Iris et les Hommes : Fade liberté

Les discours féministes se sont épanouis ces dernières années, et avec eux les films mettant en avant la sexualité féminine, sujet auparavant trop tabou. À sa sortie, Iris et les Hommes avait fait grand bruit : c’était le retour du duo réalisatrice/actrice Caroline Vignal/Laure Calamy découvert quelques années auparavant avec Antoinette dans les Cévennes, comme la promesse d’un récit émancipateur et novateur sur les possibilités sexuelles d’une femme ayant passé la quarantaine. Caroline Vignal décide de renouveler la comédie de remariage à l’aide d’un atout certain : une histoire osée, et deux acteurs totalement en vogue. Cette comédie légère est disponible en DVD chez Diaphana depuis le 3 mai dernier.

Iris et les hommes, c’est le récit d’une quinquagénaire qui a tout pour plaire : elle tient un cabinet dentaire à Paris, elle vit dans un grand appartement haussmannien avec son beau mari (Vincent Elbaz) et ses filles, toutes deux premières de leur classe. N’ayons pas peur des mots : la vie bourgeoise que mène Iris manque de piment. On peut même oser dire qu’elle ne goûte plus à un plaisir particulier : le sexe. C’est là tout le sujet du film. Puisque son mari se contente de discuter avec elle, la dentiste exaspérée n’a plus qu’une solution : laisser place au destin et écouter une inconnue à la réunion parent-prof qui lui dit tout naturellement de prendre un amant. Et hop, le tour est joué.

À partir de ce moment-là, Iris ne vit plus qu’au rythme des notifications de son application de rencontre adultère. Le vibreur bien trop régulier inquiète les spectateurs comme la secrétaire d’Iris, qui comprend bien vite son petit manège. Pour elle, la vibration de son téléphone est une promesse de découvrir d’autres hommes ; c’est comme découvrir une nouvelle douceur, et décider de ne plus jamais manger la même chose deux fois. Synopsis appétissant.

Spoiler alert : Iris et les Hommes s’articule autour de la quête du personnage féminin, celle de retrouver du plaisir dans sa vie sexuelle, par le biais d’aventures extraconjugales via une application de rencontres adultères. Passé l’acceptation de ce scénario, le dernier film en date de Caroline Vignal se regarde aisément, à condition toutefois de savoir laisser de côté ses principes pour qui est attaché à la monogamie. Allez, un petit effort, seulement le temps du visionnage ; il y a des choses à dire. 

Dans Iris et les hommes, la saveur de l’idée originale disparait au profit d’un goût quelconque. Iris va d’un homme à un autre, et nous sommes forcés de suivre ses « consommations » sans une seule fois vaciller pour un danger ou retournement de situation. Pour autant, la douceur demeure au sein du couple malgré les diverses découvertes sexuelles et sociologiques d’Isis (pseudo d’Iris). Il y a une véritable osmose entre Laure Calamy et Vincent Elbaz : on croit totalement à leur couple à la fois niais et peu en phase sur certains sujets, et on en redemande. Leurs conversations réservent les meilleures séquences de l’œuvre : tantôt Iris tente d’approcher son homme, tantôt elle lui vante de manière plus qu’engagée les bienfaits du polyamour, tantôt elle échafaude tout un plan pour qu’il ne se doute de rien, lui qui ne se pose pas une seule question. On a donc l’impression qu’Iris déploie des moyens considérables pour ne pas se faire débusquer par son mari, tandis que lui demeure collé à l’écran de son ordinateur. Tout devient facile pour Iris, il pleut des hommes.

Alors oui, s’il pleut des hommes de tout type et qu’Iris s’en donne à cœur joie, les propos maladroits présents dans le film sont bien trop nombreux pour passer outre. Il ne s’agit certainement pas d’être incollable sur le sujet des relations amoureuses, mais Iris ne cesse de se contredire, ce qui brouille totalement le message initial si tant est qu’on l’ait compris de prime abord. Si Iris ne cesse de répéter qu’elle aime son mari et qu’elle ne veut que coucher avec des hommes qu’elle ne reverra pas, elle envisage le polyamour après une partie de jambes en l’air. Durant un repas avec des amis, elle serine jusqu’à plus soif à sa fille adolescente à quel point il est important de savoir dire « oui » lorsque l’on parle de sexualité. La vie idéalisée et idéaliste d’Iris ne subit jamais les contrariétés de la réalité : alors, côté scénario, il faut savoir voir Iris et les Hommes comme une fable, à moins de ne pas vraiment savoir si l’on regarde une comédie novatrice optimiste ou un mélange de propos maladroits sur l’émancipation sexuelle.

Pour autant, tout n’est pas à jeter. Là ou le deuxième film de Caroline Vignal est bel et bien novateur, c’est dans sa capacité à réinventer la mise en scène pour rendre le propos véritablement percutant. Lorsque Iris commence à swiper sur son application dans le métro, tous les hommes présents dans la rame s’adressent à elle en récitant leur description sur Tinder. On sent le personnage féminin totalement galvanisé, jusqu’à avoir le droit à la séquence la plus jouissive du film, alors réinventé en comédie musicale. Mais pour cela, il vous faudra vous procurer ce film.

Si Iris rencontre des hommes tous aussi différents les uns que les autres, elle fait aussi l’expérience de la sociologie à travers son regard de femme bourgeoise : elle est tantôt totalement à l’aise chez un homme fortuné, tantôt mal à l’aise voire apeurée chez un homme métisse habitant dans un HLM. Forcés de n’avoir que son point de vue, on peut aussi ressentir la gêne, avant de se rendre compte de l’absurdité de ce point de vue. C’est certes caricatural, mais ça fonctionne. Cela aurait bien mieux fonctionné encore si Iris avait évolué suite à toutes ces expériences, mais force est de constater que sa manière de traiter ses clients tout du long est assez parlante. Garder cette piste de réflexion sociologique d’un bout à l’autre aurait été bien plus efficace que de s’aventurer sur plusieurs pistes à la fois. Résultat, on ne sait plus ce que veut le film, ni quelles sont les ambitions de la réalisatrice. Merci tout de même à Laure Calamy de porter le projet à bout de bras : elle peut vraiment tout jouer, et rien que pour cela, il faut voir ce film à l’image d’une étoile filante au rayonnement fort, mais au succès de courte durée.

Iris et les Hommes est donc un film qui oscille entre moments touchants et maladresses. Malgré des intentions louables et quelques séquences comiques comme touchantes, le récit de la réalisatrice peine clairement à livrer un message clair et cohérent sur la sexualité féminine, surtout lors de la dernière séquence. Une fable moderne, certes, mais dont l’originalité ne sauve pas un amas de propos désorganisés.

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