Bernie : De l’amour et des pelles !

Autant nous adorons venir vous parler des pépites méconnues que Shadowz s’évertue à nous dénicher chaque mois, autant l’exercice nous plaît également lorsqu’il s’agit d’inhumer une œuvre qui fait corps avec notre ADN de cinéphile. Nous n’allons pas répéter ce que nous vous avons déjà exprimé à maintes reprises au sein de ces lignes. La séance Shadowz est un bébé que nous chérissons depuis que nous avons eu l’occasion de mettre en place notre partenariat avec la plateforme. Elle est significative de ce qui nous fait vibrer en tant que spectateur. Elle touche très souvent notre corde sensible et est la plus représentative du cinéma que nous préférons par-dessus tout. Aussi, avant de revenir en détails sur les atouts du film du jour, nous ne résistons pas à l’envie de vous faire comprendre combien nous adorons Albert Dupontel.

Quand il quitte l’orphelinat, Bernie Noël est presque trentenaire. Il n’a qu’un seul but : connaître ses origines en retrouvant ses parents. Commence alors un parcours semé d’embûches pour ce garçon névrosé et déconnecté du monde réel.

Un des derniers vrais punks du cinéma français des années 90 encore en activité, Albert Dupontel est de ces artistes dont la vue du travail peut provoquer une sensation viscérale très rapide : soit vous y êtes hermétique et passez automatiquement votre chemin, soit vous adhérez à son univers et le virus contracté tournera rapidement à la fascination. Quand on parle d’esprit punk, ce n’est pas en vain. Dupontel est un homme doté d’un esprit profondément contestataire. Certaines de ses œuvres sont nourries par une rage anti-système prépondérante (Enfermés Dehors, Neuf Mois Ferme, Adieu les Cons), et pourtant, ramener le cinéma de Dupontel à ce simple dénominatif serait profondément réducteur et mensonger. En dépit d’un fil rouge qui ne délaisse jamais ses convictions anarchistes le long de ses œuvres, le cinéma de Albert Dupontel se raconte toujours via le prisme d’un regard d’enfant en réalité. Dupontel est un merveilleux conteur. Grand fan de cinéma fantastique, et de Terry Gilliam particulièrement, l’ensemble des films de Dupontel, jusqu’à maintenant, possèdent une aura significative. Il y a une innocence, une fêlure, quelque chose de pur et presque insondable qui transpire de chacun de ses films. Albert Dupontel sait conjuguer les genres sans jamais forcer les traits. Il ne peut renier son moteur principal, celui par lequel le grand public l’a connu sur les planches même s’il voyait ce job comme un travail alimentaire : l’humour. S’il y a le spectre de la comédie qui plâne au-dessus de ses projets, il parvient à s’en extraire dès qu’il en ressent le besoin. Il n’est jamais gêné par une cassure de rythme, tout découle souvent de manière limpide, à l’instar du cinéma asiatique (particulièrement sud-coréen) qui a parfaitement ancré ce mélange comme identité cinématographique depuis des années. De notre point de vue de spectateur européen, ce genre de pratique ne fait pas forcément parti de notre culture. Nous aimons ranger les films dans des cases bien propres. En ce sens, ceci pourrait être une des raisons pour lesquelles le cinéma de Dupontel possède des détracteurs : c’est un cinéma qui remue et fait appel à beaucoup d’émotions contradictoires (et parfois en même temps). Son premier long métrage, Bernie, ne déroge absolument pas à cette règle.

Est-il besoin de revenir sur Bernie ? Œuvre fondamentale dans la carrière de son réalisateur et film culte pour toute une génération, Bernie est une des meilleures comédies noires que le cinéma français nous ait offert dans les années 1990, ni plus, ni moins. Après avoir passé des années à patienter pour réussir à monter son premier projet, Albert Dupontel est animé par une telle soif qu’il insuffle toute sa rage dans son personnage. Endossant les casquettes de réalisateur, scénariste, dialoguiste et acteur, rien ne lui semble insurmontable tant l’envie de concrétiser ses rêves de cinéma se fait diablement sentir. Dans Bernie, Dupontel n’y va pas avec le dos la cuillère afin de dénigrer le système capitalisto-économique de la France d’alors. Son personnage, lunaire, débarque, malgré lui, dans le monde moderne et mesure rapidement la dangerosité de ce dernier. Comme un enfant qui n’a pas de filtre, Bernie répond à la violence du système par la violence. Il se fait d’abord happer par ce dernier en devenant un parfait rejeton de la société de consommation (il achète la meilleure télévision, le dernier modèle de camescope…), mais très vite il comprend qu’il ne veut pas être un mouton. Au-delà de toutes les frasques graveleuses, Bernie est un film qui parle d’émancipation sur bien des niveaux. En premier plan, il y a l’émancipation évidente de l’enfant qui cherche l’approbation de ses parents pour se lancer dans la vie (qu’importe qu’il ait 12 ou 30 ans). En second plan, le fond du discours demeure le plus redoutable, mais aussi le plus intéressant à analyser. Bernie cherche à s’émanciper du monde moderne. Les fameux « enculés » contre lesquels il voue une haine viscérale ne sont jamais matérialisés. Ils peuvent être à la fois un agent de police comme un politicien ou même un artisan boulanger… Les enculés sont ceux qui sont victimes des pièges du système. Nous irons même plus loin dans la symbolique en affirmant que les enculés sont ceux qui acceptent d’être gérés par le système. Bernie est un film profondément anarchiste. L’humilité naturelle de Albert Dupontel fait passer le message via le prisme de l’humour noir. Il va sans dire que si on ne gratte pas un tant soit peu et qu’on prend les propos au premier degré, Bernie est un film à l’humour noir et trash qui ne sied pas à tout le monde. Quand bien même il demeure hilarant à bien des égards, il devient encore plus intéressant lorsqu’on essaie d’aller chercher ce qui se cache derrière le masque de clown.

Bernie demeure, à ce jour, le film le plus riche et complet de son auteur (n’en déplaise aux fans de Au Revoir Là-Haut qui le considèrent comme son meilleur film… Gageons qu’il s’agisse de son film le plus abouti plastiquement, mais certainement pas le plus riche thématiquement). On ne se lasse pas de le revoir tant le flot incessant de contestations qu’il renferme fait diablement sens au fur et à mesure que nous vieillissons avec lui. Et pour ceux qui ne seraient pas d’accord avec nos propos, n’oubliez pas que nous sommes amis avec une hyène… et qu’elle préfère vous enculer !

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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