant l’efficacité avant tout, scénario dépourvu de gras, psychologie directe n’empêchant pas la subtilité et réalisation dynamique. Le postulat du film est alléchant : complice d’un braquage de banque Leon Poole (Wendell Corey, offrant une prestation intense) voit sa femme tuée accidentellement par l’inspecteur de police Wagner (Joseph Cotten, impeccable) lors de son arrestation. Il décide alors qu’il tuera la femme de Wagner, fomentant une terrible vengeance, s’évadant dès qu’il le peut, n’hésitant pas à éliminer ceux qui se mettent en travers de son chemin. Wagner cherche alors protéger sa femme et à arrêter Poole le plus vite possible…

Une intrigue directe et efficace, laissant à peine le temps de reprendre son souffle, voilà ce que nous offre Le tueur s’est évadé, modèle de concision dont on appréciera le soin apporté à l’écriture des personnages. Wagner est ainsi loin d’être un homme modèle, ayant tué la femme de Poole dans la précipitation, incapable de renoncer à être policier pour offrir à sa femme Lila la vie tranquille qu’elle espère. Poole, homme discret et brimé à l’armée (le face à face avec son ancien sergent est révélateur), semble ici ressortir toute la violence qu’il avait refoulée, avançant vers sa vengeance sans se poser de question, homme à priori ordinaire transformé en psychopathe. Il laisse cependant apparaître les fêlures d’un être jamais réellement pris au sérieux, petit rouage de la société américaine ayant décidé d’arrêter de suivre la petite vie qu’on lui imposait (on ne saura jamais les raisons l’ayant poussé à être complice du braquage de la banque pour laquelle il travaillait mais on les devine aisément). Quant à Lila, incarnée par une excellente Rhonda Fleming, elle est loin d’être cantonnée au rôle de femme à sauver, impulsant une bonne partie de l’action, poussant son mari à agir et à prendre des décisions difficiles.

Rondement mené, assumant intelligemment son pitch et se montrant même minutieux dès qu’il s’agit de montrer la police au travail (série B n’empêche pas authenticité, loin de là), Le tueur s’est évadé se paie même le luxe d’une scène finale particulièrement tendue, ménageant le suspense avec très peu de moyens, simplement le savoir-faire d’un cinéaste et de son monteur, faisant grimper la tension grâce à un découpage précis et un joli travail effectué sur la lumière. Décidément la série B américaine n’avait pas beaucoup de budget mais elle avait toujours beaucoup d’idées.

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