Christine : …and her king !

Certaines chroniques apparaissent tellement comme une évidence au moment de les traiter que nous nous retrouvons régulièrement devant la peur de rendre une copie blanche. Il y a des œuvres, des réalisateurs ou encore des acteurs qui ont structuré notre cinéphilie au point de rendre impensable, d’une manière objective, que vous, chers lecteurs, ne connaissiez pas. Par-delà ce sentiment très personnel par lequel ce qui nous semble évident ne l’est pas nécessairement pour vous, il y a aussi la peur du syndrome de l’imposteur. Que dire de mieux ou de plus qui n’ait pas déjà été disséqué dans moult ouvrages ? Voilà clairement la question qui nous a hanté au moment où nous avons dû attaquer ces lignes. Pourtant, lorsque Shadowz décide de rentrer dans son catalogue deux films de « Big » John Carpenter, il nous est impossible de faire l’impasse. En dépit du fait que nous ayons vu la plupart des films du bonhomme des dizaines de fois. En dépit du fait qu’il demeure parmi nos auteurs préférés depuis toujours. En dépit du fait qu’en tant qu’amoureux du genre, il nous semble inutile de vanter les qualités de ses films. En dépit de tous ces éléments, et bien d’autres, nous allons tenter de vous expliquer en quoi Christine peut constituer l’une des meilleures portes d’entrée dans le cinéma de Carpenter et dans le cinéma de genre tout court. Voici donc notre angle d’attaque, cette chronique s’adresse aux néophytes de Big John dans le but de vous envoyer illico sur Shadowz pour regarder le film.

Arnie, un adolescent timide, mal dans sa peau et complexé, est le souffre-douleur de ses camarades qui le considèrent comme un loser. Un jour, il tombe sous le charme d’une Plymouth Fury en très mauvais état baptisée Christine. Contre l’avis de son ami Dennis, Arnie acquiert la voiture et la remet en état. Très vite, le bolide devient possessif.

En 1983, John Carpenter est approché par le studio Columbia qui lui confie la réalisation de l’adaptation du nouveau roman à paraître de Stephen King, Christine. A cette époque, le réalisateur accuse le coup de l’échec critique de son film précédent, The Thing, son plus gros budget jusqu’alors (ce qui est toujours le cas aujourd’hui). Malgré la renommée actuelle du bonhomme et son influence évidente sur le cinéma de genre, Big John a toujours été un réalisateur de projets indépendants aux budgets moyens voire minimes. La force de son art s’est construite sur un sens inégalé de la mise en scène, hérité de son amour pour les westerns, qui privilégie toujours une tension palpable à divers effets visuels superflus. Christine ne déroge pas à cette règle malgré son statut de commande. S’il compose avec les exigences du studio, John Carpenter met l’énergie du désespoir afin de prouver aux Majors qu’il a de la ressource. Il s’approprie merveilleusement de l’essence des écrits de King afin de mettre en image ses longues descriptions de la voiture.

Cette Plymouth Fury est aussi culte que l’Aston Martin de James Bond ou que la Batmobile de Batman. Elle mérite d’être classée au panthéon des plus belles voitures jamais mises en scène. John Carpenter s’attarde longuement sur ce bolide des enfers. Personnage central de son histoire, Christine possède cent fois plus de personnalité que n’importe quelle automobile de n’importe quel film Transformers. Carpenter comprend ce que King veut nous faire ressentir avec cette Plymouth. Elle n’est pas qu’une simple voiture. Elle n’est pas qu’une simple représentation de l’émancipation de son propriétaire. Elle n’est pas qu’une simple entité maléfique. Christine est à la fois la personnification de la crise d’adolescence, du passage à l’âge adulte et d’une des leçons les plus fondamentales de la vie : chaque acte entraîne une conséquence. Si le film montre une métamorphose physique impressionnante de Keith Gordon (l’interprète de Arnie), la plus belle transformation revient évidemment à la voiture. Carpenter doit composer avec un budget moyen de 10 millions de dollars pour mettre en scène de gros effets de morphing sur la carrosserie. Le résultat est époustouflant et fait toujours mouche plus de 40 ans après sa sortie. Une fois encore, Big John ne prend pas à la légère la force de l’entité de la voiture : il la chérit et la bonifie comme il le fait avec n’importe quel acteur avec qui il collabore. Le fait que le film soit une commande oblige le réalisateur à travailler dans un cadre précis entre le respect de la vision de l’auteur de l’œuvre originale et les exigences du studio ayant acquit les droits. De fait, Christine possède une aura « grand public » qui rend le film très accessible et qui en fait l’une des meilleures portes d’entrée dans la filmographie de son auteur.

Très brièvement, s’il ne fallait vous donner que trois raisons valables pour vous arrêter devant Christine : il s’agit d’une des meilleures adaptations à l’écran d’un roman de Stephen King, John Carpenter se plie aux dures lois de la commande tout en n’omettant jamais d’y inclure sa personnalité et les effets spéciaux n’ont pas pris une ride. Sans pour autant être le meilleur film de toute la carrière de John Carpenter, Christine possède tous les atouts pour faire tomber amoureux n’importe quel néophyte du réalisateur. Et rien que pour cet atout charme indéfectible, Christine mérite toute votre attention.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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