Superhost : On s’abonne et on active la cloche avant de mourir

Nous vous en parlions il y a quelques semaines via notre chronique de Influencer, le cinéma de genre moderne possède une mine d’or s’il décide de puiser ses histoires via le prisme des nouvelles technologies et des nouveaux métiers multimédias. Il y a de superbes histoires horrifiques qu’il est possible de faire pour peu que l’on s’intéresse un minimum aux nouveaux supports numériques ou à l’évolution constante des réseaux sociaux qui façonnent à bien des égards les générations de demain. De plus, lorsqu’un film d’horreur puise son essence au cœur d’un traumatisme vécu par le réalisateur, il y a un aspect authentique qui se dégage indubitablement du projet, qu’il soit raté ou non. Aussi, avant d’être un média partenaire, Shadowz est avant tout une plateforme que nous avons découvert et aimé en tant que simple consommateur. Si nous attachons une grande importance à vous proposer des chroniques sur les derniers titres arrivés dans leur catalogue, nous avons décidé de faire exception à cette règle cette semaine. En effet, au fil de nos découvertes personnelles, nous sommes tombés sur Superhost et son appréciation a tellement fait écho avec ce que nous vous avions dit il y a quelques semaines qu’il nous est apparu comme une évidence de vous en parler aujourd’hui.

Teddy et Claire sont des vlogueurs voyageurs à la tête d’une chaîne vidéos intitulée Superhost avec laquelle ils partagent leurs expériences. Avec un nombre d’abonnés en baisse, ils trouvent l’occasion parfaite de créer du nouveau contenu pour leur audience lorsqu’ils rencontrent Rebecca, une hôtesse prête à tout pour obtenir de bons commentaires.

Brandon Christensen s’est retrouvé confronté à un hôte envahissant lors d’un voyage. De cette expérience glauque et quelque peu traumatisante, le réalisateur décide d’en faire le scénario de son avant dernier long métrage à ce jour. Superhost sort en 2021 et aborde le métier de créateur de contenus avec un avis bien tranché sur la question. Globalement, on ne le sent pas emballé par la mentalité de certains vidéastes à se sentir obligés de devoir mettre en scène la totalité de leur vie dans le but de générer des revenus. Par ailleurs, Christensen temporise énormément ses opinions. Si Claire est totalement à l’image de la critique qu’il délivre (elle est manipulatrice, autoritaire et exigeante au point d’en devenir insupportable), il contrebalance la dureté de ses propos via le personnage de Teddy qui, lui, fait ces vidéos pour passer un bon moment en compagnie de la femme qu’il aime. La première n’est mue que par l’appât du gain au point de ne penser qu’à sa perte d’abonnés quand l’autre voit l’expérience comme une aventure éphémère qui aura marché l’espace d’un moment de leur vie. Elle voit tout négativement quand il idéalise chaque moment en allant puiser le positif de chaque situation. Superhost détonne par une écriture minutieuse sur les deux héros où l’un incarne le Yin pendant que l’autre représente clairement le Yang. Confier un trait bien définit à la personnalité de chacun permet au réalisateur de ne pas se montrer radical dans sa critique des métiers de la vidéo. Ceci démontre également la bonne compréhension du contenu qu’il pointe du doigt. Pour sûr que Brandon Christensen consomme du contenu à l’image de celui qu’il dénonce dans son film. Il a bien compris la dynamique mise en place lors de chaque processus de création de ce type de vidéos. En réalité, il ne blâme pas tant les individus qui peuvent se montrer exécrable derrière la caméra, il pointe surtout leur dépendance aux algorithmes qui les obligent sans cesse à se conformer à une image calibrée pour générer du flux. Superhost ne dénonce pas le manque de talent, Superhost dénonce l’uniformisation du talent. Claire et Teddy nous renvoient à notre simple condition de l’autre côté de l’écran : sommes-nous toujours des spectateurs à la recherche d’un divertissement de qualité ou consommons-nous du contenu sans forcément y prendre de plaisir véritable ?

Par-delà sa critique acerbe des nouveaux métiers du numérique et des solides questions qu’il soulève, Superhost raconte aussi comment le réalisateur a vécu une expérience de location de logement qui l’a bouleversé. Une fois encore, il se sert de notre époque pour peaufiner et étoffer son trauma. Louer une maison à un particulier pour des vacances existe depuis des lustres. Seulement, beaucoup de sites spécialisés en ont fait leur credo en poussant les consommateurs à noter leurs hôtes. Désormais, le premier critère qui va aider un vacancier à choisir son lieu ce n’est pas nécessairement la localisation ou la maison en soit, mais les avis des internautes sur les hôtes et l’état des lieux et/ou prestations. Nous n’avons jamais été aussi dépendants de ce genre d’avis pour nous laisser guider nos choix. Une fois encore, Christensen ne dit pas que c’est une mauvaise chose, il grossit seulement les traits afin de montrer combien certaines personnes peuvent devenir de vraies victimes de mauvais commentaires parfois infondés. Rebecca ne se rend même plus compte combien elle est envahissante tant elle ressent le besoin quasiment vital d’avoir le plus d’avis positifs sur le lieu qu’elle propose aux vacanciers. Bien évidemment, Superhost est un film de genre et il y a forcément anguille sous roche. Nous vous invitons à aller la découvrir par vous-même tant Superhost possède un troisième acte aussi jouissif qu’une baguette croustillante sublime un bon morceau de camembert. Superhost possède un rythme qui va à l’encontre des productions actuelles. Le film s’attarde longuement sur les relations qui unissent les personnages. Les incursions de Rebecca en guise d’élément perturbateur permettent de nous tenir en haleine. C’est un pari couillu d’ailleurs que de proposer un film d’horreur qui s’adresse principalement aux adolescents en leur demandant de patienter. C’est une notion que la plupart des « jeunes consommateurs » n’ont plus aujourd’hui. Nous sommes dans une ère où tout doit être délivré au moment de la demande. On ne suscite plus ni l’envie ni l’excitation. Superhost se veut être un regard nostalgique envers une époque où l’on savait attendre pour obtenir ce que l’on venait chercher. Il va sans dire que la dernière demi-heure sombre dans un déferlement de violence qui nous récompense grandement d’avoir attendu. Rien que pour cette logique de construction qui manque tant à énormément de films désormais, Superhost mérite toute votre attention.

Avec ses personnages extrêmement bien développés, sa critique acerbe sur nos modes actuels de consommation des loisirs et son final sanglant époustouflant, Superhost est clairement l’une des meilleures propositions du genre que l’on peut retrouver sur Shadowz actuellement. A mi-chemin entre la critique sociale, le home-invasion et le slasher, Superhost offre de vraies réflexions combinées à de belles séquences graphiques : tout un programme qu’on valide entièrement.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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