Le Ravissement : Vers l’autre monde (oui, mais lequel ?)

Certains premiers films semblent – à eux seuls – porter en germe toute une maturité de Cinéma qui ne cherchait visiblement qu’à s’exprimer dans la plus belle des écritures artistiques et émotionnelles. Il s’agit là d’œuvres presque toujours prometteuses témoignant dès lors d’un certain regard (h)auteuriste, dans le sens le plus noble du terme : comprendre ici le Cinéma d’auteur comme l’Art de déployer un ou plusieurs sentiments intimes et personnels au vu d’un Sujet au demeurant simple mais universel, singulier mais réflexif tout à la fois.

Cette maturité puis ce désir d’exprimer l’intime et la vulnérabilité des liens humains au nom du Septième Art figurent, transparaissent en tout état de cause dans le premier long métrage de la brillante et savamment récompensée Iris Kaltenbäck, lauréate du dernier prix Louis-Delluc et récemment nominée pour le César 2024 du meilleur premier film ; inspiré d’un fait divers tout en s’inscrivant dans la continuité thématique de son court métrage Le Vol des Cigognes Le Ravissement s’agit forcément d’un véritable tour de force dramatique et scénaristique de la part de sa réalisatrice, premier essai narrant avec dolence puis humanité la trajectoire de la jeune Lydia, modeste maïeuticienne d’un hôpital parisien incarnée avec force, justesse et mystère tout en aplomb meurtri par la remarquable et toujours excellente Hafsia Herzi.

Secrète, s’adonnant avec ferveur à son métier mais fraîchement et tristement sortie de la vie de son petit ami Lydia est l’auxiliaire, l’aidante à mettre au monde idéale ; sage-femme de son état, amie de toujours pour sa copine Salomé en attente d’une petite fille mais mère de personne Lydia aimerait de toute évidence aimer et être aimée en retour : la trentaine bien-sonnée cette parisienne au regard profond et au cœur à prendre est ce que d’aucuns pourraient nommer une « cordonnière mal chaussée », une mère manquée, contrariée. Une nuit, après une longue journée de labeur au bloc opératoire, Lydia croise la route de Milos, un chauffeur de bus aux dehors rassurants et protecteurs…

Nous tairons les tenants et aboutissants à venir du scénario rondement développé par la jeune réalisatrice, vous invitant à découvrir Le Ravissement en la forme d’un support vidéo disponible depuis le 20 février 2024 aux éditions Diaphana… Plutôt que de vous soumettre les faits d’un drame véritablement appréciable pour peu que le spectateur soit vierge de toute information le concernant nous nous contenterons d’un éloge bref mais sincère à l’égard du premier film de Iris Kaltenbäck : une œuvre scénaristiquement passionnante digne des meilleurs thrillers de ces dix dernières années, portée par un casting sans fausses notes (Hafsia Herzi bien entendu, mais également Alexis Manenti impeccable dans la peau de Milos ou encore Nina Meurisse implacable en femme dupée à son corps défendant…) et une lumière de bel aloi.

Qu’il s’agisse du charme de Lydia sous le joug d’une manœuvre trompeuse qu’elle aurait – comme par omission – fatalement exécutée, d’un suspense tour à tour terrible, suffocant et littéralement à double-tranchant et d’une énergie filmique transpirant la passion et l’investissement à chaque instant Le Ravissement est un vrai drame intime mâtiné de blessures existentielles, montrant sans jamais perdre sa trace une anti-héroïne pour laquelle il est à la fois facile de s’identifier et bien ardu de défendre les agissements… Assignée à résilience dès les premières minutes d’un film s’ouvrant sur une rupture amoureuse Lydia est un personnage de Cinéma tenant du fantasme le plus salutaire qui soit : ambigu, trouble, plein d’amour et de venin dans le même mouvement de simplicité humaine, trop humaine. Bouleversante Hafsia Herzi.

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