La planète des singes – Le Nouveau Royaume : Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes

Considérée par beaucoup (et à juste titre) comme ce que Hollywood a produit de mieux en termes de blockbuster dans les années 2010, la trilogie de La planète des singes avait connu un final aussi pertinent qu’émouvant dans un troisième opus de haute qualité, affirmant la possibilité de mêler effets spéciaux de haut vol et récit intelligent, refusant de sacrifier la complexité de son propos sur l’autel du grand spectacle. L’annonce d’une nouvelle trilogie avait légitimement de quoi nous donner quelques craintes face à l’inépuisable soif de franchises à essorer que Hollywood semble perpétuellement nourrir ces derniers temps. Bonne nouvelle : bien que timide sur certains aspects, ce premier volet intitulé Le Nouveau Royaume est une réussite, laissant entrevoir de nombreuses promesses (comme Les Origines, premier film de la précédente trilogie). Attention, pour étayer un peu les arguments de notre critique, nous allons légèrement spoiler.

Se déroulant plusieurs générations après la mort de César, dans un monde où les humains ne font quasiment plus partie du paysage, Le Nouveau Royaume nous attache à Noa, jeune chimpanzé d’une tribu vivant paisiblement… jusqu’au jour où un autre clan de singes, lancé sur la piste d’une humaine, les attaque, tue le père de Noa et kidnappe les survivants. Ayant échappé au raid, Noa se lance dans un périple pour sauver sa famille, trouvant en Mae, l’humaine que les singes cherchaient, une alliée inattendue. Son chemin le mènera jusqu’au fort de Proximus César, un singe ayant déformé les enseignements de César pour asseoir son pouvoir, cherchant à faire ouvrir un abri construit par les humains qui contiendrait de nombreuses armes. Noa et Mae comptent bien l’en empêcher, chacun pour des raisons différentes…

Si en substance le film ne raconte ici rien de nouveau (l’intolérance étant le thème majeur de toute la saga), il le fait avec une intelligence que nous ne sommes plus habitués à retrouver au sein des blockbusters hollywoodiens. Wes Ball, réalisateur de la trilogie du Labyrinthe (davantage solide visuellement scénaristiquement) a tenu à honorer l’héritage laissé par Rupert Wyatt et Matt Reeves. Ainsi la première préoccupation du film est avant tout la beauté de ses effets spéciaux, les singes incarnés par des acteurs en performance capture étant toujours aussi incroyables, de la gestion de leurs expressions faciales jusqu’à la qualité de leurs poils dont on perçoit les moindres détails. Cette qualité première, permettant immédiatement de créer de l’attachement envers les personnages, n’est cependant pas la seule sur laquelle se repose le film. Si le scénario se montre plutôt bancal, assumant un rythme volontiers lent (le démarrage demande qu’on s’accroche un peu), il se montre cependant passionnant dès qu’il développe en profondeur ses thématiques.

Encore une fois, la force du film se trouve dans son intelligence et surtout son refus du manichéisme, opposant à son héros encore naïf et idéaliste (belle prestation de Owen Teague, découvert dans la série Bloodline) deux antagonistes à l’écriture habile. Proximus César, roi tyrannique usant de la figure messianique de César pour exercer son influence sur ses sujets (permettant d’aborder mine de rien les dérives religieuses et les récupérations politiques) est cruel, manipulateur et orgueilleux mais a très bien cerné la nécessité des singes à évoluer pour éviter que l’Histoire avec les humains ne se répète. Mae, quant à elle, s’avère être autant une alliée qu’une potentielle adversaire puisqu’elle n’agit que pour l’intérêt de son espèce, une humanité refusant de se laisser battre par les singes, décidée à répéter les mêmes erreurs et poursuivre son inlassable cycle de violence, comme si elle n’avait rien retenu de son Histoire. Elle accepte l’aide de Noa uniquement pour poursuivre son but et leur dernière rencontre témoigne de l’impossibilité d’une réconciliation entre les espèces. Alors qu’elle est venue dire au revoir à Noa, celui-ci lui demande s’ils pourront arriver à cohabiter. Avant même qu’elle ne réponde, un plan nous révèle le pistolet qu’elle tient caché dans son dos, achevant de nous faire comprendre la déchirante réalité. Elle ne s’en servira pas cette fois-ci mais le fait qu’elle envisageait de le faire renvoie à notre figure notre incapacité à accepter l’autre pour ses différences et à notre acharnement à préférer la haine au savoir (l’enseignement de César s’est perdu) et la violence à la paix. C’est le constat effectué chaque fois un peu plus amèrement à chaque opus de la saga, résonnant avec d’autant plus de violence quand on voit l’état de notre monde actuel…

Rien de véritablement nouveau donc, surtout au sein d’un film un brin inégal et au héros attachant mais un peu fade (César est encore dans nos cœurs, il faut bien le dire). Ce qui n’empêche pas ce Nouveau Royaume d’être un film pour lequel on éprouve beaucoup d’admiration, première pierre d’une trilogie dont on est curieux de voir la forme qu’elle prendra et à laquelle on souhaite le même envol que la précédente. Après tout à Hollywood, les blockbusters intelligents restent une denrée rare qu’il serait regrettable de bouder…

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